Les Luigni, également appelés Luighne (graphie moderne), sont un peuple ancien d’Irlande, connu à la fois par les sources mythologiques et par l’histoire médiévale. Le Lebor Gabála Érenn et les Annála Ríoghachta Éireann, laissent entendre que leur nom dériverait de Luigne, fils d’Érimón et d’Odba, bien que ce personnage meure sans descendance. D’autres traditions, comme le Coir Anmann (entrée 238), les présentent comme les Lái-geine, enfants de Lai, fils de Cormac Gaileng, reflétant une origine tribale plus ancienne. Aucune de ces filiations n’est historiquement certaine ; elles constituent des tentatives médiévales d’expliquer l’identité d’un peuple déjà établi.
Historiquement, les Luigni étaient originaires de Brega, dans le sud de l’actuel County Meath, et migrèrent vers l’ouest. Dans le Connaught nord-central, ils s’installèrent durablement, conservant leur nom qui devint associé à des générations de familles et de clans. Les sources médiévales montrent que les Luigni étaient souvent classés comme Fortuatha, c’est-à-dire des peuples extérieurs aux dynasties dominantes locales, mais ils dominaient néanmoins des tribus plus petites et formèrent parfois des dynasties locales reconnues, comme les clans Ó hEaghra, Ó Gadhra et Ó Dobhailen.
Le nom des Luigni semble dériver du dieu Lug, l’une des divinités majeures de la mythologie irlandaise. Les Luigni signifieraient littéralement “le peuple de Lug”. Cette étymologie, fondée sur une référence divine, se rapproche des Lugii, peuple d'Europe centrale (région de la Pologne et de la Silésie actuelles) mentionné par les auteurs romains — souvent considéré comme germanique, mais établi dans une ancienne zone celtique — ainsi que des Λούγοι (Lougoi) de Calédonie cité par Ptolémée (II, 3, 12), montrant que cette identification théophorique n’est pas un cas unique dans le monde celtique et ses marges.
Les scribes médiévaux, dans le Lebor Gabála Érenn ou le Coir Anmann, ont cherché à expliquer ce nom par des filiations mythiques — Luigne fils d’Érimón ou Lái fils de Cormac Gaileng — mais ces interprétations restent des étiologies symboliques plutôt que des attestations historiques.
Sources: • G. Keating, (1902-1914) - Foras Feasa ar Éirinn = The History of Ireland., Dublin, Irish Texts Society, Volumes 1‑4.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique