MÉTULIENS

Les peuples Celtes
Nom latin: Metulini
Localisation: Comitat de Karlovac, Croatie

Les Métuliens

Métuliens — Éthnonyme extrêmement peu documenté, connu uniquement par Appien dans son Illyrique. Ils apparaissent dans le cadre de la description des peuples dits Iapodes lors des campagnes d’Octavien dans les régions alpines et illyriennes en 35 av. J.‑C..

Histoire

Lors de ces campagnes de 35 av. J.‑C., les Romains atteignent Metulus, chef-lieu des Iapodes, situé sur un site montagneux fortement défensif. La ville est défendue par environ trois mille guerriers qui résistent efficacement au siège, harcelant les travaux romains et utilisant des machines récupérées lors de conflits antérieurs. Après plusieurs assauts et la construction d’ouvrages de siège, les Romains parviennent à franchir les défenses extérieures. Les défenseurs se replient derrière une seconde enceinte et continuent la lutte, tandis que les Romains multiplient les ponts d’assaut. Une tentative de diversion échoue partiellement et provoque de lourdes pertes lorsque plusieurs structures s’effondrent, blessant même Octavien, qui intervient directement pour relancer le moral des troupes. Les Métuliens finissent par proposer une reddition, mais la situation dégénère et ils reprennent les armes dans un dernier sursaut. La ville est alors prise et détruite, une grande partie de la population périssant dans les combats ou l’incendie. À la suite de la chute de Metulum, les autres Iapodes se soumettent aux Romains. (La tragique capitulation des Métuliens).

Étymologie

Les noms des Métuliens et de Metulum évoquent immédiatement le gaulois metelo- « moissonneur ». Toutefois, il est également possible d’y voir un radical d’origine indo-européenne *met- en rapport avec la moisson. Il peut enfin s’agir d’une simple assonance, sans valeur étymologique démontrable.

Place dans les peuples iapodes

D’après les auteurs antiques, les Iapodes étaient subdivisés en plusieurs communautés locales, parmi lesquelles les Arupiens, les Avendéates, les Metuliens, les Moentins et les Posènes. Les correspondances observées entre plusieurs de ces noms et les principaux centres mentionnés par Strabon (Arupium, Metulum, Monetium et Avendo) suggèrent qu’il pourrait s’agir davantage de gentilés territoriaux que de véritables ethnonymes indépendants.

Rapport à Strabon

Strabon n’évoque pas des peuplades au sens strict dans le cas des Iapodes, mais des cités. Si les correspondances : Arupium → Arupiens, Metulum → Metuliens, Monetium → Moentins, et probablement Avendo → Avendéates sont correctes, alors il ne s’agit peut-être pas de véritables ethnonymes au sens strict, mais plutôt de gentilés territoriaux désignant les habitants d’un centre ou d’un district. Autrement dit, les Iapodes constitueraient l’entité ethnique ou politique englobante, tandis que les Arupiens,
Metuliens, Moentins et Avendéates seraient les habitants respectifs d’Arupium, Metulum, Monetium et Avendo.

La capitale des Iapodes

Chez Appien, Metulum est présenté comme le chef-lieu des Iapodes. Cette indication permet de comprendre que le terme Metuliens peut très vraisemblablement être interprété comme un gentilé désignant les habitants de Metulum L’hypothèse d’un groupe ethnique dominant portant ce nom au sein des Iapodes est possible, mais elle dépasse ce que le texte permet d’établir avec certitude, la solution la plus prudente restant celle d’un dérivé toponymique.

Limites de la documentation

On ne dispose d’aucune attestation épigraphique ou archéologique indépendante de ce nom, ce qui signifie que leur existence ne repose que sur une tradition littéraire unique. Ils sont présentés comme un sous-groupe des Iapodes.

Contexte historiographique

Chez Diodore de Sicile, les Iapodes sont intégrés au grand ensemble celtique, ce qui reflète une tendance ancienne à regrouper sous le terme « Celtes » des populations de l’arc alpin et danubien. Strabon propose une lecture plus nuancée, en les décrivant comme des populations mixtes, souvent interprétées aujourd’hui comme « celto-illyriennes », en accord avec les données archéologiques disponibles pour la région (culture matérielle intermédiaire, influences de La Tène, substrat local illyrien probable).

Hypothèse culturelle

L’hypothèse d’une « laténisation » de populations illyriennes constitue une grille d’analyse plausible, mais elle reste un modèle interprétatif : elle décrit des processus culturels (diffusion de traits matériels et symboliques) plutôt qu’une identification ethnique directe.

Sources littéraires

Strabon, Illyrique, VII, 5, 4: "Suit, sur une longueur de 1000 stades, la côte Iapodique, ainsi nommée des Iapodes, lesquels habitent aux environs de l'Albius (très haute montagne située tout au bout de la chaîne des Alpes) et s'étendent, d'une part, jusqu'à la Pannonie et à l'Ister, et, de l'autre, jusqu'à l'Adriatique. Les Iapodes ont été de tout temps passionnés pour la guerre ; Auguste, cependant, a fini par les réduire complètement. Leur pays contient quelques villes, Metulum, Arupini, Monetium et Vendôn ; mais le sol y est pauvre et ne produit guère pour les nourrir que de l'épeautre et du millet. Ils ont la même façon de s'armer que les Celtes, et, avec cela, l'habitude de se tatouer commune à tous les peuples illyriens et thraces. A la côte des Iapodes succède celle des Liburnes, plus longue que la précédente de [500] stades. On y remarque un fleuve et une ville ; par le fleuve, les marchandises peuvent remonter jusqu'au coeur de la Dalmatie. Quant à la ville, elle se nomme Scardôn, et peut être considérée comme la capitale des Liburnes.".

Appien, Illyrique, 19 : "De là, il a avancé jusqu'à un autre endroit appelé Metulus, qui est le chef-lieu des Iapodes. Il est situé sur une montagne fortement boisée, sur deux crêtes séparées par une vallée étroite. Il y avait environ 3000 jeunes guerriers et bien armés, qui ont facilement battu les Romains qui entouraient leurs murs. Ce dernier a soulevé un monticule. Les Métuliens ont interrompu le travail par des assauts de jour et de nuit et ont harcelé les soldats des murs avec des engins qu'ils avaient obtenus de la guerre que Decimus Brutus y avait menée avec [Marc] Antoine et Auguste. Quand leur mur a commencé à s'effondrer, ils en ont construit un autre à l'intérieur, ont abandonné celui qui est en ruine et se sont réfugiés derrière l'autre. Les Romains ont capturé le abandonné et l'ont brûlé. Contre la nouvelle fortification, ils ont élevé deux monticules à partir desquels quatre ponts ont été projetés jusqu'au sommet du mur. Ensuite, afin de détourner leur attention, Auguste envoya une partie de ses forces à l'arrière de la ville et ordonna aux autres de se faufiler à travers les ponts. Il monta au sommet d'une haute tour pour voir le résultat."

Appien, Illyrique, 20 : "Certains des barbares sont sortis du parapet pour rencontrer les Romains qui traversaient, tandis que d'autres, invisibles, ont cherché à saper les ponts avec leurs longues lances. Ils ont été très encouragés de voir un pont tomber et un second le suivre. Quand un troisième tombait, une panique régulière envahissait les Romains, de sorte que personne ne s'aventura sur le quatrième pont avant qu'Auguste ne saute de la tour et ne le leur reproche. N'ayant pas été réveillés par ses paroles, il s'empara d'un bouclier et sauta sur le pont lui-même. Agrippa et Hiéro, deux des généraux, et l'un de ses gardes du corps, Lucius, et Volas, le suivirent seuls, avec ces quatre porteurs de quelques armures. Il avait presque traversé le pont lorsque les soldats, envahis par la honte, se précipitèrent à sa poursuite. Puis ce pont, en surpoids, tomba aussi et les hommes qui s'y trouvaient tombèrent en tas. Certains ont été tués et d'autres ont été emportés avec des os brisés. Auguste a été blessé à la jambe droite et aux deux bras. Néanmoins, il monta immédiatement à la tour avec ses signaux et se montra sain et sauf, de peur que la consternation ne vienne de la nouvelle de sa mort. Pour que l'ennemi ne s'imagine pas qu'il va céder et se retire, il commence à construire de nouveaux ponts; Par ce moyen, il terrorisa les Métuliens, qui crurent lutter contre une volonté indomptable."

Appien, Illyrique, 21 : "Le lendemain, ils envoyèrent des messagers à Auguste, offrant de donner cinquante otages qu'il choisirait et promettant de recevoir une garnison et de leur assigner la plus haute colline pendant qu'ils occuperaient l'autre. Lorsque la garnison est entrée et qu'il leur a ordonné de déposer les armes, ils étaient très en colère. Ils ont enfermé leurs femmes et leurs enfants dans la salle du conseil et y ont placé des gardes chargés de mettre le feu à l'immeuble en cas de problème, puis ils ont attaqué les Romains avec désespoir. Cependant, comme ils ont attaqué ceux qui occupent les hauteurs depuis une position plus basse, ils ont été complètement maîtrisés. Ensuite, les gardes ont mis le feu à la salle du conseil et beaucoup de femmes ont tué leurs enfants et elles-mêmes. D'autres, tenant dans leurs bras leurs enfants encore en vie, ont sauté dans les flammes. Ainsi, toute la jeunesse métulienne a péri au combat et la plus grande partie des non-combattants par le feu. Leur ville était entièrement consumée et, si grande qu'elle fût, il n'en reste aucune trace. Après la destruction de Metulus, le reste des Iapodes, terrorisé, se rendit à Auguste. Les Iapodes transalpins sont alors soumis pour la première fois aux Romains. Après le départ d'Auguste, les Posènes se sont rebellés et Marcus Helvius (34 av. J.‑C.) a été envoyé contre eux. Il les conquit et après avoir puni les dirigeants de la révolte avec la mort, vendit le reste comme esclaves."

Dion Cassius, Histoire romaine, XLIX, 35 : "Pour le moment, César confia à des lieutenants le soin de soumettre les autres peuples, et marcha lui-même contre les lapydes. II vint à bout assez facilement de ceux qui habitaient en deçà des montagnes, près de la mer ; mais ce ne fut pas sans peine qu'il dompta les habitants des sommets et des versants. Retranchés dans Métule, la plus grande de leurs ville, ils repoussèrent plusieurs assauts des Romains et leur brûlèrent plusieurs machines ; César lui-même fut blessé en essayant de sortir d'une tour de bois pour monter sur le mur d'enceinte. A la fin, comme, loin de se retirer, César faisait venir des renforts, ils feignirent de vouloir entrer en accommodement, reçurent dans leur citadelle une garnison qu'ils égorgèrent tout entière pendant la nuit, et mirent le feu à leurs maisons ; puis, les uns se tuèrent eux-mêmes, les autres égorgèrent leurs femmes et leurs enfants ; de telle sorte qu'il ne resta rien à César, car non seulement eux, mais encore ceux qui avaient été pris vifs, se donnèrent volontairement la mort peu de temps après."

Sources:
• L. Pernet, I. Radman - "Les Iapodes, peuple protohistorique de Croatie", Archéologia, n° 519, pp. 60-67.
• M. Sasel-Kos, (1999) - "Octavian’s campaigns (35-33 BC) in Southern Illyricum", L'Illyrie méridionale et l’Épire dans l'Antiquité, 3-1, pp. 255-264
• J. J. Wilkes, (1962) - Studies in the roman province of Dalmatia, Durham theses, Durham University, 247p.
• J. J. Wilkes, (1969) - Dalmatia, in History of the provinces of the Roman Empire, Routledge & K. Paul, London, 572p.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique