CANDIDA

Les divinités celtiques
Nom: Candida
Interpretatio romana: Junon (selon A. Ferlut)
Fonction: Divinité topique
Étymologie: La blanche, la ||brillante
Attestée: Par quatre inscriptions votives


Candida Regina — Divinité topique de Germanie supérieure, qualifiée de celto-germanique par Ferlut (Ferlut, 2022, p.35). Son principal lieu de culte connu se trouvait à Osterburken, dans le sanctuaire des beneficiarii consulares, où une chapelle lui était consacrée (AE 1985, 685 ; 695 ; CBI, 100 ; 153). Ferlut recensait trois inscriptions et ne relevait aucune référence à un culte public ; la documentation épigraphique s’est depuis enrichie, notamment avec l’inscription de Großkrotzenburg ((AE 2013, 1158)(1) , qui porte à quatre le nombre d’attestations actuellement connues, en ajoutant celle de Heddernheim ((AE 1978, 535).

Les dédicaces attestées à Osterburken sont accomplies par des hommes appartenant au milieu militaire, ce qui n’est guère surprenant dans un sanctuaire associé aux beneficiarii consulares. L. Traianius Ibliomarus, miles legionis VIII Augustae et beneficiarius consularis, dédie à Candida Regina « pour lui-même et les siens » (pro se et suis), tandis que C. Paulinius Iustus constitue l’autre dédicant attesté à Osterburken. À Großkrotzenburg, Pervincus Asiaticus accomplit également une dédicace pour la centuria de Victorinus. Ces inscriptions montrent donc la participation de militaires au culte de Candida, sans permettre d’affirmer que la déesse était elle-même vénérée spécifiquement par ou pour les militaires : dans le cas d’Ibliomarus, la formule pro se et suis souligne au contraire la dimension personnelle, voire familiale, de la dédicace.

Ferlut propose de reconnaître à Candida des fonctions liées à la puissance favorable, à la chance, à l’abondance et à la fertilité, en s’appuyant notamment sur son nom, son épithète Regina et son iconographie (Ferlut, 2011, p.105). Une statue de la déesse la représente tenant à la fois un épi d’épeautre et un sceptre : l’épi est interprété comme un symbole d’abondance et de fertilité, tandis que le sceptre, associé à l’épithète Regina, conduit à un rapprochement avec Junon. Le latin candidus ne signifie pas à proprement parler « chanceux », mais peut prendre les valeurs de « radieux », « heureux » ou « favorable » (Gaffiot, 1934, pp.252-253), ce qui permet de comprendre le cheminement de cette interprétation. Le théonyme demeure toutefois linguistiquement ambigu. Candida peut être compris à partir du latin, « blanche, brillante, pure », tandis qu’un rapprochement avec le gaulois cando- est également possible pour le champ sémantique de la blancheur et de l’éclat (Delamarre, 2017, p.68 ; 2019, pp.181-182). En revanche, la valeur de « chance » ne paraît pas documentée pour cando- ; si cette notion est retenue, elle relève plutôt de l’interprétation fonctionnelle donnée à la déesse que d’un sens lexical attesté du radical gaulois.

La qualification de Candida comme divinité « celto-germanique » chez Ferlut repose sur son inscription dans le contexte religieux de la Germanie supérieure ; elle ne constitue pas pour autant un argument en faveur d'une étymologie germanique du théonyme. Sur le plan linguistique, Candida peut être rapproché du latin candidus comme du gaulois/celtique cando-, tandis qu'aucun élément ne permet ici de retenir une origine germanique du nom. On notera toutefois l’attestation du théonyme masculin Candidus à Entrains-sur-Nohain, dans la cité des Éduens, qui montre que ce type de formation était également employé dans un contexte religieux gallo-romain. Cet élément ne suffit pas à établir une origine celtique de Candida, mais il invite à ne pas réduire son nom à une simple création latine dans le contexte de la Germanie supérieure.

Notes: (1) La thèse d’A. Ferlut ayant été soutenue en 2011, elle est antérieure à la publication de la quatrième attestation, découverte à Großkrotzenburg et publiée dans AE 2013, 1158. Le décompte de trois inscriptions donné par Ferlut correspond donc à l’état de la documentation disponible au moment de son étude.

Attestations épigraphiques.

PaysRégionLocalitéNomAssimilationCompagnon
(Parèdre)
AllemagneBade-WurtembergOsterburkenCandida

HesseGroßkrotzenburg
Heddernheim

Osterburken (AE 1985, 685)DEAE CANDIDAE REGINAE BENE MERENTI PRO SE ET SVIS C(AIVS) PAVLINIVS IVSTVS MIL(ES) LEG(IONIS) XXII P(RIMIGENIAE) P(IAE) F(IDELIS) B(ENE)F(ICIARIVS) CO(N)S(VLARIS) V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) L(AETVS) M(ERITO)

"(À la) déesse Candida Reine, bien mérité pour lui et les siens, Caius Paulinius Iustus, soldat de la 21ème légion primigenienne pieuse et fidèle, bénéficiaire consulaire, s'est acquitté de son voeu, librement, avec joie, comme il se doit".

Osterburken (AE 1985, 695)DIAE CANDID(A)E REG(INAE) ET NVM(INI) EIVS L(VCIVS) TRAIANIVS IBLIOMARVS MIL(ES) LEG(IONIS) VIII AVG(VSTAE) B(ENE)F(ICIARIVS) CO(N)S(VLARIS) PRO SE ET SVIS V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) L(AETVS) M(ERITO)

"(À la) déesse Candida Reine, et à sa puissance.bien mérité pour lui et les siens, Lucius Traianus Ibliomarus, soldat de la 8ème légion augustéenne, bénéficiaire consulaire, s'est acquitté de son voeu, librement, avec joie, comme il se doit".

Großkrotzenburg (AE 2013, 1158)DEAE CANDID(A)E REGIN(A)E (CENTVRIAE) VICTORINI PERVINCVS ASIATICI D(E) S(VO) D(ONVM) D(EDIT) L(IBENS) L(AETVS) M(ERITO)

"(À la) déesse Candida Regina. Pervincus Asiaticus a donné de son propre bien ce présent pour la centurie de Victorinus, de bon gré, avec joie, comme il se doit."

Heddernheim (AE 1978, 535)DEAE CANDIDAE REGINAE L(VCIVS) AVGVSTIVS IVSTVS |(CENTVRIO) COH(ORTIS) II RAETORVM V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) L(AETVS) M(ERITO)

"(À la) déesse Candida Reine, Lucius Augustus Iustus, centurion de la 2ème cohorte rhètes, s'est acquitté de son voeu, librement, avec joie, comme il se doit".

Sources:
• X. Delamarre, (2017) - Les noms des Gaulois, Les cent chemins, 411p.
• A. Ferlut, (2022) - Le culte des divinités féminines en Gaule Belgique et dans les Germanies sous le Haut-Empire romain, Ausonius, Bordeaux, 910p.
• A. Ferlut, (2011) - Le culte des divinités féminines en Gaule Belgique et dans les Germanies sous le Haut-Empire romain, (Thèse), Université de Lyon, 366p.
• F. Gaffiot, (1934) - Dictionnaire illustré latin-français, Larousse, 1719p.
• E. Schallmayer – K. Eibl – J. Ott – G. Preuss – E. Wittkopf, (1990) - Der römische Weihebezirk von Osterburken I: Corpus der griechischen und lateinischen Beneficiarier-Inschriften des Römischen Reiches (CBI), Stuttgart, Konrad Theiss, 869p.
• Presses universitaires de France. (1888-). L’Année épigraphique, Paris, Presses universitaires de France.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique