COIUS

Les personnages celtes
Nom: Coius
Peuple: (multiples)
Rôle: (multiples)
Étymologie: ?
Attesté(e): (multiples inscriptions)

Coius — Anthroponyme masculin apparaissant dans plusieurs inscriptions funéraires et votives. L’étymologie du nom est problématique : Xavier Delamarre (2019) le rattache à un radical *coio-, tout en envisageant qu’il puisse s’agir d’une forme issue de *cagi(o)- avec chute d’un 'G' intervocalique. Il souligne toutefois que les attestations en *coio paraissent anciennes, ce qui tend à exclure cette seconde hypothèse, la chute d’un 'G' intervocalique étant un phénomène plus tardif.


Dans la province romaine de Gaule narbonnaise

• Chez les Allobroges (Viennenses)

À Saint-Laurent-du-Pont (Isère), une dédicace à Quirinus Auguste est réalisée par Coius Modestus et Julius Macrinus, probablement sur ordre ou selon une prescription (ex responso), pour l’accomplissement d’un acte cultuel ou votif.

Saint-Laurent-du-Pont (CIL XII, 2202)
QVIRINO AVG(VSTO) COIVS MODESTVS ET IVL(IVS) MACRINVS EX R(ESPONSO?) P(OSVERVNT?)

"À Quirinus Auguste, Coius Modestus et Julius Macrinus ont érigé (ce monument) selon une réponse (oraculaire)."

• Chez les Volques Tectosages

À Narbonne (Aude), une inscription funéraire indique la tombe de Dioclès, un affranchi. Son nom apparaît sous la forme Publius Coius Dioclès, et il est précisé qu’il est libertus, c’est-à-dire un ancien esclave affranchi. L’inscription indique qu’il dépendait de trois anciens maîtres, Publius, Titus et Gaius, mentionnés par leurs praenomina au génitif, ce qui signifie qu’il a été affranchi par eux ou par une même domus familiale portant ces noms. Enfin, la dernière partie précise la dimension de la sépulture, quinze pieds dans toutes les directions, ce qui correspond à un espace funéraire carré d’environ quatre mètres et demi de côté.

Narbonne (AE 2002, 954)
P(VBLIVS) COIVS P(VBLI) T(ITI) G(AI!) L(IBERTVS) DIOCLE[S] P(EDES) Q(VOQVOVERSVS) XV

"Publis Coius Diocles, affranchi de Publius, de Titus et de Gaius ; quinze pieds dans toutes les directions."


Dans la province romaine de Germanie supérieure

• Chez les Helvètes

À Genève (Genève, Suisse), une inscription est une dédicace funéraire, où Coius Astutus fait ériger un monument à son épouse Verria Verula. Le texte indique que Coius Astutus consacre une tombe à la mémoire éternelle de son épouse, qualifiée de « incomparable », formule affective très fréquente dans les épitaphes romaines. Il précise qu’il a fait réaliser le monument (faciendum curavit) et qu’il l’a consacré selon le rite de la hache (sub ascia dedicavit), une formule juridique et religieuse garantissant la protection et la validité de la sépulture. L’inscription montre donc >Coius Astutus dans un rôle de mari dédicant, appartenant à un milieu romanisé de Genève, où les pratiques funéraires suivent les normes romaines tout en intégrant des éléments locaux. Mise en relation avec l’autre inscription mentionnant le même personnage, elle confirme l’existence d’un groupe familial ou social bien implanté dans la cité, actif dans la commémoration funéraire de plusieurs de ses membres.

Genève (CIL XII, 2636)
] MEMORIAE AETERNAE VERR(IAE) VERVLAE COIVS ASTVTVS CONIVG(I) INCOMPARABILI F(ACIENDVM) C(VRAVIT) ET SVB ASC(IA) DED(ICAVIT)

"À la mémoire éternelle de Verria Verula, Coius Astutus a fait réaliser (ce monument) pour son épouse incomparable et l’a dédié sous l'ascia.

Toujours à Genève, et toujours le même personnage, il s’agit d’un autel funéraire dédié à Coius Astutus, citoyen romain daté entre 150 et 210 apr. J.-C. Le monument a été érigé par ses fils en son honneur, ce qui montre une pratique funéraire familiale conforme aux usages romains. Le défunt porte un nom de type romanisé avec une forte coloration celtique, reflet de la romanisation des élites locales en Gaule. Ses fils sont nommés Vrittus Graecus et Vrittus Rusticus, et ils portent un élément commun, Vrittus, qui ne correspond pas au nom personnel du père. Cela indique une organisation onomastique atypique par rapport au modèle romain classique, où les enfants héritent normalement du gentilice paternel.

Genève (ILGN 364)
D(IS) M(ANIBVS) COI ASTVTI VRITTII GRAECVS E[T] RVSTICVS PATRI OPTIMO F(ACIENDVM) C(VRAVERVNT)

"Aux dieux Mânes de Coius Astutus Vrittus, Graecus et Rusticus ont fait réaliser (ce monument)un tria nomina entièrement celtique pour leur très bon père.


Dans la province romaine de Pannonie supérieure

• Chez les Savarienses sur l'ancien territoire des Boïens de Pannonie

Dans le village de Rax, près de Jennersdorf, un monument est dressé pour Quartus fils d'Adnamatus et Catulla fille de Coius. La dédicante, Uppu, ne se dit pas leur fille mais liberta (affranchie). Elle ne précise pas de qui — parce que c’est inutile : les seuls noms mentionnés sont ceux des défunts. On comprend alors qu’elle fut leur esclave, puis leur affranchie. Et au moment de leur mort, c’est elle qui prend en charge leur mémoire. Les maîtres portent des noms latins, mais leurs filiations révèlent une origine celtique (CIL III, 10895).

Rax (Jennersdorf) (CIL III, 10895)
QVARTO ADNAMATI F(ILIO) AN(NORVM) LXXX ET CATVLLAE COI F(ILIAE) CON(IVGI) AN(NORVM) LX VPPV LIBERTA F(ACIENDVM) C(VRAVIT)

"À Quartus, fils d’Adnamatus, âgé de 80 ans, et à Catulla, fille de Coius, son épouse, âgée de 60 ans, Uppu, affranchie, a fait faire (ce monument)


Sur instrumentum

• Verre des gladiateurs de Wederath

À Wederath (Morbach, Rhénanie-Palatinat, Allemagne), a été découvert un gobelet en verre décoré représentant quatre phases d’un combat de gladiateurs : le combat, la victoire, la remise du prix, ainsi qu’une scène plus difficile à interpréter, probablement une salutation initiale ou finale. Chaque scène est surmontée d’une paire de noms de gladiateurs, sans qu’il soit possible de déterminer avec certitude s’ils sont directement associés à la scène qu’ils dominent. Parmi ces couples figure notamment Coius affrontant Columbus, l’un des gladiateurs portant un nom d’origine celtique, Coius est un nom largement attesté, notamment en contexte gaulois et gallo-romain. Schwinden (2022) en conteste toutefois l’attribution au domaine gaulois.

Wederath (Morbach) (Schwinden, 2022)
PETRAITES [PRVDE(N)S SPICV]LV[S PR]OCVLVS COIVS COLVMBVS CALAMVS ORIE(N)S

"Petraites-Prudens, Spiculus-Proculus, Coius-Colombus, Calamus-Oriens"

• Marques de potiers

🔖️ Attestation(s) : OF(FICINA) COIV  : Bavay (Nord), Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), Bonn (Allemagne), Harnes (Pas-de-Calais), Vechten (Pays-Bas), Xanten (Allemagne) ; OF(FICINA) COIVS  : Trion (Yonne) ; COIO : Le Mas-d'Agenais (Lot-et-Garonne), Lectoure (Gers) ; COIVS : Lausanne (Suisse), Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône) ; COIVS F(ECIT) : Cheseaux-sur-Lausanne (Suisse), Windisch (Suisse) ; COIVS FE(CIT) : Yverdon-les-Bains (Suisse)

Liens externes :
🌏Epitaphe de Coius Astutus / mahmah.ch (consulté le 04/05/2026).
🌏Revue épigraphique du Midi de la France : nscriptions 966 à 977 / persee.fr (consulté le 04/05/2026).
🌏Epitaph from Savaria, bei – Jennersdorf (Pannonia superior) / edh.ub.uni-heidelberg.de (consulté le 05/04/2026).
🌏Der Gladiatorenbecher von Belginum/Wederath. Die Szenen und Gladiatorennamen / academia.edu (consulté le 04/05/2026).



Sources:
• X. Delamarre, (2007) - Noms de personnes celtiques dans l'épigraphie classique, Errance, Paris, 240p.
• X. Delamarre, (2019) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (I. Ab- / Ixs(o)-), Les Cent Chemins, 398p.
• L. Schwinden, (2022) - "Die Szenen und Gladiatorennamen", Der Gladiatorenbecher von Belginum/Wederath, Schriften des Archäologieparks Belginum, pp. 12-23.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique