MORT DE CONCHOBAR

Mythes, légendes, textes mythologiques
Titre Original: Aided Conchobuir

La mort de Conchobar (Aided Conchobuir) - Récit du cycle d'Ulster relatant les circonstances de la mort du roi Conchobar. Cet mac Magach lui ficha dans la tête une balle de fronde qu'avait fait Conall Cernach avec la cervelle du roi du Leinster, Mesgegra. Soigné par le druide Fingen, cette balle de cervelle resta enfoncée dans sa tête durant sept années, avant de tomber provoquant ainsi la mort de Conchobar.

La mort de Conchobar

 

Bái mesca mór for Ulto fecht n-and i nEmain Macha Docuridar didiu immarbága móra ocus comrama eturro .i. etir Chonall ocus Coinculaind ocus Lóegaire. “Tucaid dam-sa” ar Conall “inchind Messgegra co ro-acilliur ócu na comram.” Ba bés d’ Ultaib ind inbaid sin cach curaid nomarbdais ar galaib óenfhir nogatta a n-inchind assa cendaib ocus commescta áel airthib co ndénad líathróite crúade díb. Ocus intan nobítis i n-immarbáig nó chomramaib dobertis dóib co mbítis inna lámaib.Il était une fois les hommes d’Ulster fortement enivrés à Emain Macha. De là surgissent de grandes disputes et comparaisons de trophées entre eux, même entre Conall, Cuchulainn et Loegaire. « Apporte-moi, » dit Conall, « le cerveau de Mesgegra, afin que je puisse parler aux guerriers rivaux. » À cette époque, c’était une coutume chez les hommes d’Ulster de retirer le cerveau de la tête de chaque guerrier qu’ils tuaient en combat singulier, et de le mélanger à de la chaux, de sorte qu’ils en faisaient des boules dures. Et chaque fois qu’ils étaient en compétition ou en comparaison de trophées, celles-ci leur étaient apportées, afin qu’ils les aient dans leurs mains.
“Maith, a Chonchobuir,” ar Conall, “na co ndernat óic na comram écht fón innas-a ar galaib óinfhir, nídat túalngi comram frim-sa.” “Is fir ón,” ar Conchobur.« Eh bien, ô Conchobar, » dit Conall, « tant que les guerriers rivaux n’accomplissent pas un exploit comme celui-ci en combat singulier, ils ne sont pas capables de comparer leurs trophées avec moi. » « C’est vrai, » dit Conchobar.
Doratad íarum forsin forud fora mbíd dogrés ind inchind. Luid cách a lethi arnabárach dia cluchiu. Dolluid dano Cet mac Matach do chúairt ectra la Ulto. Béist ass andsam robói i nHérinn in Cet. Ised dolluid-side dar faidchi na hEmna ocus tri láechcind leis do Ultaib.Alors le cerveau fut placé sur l’étagère sur laquelle il était toujours gardé. Le lendemain, chacun partit de son côté à ses activités. Puis Cét, le fils de Matu, partit en tournée d’aventures en Ulster. Ce Cét mac Magach était le fléau le plus ennuyeux qui existât en Irlande. C’est ainsi qu’il avançait, à travers la plaine d’Emain, portant avec lui trois têtes de guerriers des hommes d’Ulster.
Intan bátar na ónmite ’co cluchiu do inchind Mesgegra, issed atbert ind ónmit fri araile. Rocluinedar Cet aní sin. Ethaid side in n-inchind al-láim indala n-ái ocus berid leiss, ó rofitir Cet robói i tarngere do Messgegra a dígail iarna écaib. Cach cath ocus cach irganobíd do Chonnachtaib fri Ulto dobered Cet in n-inchind inna chriss dús in tetarthad écht n-amra d’ Ultaib do marbad di. Pendant que les bouffons jouaient avec le cerveau de Mesgegra, ceci est ce qu’un bouffon dit à un autre. Cét entendit cela. Il arracha le cerveau de la main de l’un d’eux et l’emporta ; car il savait qu’il avait été prédit de Mesgegra qu’il se vengerait après sa mort. Dans chaque bataille et dans chaque combat que les hommes de Connacht eurent avec ceux d’Ulster, Cét portait le cerveau à sa ceinture pour voir s’il pouvait accomplir un exploit célèbre en tuant un homme d’Ulster avec lui.
Fecht and didiu dolluid-seom intí Cet sair co tuc tánai mbó a Feraib Ross. Donarraid i n-íarmóracht Ulaid ina diaid. Doriachtatar dano Connachtai dond leith aile dia thessarcain-seom. Fechair cath eturro. Dolluid Conchubur féin issin cath. Conid andsin gádatar mná Connacht do Conchobur tuidecht for leith do déscin a delba dóib. Fobíth ní rabi for talmain delb duini amail deilb Conchobuir .i. etir chruth ocus deilb ocus dechelt, etir mét ocus córe ocus cutrummae, etir rosc ocus fholt ocus gile, etir gáis ocus álaig ocus erlabra, etir erriud ocus áne ocus écosc, etir arm ocus immad ocus orddan, etir gnáis ocus gaisced ocus chenél. Nírbo lochtach tra intí Conchobur. A comairli immorro in Cheit rogabsat na mná ailgis do Chonchobur. Luid íarum for leth a óinur dia déscin dona mnáib.Alors Cét partit vers l’est jusqu’à ce qu’il prît un troupeau de vaches aux hommes des Rosses. Les hommes d’Ulster le rattrapèrent en le poursuivant. Puis les hommes du Connaught arrivèrent de l’autre côté pour le secourir. Une bataille fut livrée entre eux. Conchobar lui-même entra dans la bataille. Et c’est alors que les femmes du Connaught supplièrent Conchobar de s’écarter afin qu’elles puissent voir sa silhouette. Car il n’y avait sur terre de forme humaine semblable à celle de Conchobar, tant pour la beauté, la figure et l’habillement, que pour la taille, la symétrie et la proportion, pour les yeux, les cheveux et la blancheur, pour la sagesse, les manières et l’éloquence, pour le vêtement, la noblesse et l’équipement, pour les armes, la richesse et la dignité, pour le port, le courage et la lignée. Ce Conchobar était vraiment sans défaut. Cependant, c’est sur le conseil de Cét que les femmes importunèrent Conchobar. Alors il s’écarta seul pour être vu par les femmes.
Dolluid Cet immorro co mbúi etir na mná immedón. Nosindlethar Cet inchind Mesgegra isin tábaill ocus nosteilc conidtarla immullach Conchobuir co mbátar a dá trían inna chind ocus co torchairseom isa cend, co tarla fri lár. Focherddat Ulaid chuci conidrucsat ó Chet. For brú Átha Daire Dá Báeth is and dorochair Conchobar. Atá a lige and baile i torchair ocus corthe fria chend ocus corthe fria chossa.Cependant, Cét s’avança jusqu’à se trouver au milieu des femmes. Il ajusta le cerveau de Mesgegra dans la fronde et le lança de sorte qu’il frappa la couronne sur la tête de Conchobar, de sorte que les deux tiers pénétrèrent dans sa tête, si bien qu’il tomba en avant sur le sol. Les hommes d’Ulster coururent vers lui et l’emportèrent loin de Cét. C’est au bord du gué de Daire Dá Báeth que Conchobar tomba. Sa tombe se trouve là où il tomba, avec un pilier à sa tête et un autre à ses pieds.
Maidid tra for Connachta co Sciaig Aird na Con. Dobertar Ulaid sair doridisi co Áth Daire Dá Báeth. “Mo brith-se ass!” ar Conchobur. “Dobér ríge nUlad do neoch nombéra connici mo thech.” “Notbér-sa,” ar Cend Berraide, ar a gilla fadéin. Dobeir-side lomain imme ocus nombeir for a muin co Arddachad Slébe Fuáit. Maidid a chride isin gillu. Conid de sin atá ‘ríge Cind Berraide for Ultaib’ .i. in rí for a muin leth ind lái. Les hommes du Connaught furent alors mis en déroute jusqu’à Scé Aird na Con. Les hommes d’Ulster furent à nouveau repoussés vers l’est jusqu’au gué de Daire Dá Báeth. « Laissez-moi être emporté hors de ceci ! » dit Conchobar. « Je donnerai la royauté d’Ulster à quiconque me portera jusqu’à ma maison. » « Je te porterai, » dit Cenn Berraide, son propre serviteur. Il passa une corde autour de lui et le porta sur son dos jusqu’à Ardachad des Fews. Le cœur du serviteur se brisa en lui. D’où le dicton : « La royauté d’Ulster de Cenn Berraide », c’est-à-dire, le roi sur son dos pour la moitié du jour.
Conócbad trá in debaid ón tráth co araile dar éis in ríg. Co ráimid for Ulto íarsin. Cependant, le combat se poursuivit après le roi d’une heure du jour jusqu’à la même heure le lendemain, après quoi les hommes d’Ulster furent mis en déroute.
Doberar tra a liaig co Conchobar .i. Fingen. Iss éside nofhinnad don díaid nothéiged don tig in lín nobíd i ngalur ’sin tig ocus cech galar nobíd and. “Maith,” or Fingen, “dia taltar in chloch as do chind biat marb fo chétóir. Mani tucthar ass immorro, not-ícfaind ocus bid athis duit.” “Is asso dún” ar Ulaid “ind athis oldás a éc-som.” Entre-temps, son médecin fut amené à Conchobar, à savoir Fingen. C’est lui qui pouvait savoir, à partir de la fumée qui s’élevait d’une maison, combien étaient malades dans la maison et toutes les maladies qui s’y trouvaient. « Eh bien, » dit Fingen, « si la pierre est retirée de ta tête, tu mourras immédiatement. Si elle n’est pas retirée, cependant, je pourrais te guérir, mais ce sera une cicatrice pour toi. » « Il nous est plus facile, » dirent les hommes d’Ulster, « de supporter la cicatrice que sa mort. »
Ro-íccad íarum a chend ocus rofúaged co snáth óir, ar ba cumma dath fuilt Conchobuir ocus dath inn óir. Ocus asbert in liaig fri Conchobar co mbeth i fomtin .i. ar ná tísad a fherg dó ocus ná digsed for ech ocus ná etraiged mnái [ocus ná rocaithed biad] co anfeta ocus ná rethed.Alors sa tête fut guérie et cousue avec un fil d’or, car la couleur des cheveux de Conchobar était la même que celle de l’or. Et le médecin dit à Conchobar qu’il devait être sur ses gardes afin que la colère ne survienne pas, qu’il ne devait pas monter à cheval, qu’il ne devait pas avoir de rapports avec une femme, qu’il ne devait pas manger avidement, et qu’il ne devait pas courir.
Robói dano isin chuntabairt sin céin robo beó .i. secht mbliadna ocus nírbo engnamaid, acht a airisium inna shuidi nammá .i. naco cúala Críst do chrochad do Iudaidib. Tánic and side crith mór forsna dúli ocus rochrithnaig nem ocus talam la mét in gníma darónad and .i. Ísu Críst mac Dé bí do chrochad cen chinaid. “Cráet so?” ar Conchobur fria drúid. “Cia olc mór dogníther isind lathiu-sa indiú?” “Is fir ón ém,” ar in drúi. “Is mór in gním sin,” ar Conchobur. “In fer sin dano” ar in drúi “i n-óenaidchi rogein ocus rogenis-iu .i. i n-ocht calde Enair cen cop inund bliadain.”Dans cet état incertain, il resta ainsi aussi longtemps qu’il vécut, même sept ans ; et il n’était capable d’aucune action, mais resta seulement assis à sa place, jusqu’à ce qu’il apprît que Christ avait été crucifié par les Juifs. À ce moment-là, un grand tremblement s’abattit sur les éléments, et les cieux et la terre tremblèrent de l’énormité de l’acte qui venait d’être accompli, à savoir Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant, crucifié sans faute. « Qu’est-ce que ceci ? » dit Conchobar à son druide. « Quel grand mal se fait en ce jour ? » « C’est vrai, en effet, » dit le druide. « Terrible est cet acte, » dit Conchobar. « Cet homme, maintenant, » dit le druide, « est né la même nuit que toi, même la huitième avant les calendes de janvier, bien que l’année ne fût pas la même. »
Is andsin rochreiti Conchobar. Ocus issé sin indara fer rochreti do Día i nHérinn ría tiachtain creitmi é .i. Morand in fer aile. Alors Conchobar crut. Et il fut un des deux hommes qui avaient cru en Dieu en Irlande avant la venue de la Foi, Morann étant l’autre homme.
Ocus as iarsin asbert Concubur: “Rofeasdais fir in beatha mo cumang ac cathugud fri hIudaidhibh tre crochad Críst dia mbeinn a comfogus dó.” Is iarsin attraacht ocus rosgobh forsin deargail cur’sceinn incinn Mesgeagra as a cinn ocus conearbailt Concubur fochétóir. Conadh [d]esin adber[a]t na Gæidhil conadh hé Concubur cétgeinntlide docóidh docum neimhi a nÉirinn, fobíth robo baithis dó in fuil dobidg as[a] cinn. Et as annsin rucadh ainim Concobuir a n-ifrinn gu comraiced Críst fria ac te:uir na broide a hifrinn, co tuc Críst leis anim Concabair docum neimhi. Finid. Et sur ce, Conchobar dit : « Les hommes du monde sauraient ce que je peux faire en combattant contre les Juifs pour l’amour de la crucifixion du Christ, si j’étais près de Lui. » Alors il se leva et fit l’assaut, jusqu’à ce que les cerveaux de Mesgegra jaillissent de sa tête, si bien que Conchobar mourut immédiatement. D’où les Gaels disent que Conchobar fut le premier païen à aller au Ciel en Irlande, car le sang qui jaillit de sa tête fut pour lui un baptême. Et alors l’âme de Conchobar fut emmenée en enfer jusqu’à ce que Christ la rencontre alors qu’Il faisait sortir l’armée captive de l’enfer, de sorte que Christ emporta l’âme de Conchobar avec Lui au Ciel. Finit.

Traduit par nos soins d'aprés la version de K. Meyer (1906)

Liens externes :
🌏The death-tales of the Ulster heroes / archive.org (consulté le 13/02/2026)
🌏Aided Chonchobuir / iso.ucc.ie (consulté le 13/02/2026)

Sources:
• J. Markale, (1993) - L'épopée celtique d'Irlande, Payot, 264p.
• K. Meyer, (1906) - The Death-Tales of the Ulster Heroes, Dublin, Hodges, Figgis & Co., 53p.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique