SIÈGE DE LEMONUM PAR DUMNACOS [-51]

Le siège de Lemonum par Dumnacos
(51 av. J.‑C.)

En 51 av. J.‑C., alors que la guerre des Gaules touche à sa fin, Dumnacos, chef des Andes, prend la tête d’une armée gauloise venue soutenir un soulèvement contre Rome. Il se porte contre Duratios, chef des Pictons resté fidèle à l’alliance romaine, et assiège la place de Lemonum (l’actuelle Poitiers).

Informé de la situation par Duratios, le légat romain Caius Caninius Rebilus marche au secours des assiégés. À son arrivée, Dumnacos abandonne momentanément le siège et tente d’attaquer le camp romain, mais il échoue à enlever les fortifications. Il reprend alors l’investissement de Lemonum.

La situation change avec l’arrivée de Caius Fabius, qui avance avec ses légions. Pris entre les forces romaines de Caninius, l’armée de secours de Fabius et la garnison de Lemonum, Dumnacos lève le siège et entreprend de repasser la Loire afin de se mettre à l’abri. Fabius anticipe son mouvement et envoie sa cavalerie harceler l’armée gauloise en retraite.

Les cavaliers romains attaquent la colonne ennemie chargée de ses bagages, provoquant de lourdes pertes. Le lendemain, la cavalerie romaine poursuit son action sous les ordres de Quintus Atius Varus. Dumnacos tente d’organiser ses troupes pour protéger ses cavaliers et couvrir la retraite, mais l’arrivée soudaine des légions romaines provoque la panique générale. L’armée gauloise est mise en déroute ; selon Hirtius, plus de douze mille hommes sont tués et l’ensemble du convoi est capturé.

Après cette défaite, les restes de l’armée de Dumnacos rejoignent notamment le Sénon Drappès et le Cadurque Luctérios, qui tentent encore de poursuivre la lutte contre Rome. De son côté, Fabius exploite la victoire pour obtenir rapidement la soumission de plusieurs peuples, notamment les Carnutes et les cités armoricaines.

Dumnacos, chassé de son territoire, doit alors fuir et chercher refuge « dans la partie la plus retirée de la Gaule », selon Hirtius. Son nom disparaît ensuite des sources, mais il demeure l’une des dernières figures de la résistance gauloise organisée après la chute d’Alésia.


Hirtius, La guerre des gaules,, VIII, 26": "Sur ces entrefaites, le légat Laïus Caninius, informé qu'une grande multitude d'ennemis s'était rassemblée dans le pays des Pictons par une lettre et des messagers de Duratios, qui était resté constamment fidèle à l'amitié des Romains alors qu'une partie assez importante de sa cité avait fait défection, se dirigea vers la ville de Lémonum. En approchant, il eut par des prisonniers des informations plus précises : plusieurs milliers d'hommes, conduits par Dumnacos, chef des Andes, assiégeaient Duratios dans Lémonum ; n'osant pas risquer dans une rencontre des légions peu solides. il campa sur une forte position. Dumnacos, ayant appris l'arrivée de Caninius, tourne toutes ses forces contre les légions et entreprend d'attaquer le camp romain. Après y avoir vainement employé plusieurs jours sans arriver, malgré de gros sacrifices, à enlever aucune partie des retranchements, il revient assiéger Lémonum."

Hirtius, La guerre des gaules, VIII, 27": "Dans le même temps, le légat Caïus Fabius, tandis qu'il reçoit la soumission d'un grand nombre de cités et la sanctionne en se faisant remettre des otages, apprend par une lettre de Caninius ce qui se passe chez les Pictons. A cette nouvelle, il se porte au secours de Duratios. Mais Dumnacos, en apprenant l'approche de Fabius, pensa qu'il était perdu s'il devait à la fois subir l'attaque des Romains de Caninius et celle d'un ennemi du dehors, tout en ayant à surveiller et à redouter les gens de Lémonum : il se retire donc sur-le-champ, et juge qu'il ne sera en sûreté que lorsqu'il aura fait passer ses troupes de l'autre côté de la Loire, fleuve qu'on ne pouvait franchir, en raison de sa largeur, que sur un pont. Fabius n'était pas encore arrivé en vue de l'ennemi et n'avait pas encore fait sa jonction avec Caninius ; cependant, renseigné par ceux qui connaissaient le pays, il s'arrêta de préférence à l'idée que l'ennemi, poussé par la peur, gagnerait la région qu'effectivement il gagnait. En conséquence, il se dirige avec ses troupes vers le même pont et ordonne aux cavaliers de se porter en avant des légions, mais en conservant la possibilité de revenir au camp commun sans avoir à fatiguer leur monture. Ils se lancent à la poursuite de Dumnacos, conformément aux ordres reçus, surprenant son armée en marche et se jetant sur ces hommes en fuite, démoralisés, chargés de leurs bagages, ils en tuent un grand nombre et font un important butin. Après cette heureuse opération, ils rentrent au camp."

Hirtius, La guerre des gaules, VIII, 28": "La nuit suivante, Fabius envoie en avant sa cavalerie avec mission d'accrocher l'ennemi et de retarder la marche de l'armée entière, en attendant son arrivée. Pour assurer l'exécution de ses ordres, Quintus Atius Varus, préfet de la cavalerie, homme que son courage et son intelligence mettaient hors de pair, exhorte ses troupes et, ayant rejoint la colonne ennemie, place une partie de ses escadrons sur des positions propices, tandis qu'avec les autres il engage un combat de cavalerie. Les cavaliers ennemis luttent avec une particulière audace, car ils se sentent appuyés par les fantassins : ceux-ci, en effet, d'un bout à l'autre de la colonne, font halte et se portent contre nos cavaliers, au secours des leurs. La lutte est chaude. Nos hommes, qui méprisaient un ennemi vaincu la veille et qui savaient que les légions suivaient à peu de distance, pensant qu'ils se déshonoreraient s'ils cédaient et voulant que tout le combat fût leur oeuvre, luttent avec le plus grand courage contre l'infanterie ; quant à l'ennemi, fort de l'expérience de la veille, il s'imaginait qu'il ne viendrait pas d'autres troupes, et il croyait avoir trouvé une occasion d'anéantir notre cavalerie."

Hirtius, La guerre des gaules, VIII, 29": "Comme on luttait depuis un certain temps avec un acharnement extrême, Dumnacos met ses troupes en ordre de batailler, de telle sorte qu'elles puissent protéger les cavaliers en se relayant régulièrement : soudain apparaissent, marchant en rangs serrés, les légions. A cette vue, le trouble s'empare des escadrons ennemis, la ligne des fantassins est frappée de terreur, et, tandis que la colonne des bagages est en pleine confusion, ils s'enfuient de tous côtés, en poussant de grands cris, dans une course éperdue. Nos cavaliers, qui tout à l'heure, quand l'ennemi tenait bon, s'étaient battus en braves, maintenant, dans l'ivresse de la victoire, font entendre de toutes parts une immense clameur et enveloppent l'ennemi qui se dérobe ; tant que leurs chevaux ont la force de poursuivre et leurs bras celle de frapper, ils tuent sans cesse. Plus de douze mille hommes, qu'ils eussent les armes à la main ou les eussent jetées dans la panique, sont massacrés, et l'on capture tout le convoi des bagages."

Hirtius, La guerre des gaules, VIII, 30": "Comme on savait qu'après cette déroute le Sénon Drappès, qui, dès le début du soulèvement de la Gaule avait rassemblé de toute part des gens sans aveu, appelé les esclaves à la liberté, fait venir à lui les bannis de toutes les cités, accueilli les voleurs, et intercepté les convois de bagages et de ravitaillement des Romains, comme on savait que ce Drappès avait formé avec les restes de l'armée en fuite une troupe atteignant au plus deux mille hommes et marchait sur la Province, qu'il avait pour complice le Cadurque Luctérios qui, au début de la révolte gauloise, s'était proposé, comme on l'a vu dans le commentaire précédent, d'envahir la Province, le légat Caninius se lança à leur poursuite avec deux légions, ne voulant pas que la Province eût à souffrir ou que la peur s'emparât d'elle, et qu'ainsi nous fussions déshonorés par les brigandages d'une bande criminelle."

Hirtius, La guerre des gaules, 31": "Caïus Fabius, avec le reste de l'armée, part chez les Carnutes et les autres peuples dont il savait que les forces avaient été très éprouvées dans le combat qu'il avait livré à Dumnacos. Il ne doutait pas, en effet, que la défaite qui venait de leur être infligée ne dût les rendre moins fiers, mais non plus que, s'il leur en laissait le temps, ils ne pussent, excités par ce même Dumnacos, relever la tête. En cette occurrence, Fabius eut la chance de pouvoir procéder, dans la soumission des cités, avec la plus heureuse promptitude. Les Carnutes, qui, bien que souvent éprouvés, n'avaient jamais parlé de paix, donnent des otages et se soumettent ; les autres cités, situées aux confins de la Gaule, touchant à l'océan, et qu'on appelle armoricaines, entraînées par l'exemple des Carnutes, remplissent sans délai, à l'approche de Fabius et de ses légions, les conditions imposées. Dumnacos, chassé de son pays, dut, errant et se cachant, aller chercher un refuge dans la partie la plus retirée de la Gaule."

Sources:
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique