PANNONIA (PANNONIE)

La Pannonie
(Pannonia)

La Pannonie (Pannonia) — Région et province de l’Empire romain avant sa division sous Trajan, correspondant à un vaste territoire danubien conquis progressivement à la fin du Iᵉʳ siècle av. J.-C. et au début du Iᵉʳ siècle apr. J.-C., notamment sous le règne d'Auguste. Elle est organisée en province impériale dans le cadre de l’expansion romaine vers le Danube, devenu une frontière stratégique majeure de l’Empire.

Elle occupait une position essentielle le long du Danube, couvrant des régions correspondant aujourd’hui à une grande partie de la Hongrie, ainsi que des portions de l’Autriche, de la Slovaquie, de la Slovénie, de la Croatie, de la Serbie et de la Bosnie-Herzégovine. Son territoire englobait la plaine pannonienne, les bassins de la Save et de la Drave, ainsi que des zones de contact avec les Alpes orientales et les Balkans. Parmi les principaux centres urbains et militaires figuraient Carnuntum (Petronell-Carnuntum, Basse-Autriche, Autriche), Aquincum (Budapest, Hongrie centrale, Hongrie), Savaria (Szombathely, Comitat de Vas, Hongrie), Emona (Ljubljana, Slovénie) et Sirmium (Sremska Mitrovica, Syrmie, Serbie), qui jouaient un rôle clé dans l’administration et la défense de la région.

Province fortement militarisée dès son organisation, la Pannonie constituait un élément central du dispositif défensif romain sur le Danube. Elle faisait face à de nombreux peuples d’Europe centrale, tels que les Marcomans, les Quades ou encore les Sarmates. La présence de légions et d’auxiliaires y était permanente, et le réseau de camps militaires et de voies de communication assurait le contrôle de cette frontière sensible.

Les sources antiques permettent de mieux cerner les populations de la région avant et au début de la domination romaine. Ainsi, Strabon (Géographie, VII, 5, 3) identifie comme peuples pannoniens les Breuces, les Andizètes, les Ditiones, les Pirustes, les Maezes et les Daesitiates. Toutefois, comme l’ont souligné András Mócsy (1974) puis John J. Wilkes (1992), lors de la division de l’Illyrie en deux provinces distinctes — la Dalmatie et la Pannonie — seuls les Breuces et les Andizètes furent intégrés à la province de Pannonie, les autres groupes étant rattachés à la Dalmatie.

Avant la conquête romaine, la région présentait une forte diversité ethnique, associant populations pannoniennes et illyriennes à des groupes celtiques, notamment les Boïens et les Taurisques. Ce substrat celtique est particulièrement marqué dans certaines zones, notamment au nord et à l’ouest, où il structure les formes d’habitat, les réseaux d’échanges et les traditions culturelles ; ailleurs, les populations demeurent majoritairement pannono-illyriennes.

Les sources antiques livrent ainsi les noms de diverses peuplades, comportant à des degrés variables des éléments celtiques : Arviates, Azales, Bathanattes, Belgites, Boïens, Breuces, Célégères, Cornacates, Cotins, Dindares, Éravisques, Hercuniates, Latobiques, Oseriates, Ségestains, Serrètes, Serrapilles et Scordisques.

Après l’intégration dans l’Empire, ce substrat celtique perdure et s’exprime dans la toponymie, les anthroponymes et certains cultes locaux, progressivement intégrés dans le cadre romain selon le principe de l’interpretatio romana. La romanisation, bien que marquée dans les centres urbains et militaires, n’efface pas totalement ces héritages, qui restent perceptibles dans les sources épigraphiques et archéologiques.

Les auteurs tardifs témoignent également de l’évolution administrative de cette région. Ainsi, Festus, dans son Abrégé des hauts faits du peuple romain (VII), rappelle que les limites entre Romains et barbares furent fixées par Auguste dans l’ensemble des provinces danubiennes (Vindélicie, Norique, Pannonie, Mésie), et mentionne la complexification progressive de l’organisation provinciale de l’Illyrie, qui en vint à comprendre de nombreuses subdivisions, dont les deux Pannonies.

Cet ensemble est profondément transformé par la romanisation, qui superpose une nouvelle couche culturelle sans faire disparaître immédiatement les identités locales. Cependant, cette mosaïque de populations empêcha la formation de civitates à caractère ethnique, à l’instar de ce qui s’est produit en Gaule. Les noms indigènes disparurent rapidement au profit d’un découpage administratif fondé sur les cités, et non plus sur les peuples.

On en trouve le reflet dans les dénominations civiques, dont la liste — non exhaustive — comprend : Aquincenses, Andautonienses, Brigetionenses, Carnuntenses, Cibalenses, Emonienses, Mogentianenses, Mursellenses, Neviodunenses, Poetovionenses, Savarienses, Scarbantienses, Siscienses, Vindobonenses, Volgenses.

Cette vaste province fut finalement divisée au début du IIᵉ siècle apr. J.-C., sous l’empereur Trajan, en deux entités distinctes : la Pannonie supérieure (Pannonia Superior) et la Pannonie inférieure (Pannonia Inferior), afin de renforcer le contrôle administratif et militaire de cette région stratégique ; ces deux provinces furent à leur tour subdivisées à la fin du IIIᵉ siècle, dans le cadre des réformes de Dioclétien, donnant naissance à quatre provinces : la Pannonia Prima, la Valeria, la Pannonia Secunda et la Pannonia Savia.

Lors des réformes administratives de Dioclétien, la Pannonie supérieure fut démantelée et ne donna pas lieu à un simple partage bipartite : si ses parties occidentales et méridionales formèrent respectivement la Pannonia Prima et la Pannonia Savia, certaines zones orientales furent réattribuées à la Valeria, issue principalement de la Pannonie inférieure ; le cas de Brigetio, ancien centre majeur de Pannonie supérieure intégré à la Valeria, illustre ainsi le caractère profondément recomposé — et non conservateur — de ce nouveau découpage administratif.

Les subdivisions successives de la Pannonie.
vers 9 apr. J.-C. : organisation
de la province de Pannonie.
Pannonia

vers 103-107 apr. J.-C. :
1ʳᵉ division de la province.
Pannonia
Superior
fin du IIIᵉ siècle :
2ᵉ division de la province.
Pannonia
Inferior
→ Brigetio →
Pannonia
Savia
Pannonia
Prima
Pannonia
Valeria
Pannonia
Secunda

Dès le début du Vᵉ siècle, la pression des peuples germaniques et nomades (notamment les Huns) fragilise le limes pannonien. Après la mort de Attila en 453, la région échappe définitivement au contrôle romain. L’administration provinciale cesse alors de fonctionner de manière effective, même si certaines structures locales peuvent subsister temporairement.

En pratique, on considère que la fin des provinces pannoniennes intervient entre 430 et 470 apr. J.-C., période durant laquelle Rome perd définitivement le contrôle de la région au profit de royaumes barbares (Huns, puis Ostrogoths et autres groupes).

Festus Historicus, Abrégé des hauts faits du peuple romain, VII : Les Marcomans et les Quades furent chassés des cantons de Valeria situés entre le Danube et la Drave, et les limites qui devraient séparer les Romains des barbares furent fixés par Auguste, dans toute la Vindélicie, la Norique, la Pannonie et la Mésie. Trajan vainquit les Daces, sous le roi Décibale, et fit une province romaine de la Dacie, au delà du Danube, sur le territoire même des barbares ; cette conquête, qui avait un million de pas de circuit, fut perdue par l'empereur Gallien ; Aurelien tira les Romains de ces parages, et l'on eut alors alors deux Dacies, l'une en Mésie, et l'autre en Dardanie. L'Illyrie renferme dix-sept provinces : les deux Noriques, les deux Pannonies, la Valérie, la Savie, la Dalmatie, la Mésie, deux Dacies. On en compte sept dans le diocèse macédonien : la Macédoine, la Thessalie, l'Achaïe, les deux Epires, la Prévalis et la Crète."

Sources:
• A. Mócsy, (1974) - Pannonla and Upper Moesia. A History of the Middle Danube Provinces of the Roman Empire, Routledge & Kegan, London, 530p.
• J. Wilkes, (1992) - The Illyrians, Blackwell Publishers Ltd, Oxford, 384p.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique