INHUMATIONS EN SILO

Les inhumations en silo

Les inhumations en silo constituent un phénomène bien attesté dans le monde celtique, bien qu'elles demeurent relativement peu fréquentes et que leur interprétation fasse encore débat. Elles concernent principalement le second âge du Fer, de La Tène ancienne à La Tène finale.

À l'origine, les silos sont des fosses destinées au stockage des céréales. Une fois abandonnés, ils peuvent être réutilisés comme dépotoirs, fosses d'extraction, structures artisanales ou, plus rarement, comme lieux de dépôt de défunts. Les inhumations qu'ils renferment se distinguent généralement des sépultures aménagées des nécropoles contemporaines.

La plupart des dépôts correspondent à des inhumations isolées ou à de petits groupes d'individus placés dans des silos désaffectés au sein d'habitats. Les corps sont généralement déposés sans aménagement funéraire particulier, parfois en position contractée ou dans des attitudes inhabituelles. Le mobilier funéraire est rare, bien que certains dépôts soient accompagnés d'objets ou de restes animaux.

Longtemps, ces inhumations ont été interprétées comme des « sépultures de relégation », réservées à des individus exclus des pratiques funéraires ordinaires en raison de leur statut social ou des circonstances de leur décès (criminels, esclaves, sacrifiés ou marginaux). Cette interprétation a toutefois été profondément remise en cause par les découvertes réalisées depuis les années 1990.

Les fouilles menées en Seine-et-Marne, dans le Loiret et plus largement dans le Bassin parisien ont montré que les défunts appartiennent à toutes les catégories de la population : hommes, femmes, enfants et personnes âgées. Certains étaient inhumés avec des vêtements, des parures ou divers objets, ce qui s'accorde mal avec l'image d'une population marginalisée. Les dépôts peuvent être individuels, multiples ou collectifs et révèlent fréquemment des manipulations post mortem complexes, telles que le déplacement d'ossements, le prélèvement de crânes ou d'os longs, ou encore la dessiccation préalable de certains corps.

Ces observations ont conduit plusieurs chercheurs, notamment Valérie Delattre, à proposer une lecture cultuelle de ces dépôts. Le silo ne constituerait pas un simple lieu d'abandon, mais un espace rituel. Ancienne structure de stockage des céréales, il posséderait une forte valeur symbolique liée à la conservation, à la fertilité et au renouvellement des cycles naturels. Le dépôt d'un défunt dans une fosse d'ensilage pourrait ainsi établir un lien entre le monde des vivants, les récoltes et les puissances souterraines. Dans certains cas, le défunt aurait pu jouer le rôle d'intercesseur ou de protecteur des réserves agricoles, des dépôts d'animaux, d'armes volontairement déformées ou d'objets prestigieux venant parfois renforcer cette interprétation.

Les données archéologiques montrent toutefois que ces pratiques ne sont pas propres au monde celtique. Elles sont également attestées dans d'autres régions de l'Europe protohistorique et doivent être interprétées dans leur contexte local plutôt que comme l'expression d'un rite uniforme. En Gaule, plusieurs habitats ont livré de tels dépôts, notamment en Champagne, en Bourgogne, dans le Bassin parisien et dans le Centre-Ouest. Les fouilles préventives des dernières décennies ont considérablement enrichi le corpus, montrant que ces inhumations sont principalement associées aux habitats ruraux plutôt qu'aux grandes nécropoles.

Aujourd'hui, aucun modèle interprétatif unique ne s'impose. Si certains dépôts présentent vraisemblablement une dimension cultuelle, d'autres peuvent traduire des traitements funéraires particuliers, des épisodes de violence ou des pratiques sociales spécifiques. L'approche actuelle privilégie donc une analyse contextualisée, fondée sur les données archéologiques, anthropologiques et taphonomiques, plutôt que sur une explication unique applicable à l'ensemble des inhumations en silo.

Liens externes :
🌏V. Delattre - Les dépôts humains en silos au second âge du Fer : une pratique cultuelle / inrap.fr (consulté le 28/06/2026)
🌏F. Boursier, J.-G. Pariat et É Wermuth - Étude du profil pathologique des inhumés en silos du nord-ouest francilien au Second âge du Fer / journals.openedition.org (consulté le 28/06/2026)

Sources:
• F. Boursier, J.-G. Pariat et É Wermuth, (2021) - "Étude du profil pathologique des inhumés en silos du nord-ouest francilien au Second âge du Fer", BMSAP, 33-2
• V. Delattre, (2006) - "Les dépôts humains en silos au second âge du Fer : une pratique cultuelle", (inrap.fr)
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique