Gondoïne / Godoïne — Personnage du récit de Tristan et Iseult, baron félon de la cour du roi Marc de Cornouailles et opposé à Tristan et Iseult. Dans le Tristan en prose, il appartient à un petit groupe hostiles aux amants, qui surveillent en permanence la cour de Marc. Avec Andret, Denoalen et Guenelon, il participe aux intrigues visant à piéger Tristan et Iseult. Leur rôle est typique de la narration du cycle en prose : ils servent de relais de méfiance permanente auprès du roi Marc, en interprétant ou en fabriquant des indices destinés à prouver l’adultère. Gondoïne est ainsi intégré à ce dispositif collectif de surveillance et d’accusation. Dans cet ensemble, les quatre complices cherchent à obtenir une preuve irréfutable de la relation entre Tristan et Iseult. Ne pouvant les surprendre directement, ils sollicitent Frocin, astrologue à la cour du roi Marc, dont les consultations des astres lui confèrent une autorité supposée sur les secrets cachés et les événements futurs. Ils lui demandent de déterminer le lieu du rendez-vous des amants afin de les faire prendre en faute. Tristan et Iseult, avertis du piège, parviennent à le déjouer.
La mort de Gondoïne s’inscrit dans une logique de vengeance légitimée par le récit et par une intervention divine implicite. Après avoir participé aux intrigues visant Tristan et Iseult, il est finalement éliminé par Tristan dans un cadre où la violence est présentée comme juste et autorisée par Dieu. Avant ou au moment de cette action, Tristan adresse une prière qui inscrit son geste dans une dimension religieuse, notamment par une allusion à la Passion du Christ, ce qui permet de transformer la vengeance en justice. Le texte suggère ainsi que la disparition de Gondoïne ne relève pas d’un simple règlement de compte, mais d’une sanction rendue possible par la « mala voluntas » des barons et validée par une justice supérieure (Boutet, 2012).
Pour Gondoïne, Ferdinand Lot (1906) propose un rapprochement avec le nom germanique Godwin (ou Godwine) (« ami de Dieu »), particulièrement bien attesté dans l'Angleterre anglo-saxonne. Ce nom est notamment porté par Godwin of Wessex, père de Harold Godwinson. Cette origine anglaise supposée a conduit Lot à écrire : « Voulant donner des noms à la trinité de barons félons qui s'acharnent contre le héros, le poète a emprunté Guenelon à la France, Godoïne à l'Angleterre, enfin Denoalen à la Bretagne. ».
Sources: • J. Bédier, (1900) - Le Roman de Tristan et Iseut. Paris, Hachette.
• F. Boutet, (2012) - "Vérité et responsabilité dans le Tristan de Béroul", Textuel, n°66, pp. 11-23
• R. Louis, (1950) - Tristan et Iseult, Paris, Librairie José Corti.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique