AGUBRIGENSES

Les communautés civiques romaines
Nom latin: Agubrigenses
Localisation: Probablement sur le terrioire des Paesiques
Ville: Agubriga (?)
Signification: Ceux d'Agubriga (Latin)

Agubrigenses

Agubrigenses  — Dans cette zone du nord-ouest hispanique que les sources romaines rattachent globalement aux Astures, on rencontre une inscription funéraire provenant de Villaverde, dans l’actuelle commune de Belmonte de Miranda (Asturies, Espagne). Elle mentionne une jeune fille, Bodocena, âgée de douze ans, fille d’Aravus, et précise son appartenance à une communauté identifiée par la formule castello Agubrigensi.


Villaverde (Belmonte de Miranda) (AE 1996, 891 ; HEp 1995, 39)
BODOCENA ARAVI F(ILIA) |(CASTELLO) AGVBRI(GENSI) AN(NORVM) XII H(IC) S(ITA) E(ST)

"Bodocena, fille d'Aravus, du castellum des Agubrigenses, âgé de 12 ans, repose ici."


Derrière cette désignation se cache une petite communauté territoriale dont le nom, Agubriga, n’est pas localisé avec certitude aujourd’hui, mais qu’on place de manière probable dans l’aire des Paesiques, au sein du monde asturien. Il s’agit donc d’un établissement connu non par un site archéologique identifié, mais par le témoignage épigraphique de ses habitants.

Le nom lui-même, Agubriga, appartient très vraisemblablement à un substrat toponymique ancien de type celtique, en -briga, désignant à l’origine une hauteur ou un site fortifié. À l’époque romaine, cependant, cette valeur étymologique est largement opaque : les administrateurs latins ne décomposent plus le terme, ils le traitent comme un nom propre indivisible, un simple marqueur local. C’est précisément dans ce cadre que s’insère la qualification castellum. Elle ne remplace pas le toponyme indigène, mais le recadre dans une logique administrative romaine. Le castellum Agubrigense désigne ainsi une communauté organisée selon les catégories de l’administration impériale, sans effacer pour autant le nom ancien du lieu.

On se retrouve donc avec une superposition caractéristique des mondes provinciaux romanisés : d’un côté, un toponyme indigène fossilisé et peu transparent (Agubriga), de l’autre, une structure administrative romaine (castellum) qui formalise et encadre cette réalité locale. L’ethnicon en -ensis vient sceller cette appartenance collective, en désignant les membres de la communauté sans passer par une identité ethnique au sens strict, mais par une identité civique et territoriale.



Un ethnicon en -enses est une désignation collective latine formée sur un toponyme (ville, centre urbain, territoire), servant à nommer les habitants d’une cité ou d’une communauté civique dans le cadre de l’administration romaine. Leur usage, bien que généralisé à l’époque impériale, se diffuse largement dans les contextes urbains et provinciaux caractérisés par une forte diversité de populations, où l’identification civique tend à se substituer aux désignations d’origine ethnique dans les cadres administratifs et épigraphiques. Morphologiquement, ces formes reposent sur un suffixe adjectival en -ensis, décliné au singulier (-ensis) et au pluriel (-enses).



Sources:
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique