HARPE DE CLIACH

La harpe de Cliach

La harpe de Cliach (Crotta Cliach) est un toponyme mythique situé près de Loch Bél Dracon, dans un lieu féerique appelé le Sid de Femen. Son nom provient d’une légende rapportée dans le Dindshenchas métrique : Cliach, harpiste des êtres surnaturels, joue sans relâche de la harpe pour séduire la jeune Conchend, mais ses efforts sont vains, Bodb Derg lui interdisant l’accès. La musique de Cliach, liée à ce site, devient le repère éponyme qui donne son nom au lieu.

Le toponyme Crotta Cliach est également mentionné dans Aislinge Óenguso (Le Rêve d’Óengus), rappelant la continuité du nom dans la tradition littéraire. Le texte ne rapporte pas le récit de Cliach et Conchend, mais cite le lieu dans le contexte des voyages et des aventures d’Óengus, soulignant l’importance des noms de lieux dans la mythologie irlandaise.

Crotta Cliach n’est pas seulement un instrument ou un récit poétique, mais un lieu légendaire lié à un événement mythique, inscrit dans la tradition des Dindshenchas qui explique l’origine des toponymes irlandais à travers des histoires mêlant magie, musique et figures héroïques.

Selon R. A. S. Macalister (1949), le toponyme “Crotta Cliach”, traditionnellement interprété comme « Harpe de Cliach », semble en réalité refléter la configuration physique du site plutôt qu’un personnage mythique nommé Cliach. Macalister observe que les collines et crêtes du lieu correspondent symboliquement à la forme d’une harpe, ce qui pourrait expliquer l’origine du nom. Ainsi, l’étymologie toponymique proviendrait de la morphologie du paysage, et non directement d’un harpiste légendaire. Cette hypothèse propose que le mythe de Cliach a été superposé a posteriori pour expliquer le nom et donner un récit légendaire au site. Le lieu correspond aujourd’hui à la zone connue sous le nom moderne de Galty Mountains, dans le sud-est de l’Irlande.



Crotta Cliach (La harpe de Cliach)

Ici un homme des fées fit de la musique,
Cliach à la harpe au son doux ;
il rencontra l’horreur, au milieu du charme de son noble chant,
lors de son rendez-vous avec Conchend.

Il passa une année, parmi les chefs en foule,
sans nourriture et sans sommeil ;
tandis que l’armée des Fées jouait de la musique,
la force de la douleur d’une femme le poussait.

Bodb, prince puissant, ne permit pas
à Cliach de s’approcher de la colline des fées des hommes de Femen
par investigation, il devina le dessein,
la cour, la sollicitation.

La terre s’ouvrit, pleine de délices,
devant les troupes dans une captivité sans fin ;
plus merveilleux que les exploits de force, un récit de voyages,
le repos parmi les fées indolentes.

À l’endroit où il mourut de terreur,
Cliach joua une douce mélodie ;
là il fut saisi soudain, sans protection,
par le détestable dragon qui habite ce lieu.

Loch Bel Dragon — férocité des exploits,
sans erreur et sans obscurité —
une grande et puissante mer à l’est,
où Cliach, en ce lieu, fit sa musique.

Traduit par nos soins d'après la version anglaise de Gwynn (1903-1906)

Sources:
• E. J. Gwynn, (1903-1906) - The Metrical Dindshenchas, Todd Lecture Series, Vol.VIII–XII, Dublin, Hodges, Figgis & Co.
• Ph. Jouët, (2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• R. A. S. Macalister, (1949) The Archaeology of Ireland, London, Methuen & Co.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique