EITHNE ÚATHACH INGEN CRIMTHAINN

Les personnages celtes
Nom: Eithne Úathach ingen Crimthainn
Peuple: Uí Cennsalaig (Laigin)
Rôle: Figure associée à la terre, dont le mariage constitue la contrepartie matrimoniale des Déisi.
Étymologie: Eithne, l'horrible / la terrifiante
Prononciation: Éth-né Outhakh : /ˈeθʲnʲe ˈuːəx/
Attesté(e): Cóir Anmann
Événement: Obtention d’un territoire par les Déisi en contrepartie du mariage d’Eithne Úathach.

Eithne Úathach ingen Crimthainn (Eithne Úathach, fille de Crimthann) — Figure féminine de la tradition irlandaise associée à la transmission de la terre et à la survie de la descendance. Eithne Uathach, « Eithne l’Horrible » ou « la Terrifiante » (eDIL, úath), du celtique outu- « peur, terreur » (Delamarre, 2023, pp.168-169), est la fille de Crimthann mac Énnai Cennselaigh, et appartient donc aux Uí Cennsalaig du Laigin. Elle est élevée par les Déisi, qui ont intérêt à son mariage puisque celui-ci doit leur procurer un territoire (Cóir Anmann, Entrée 169). Pour qu’elle grandisse plus rapidement et puisse être mariée, ils lui donnent de la chair d’enfants à manger ; cette pratique constitue l’une des explications données à son surnom Úathach (Cóir Anmann, Entrée 170). Son union avec Óengus mac Nad Froích, roi de Munster, permet aux Déisi de recevoir comme tinnscra « comme contrepartie matrimoniale d'Eithne (Arbois de Jubainville, 1904, p.326) » la terre sur laquelle ils s’établiront. Dans l’autre explication de son surnom, Eithne est une mère confrontée à la mort prématurée de ses enfants. Elle leur coupe l’extrémité des petits doigts dans l’espoir de prolonger leur vie. Le geste est donc atroce dans sa forme, mais protecteur dans son intention. C’est l’horreur qu’il inspire aux enfants qui explique alors le surnom Úathach. C’est précisément cette ambivalence qui rend Eithne Úathach intéressante. Elle n’est pas simplement une figure malveillante : son mariage et sa maternité sont associés à la transmission et à la préservation. Par son mariage, elle permet aux Déisi d’obtenir leur terre ; comme mère, elle cherche à préserver ses enfants au prix d’une mutilation. Dans la lecture de Le Roux et Guyonvarc’h (1986, p.385) reprise par Jouët (2012, p.383), les différentes facettes d’Eithne concourent à faire d’elle une personnification de l’Irlande. Cette interprétation peut également éclairer Eithne Uathach : elle est, dans son propre récit, étroitement associée à la terre et à sa transmission. Mais son territoire n’est pas « toute l’Irlande » : c’est d’abord, et dans ce cas, la terre obtenue par les Déisi, dont elle constitue la contrepartie. De par sa paternité, elle se situerait traditionnellement au Vᵉ siècle et serait la sœur de Nath Í ; son historicité demeure toutefois très incertaine, notamment en raison de sa dimension de personnification territoriale. Le nom très fréquent dans la tradition irlandaise, où les personnages qui le portent sont souvent associés à la royauté, G. Hily rapproche Eithne de étan, « front, sourcil » (Hily, 2007, pp.120-121 ; eDIL, étan). M. MacNéill voit plutôt le nom du vieil-irlandais etne «  noyau, noix » (MacNéill, 1982, p.416 ; eDIL, etne). Jouët propose également etan, « poésie », sens attesté par l’eDIL (Jouët, 2012, p.383 ; eDIL, etan). L’Eithne Úathach ingen Echach Feidligh de l’Aided Meidbe, sœur de Medb et Clothru, partage avec l’Eithne du Cóir Anmann plusieurs traits narratifs, notamment autour des enfants, de la parenté et du mariage. La reprise de ces traits pourrait témoigner d’une récupération de la figure d’Eithne Úathach dans une autre tradition généalogique, plutôt que d’un simple homonymat.



Sources:
• H. d'Arbois de Jubainville, (1904) - "La vente de la fiancée au futur époux" Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 48ᵉ année, N°3,pp. 322-326.
• X. Delamarre, (2023) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (II. Lab- / Xantus), Les Cent Chemins, 570p.
• G. Hily, (2007) - Le dieu celtique Lugus, Sciences de l’Homme et Société. Ecole pratique des hautes études, 696p.
• Ph. Jouët, (2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• F. Le Roux - Ch.-J. Guyonvarc'h, (1986) - Les Druides, Ouest-France, 448p.
• M. MacNéill, (1982) The Festival of Lughnasa, Dublin, Oxford University Press,
2e éd, 707p.
• W. Stokes, (1891) "Cóir Anmann". in W. Stokes & E. Windisch (eds.), Irische Texte mit Wörterbuch, Dritte Serie, Heft 1. Leipzig, Verlag von S. Hirzel, pp. 285–411
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique