AVENDÉATES

Les peuples Celtes
Nom latin: Avendeatae
Localisation: Croatie
Capitale: Avendo (Kompolje) (1)

Les Avendéates

Avendéates — Éthnonyme extrêmement peu documenté, connu uniquement par Appien dans son Illyrique. Ils apparaissent dans le cadre de la description des peuples dits Iapodes lors des campagnes d’Octavien dans les régions alpines et illyriennes en 35 av. J.‑C., ces populations se soumettant à Octavien à son approche (reddition des Avendéates et des Moentins).

Place dans les peuples iapodes

D’après les auteurs antiques, les Iapodes étaient subdivisés en plusieurs communautés locales, parmi lesquelles les Arupiens, les Avendéates, les Metuliens, les Moentins et les Posènes. Les correspondances observées entre plusieurs de ces noms et les principaux centres mentionnés par Strabon (Arupium, Metulum, Monetium et Avendo (1)) suggèrent qu’il pourrait s’agir davantage de gentilés territoriaux que de véritables ethnonymes indépendants.

Rapport à Strabon

Strabon n’évoque pas des peuplades au sens strict dans le cas des Iapodes, mais des cités. Si les correspondances : Arupium → Arupiens, Metulum → Metuliens, Monetium → Moentins, et probablement Avendo (1) → Avendéates sont correctes, alors il ne s’agit peut-être pas de véritables ethnonymes au sens strict, mais plutôt de gentilés territoriaux désignant les habitants d’un centre ou d’un district. Autrement dit, les Iapodes constitueraient l’entité ethnique ou politique englobante, tandis que les Arupiens, Metuliens, Moentins et Avendéates seraient les habitants respectifs d’Arupium, Metulum, Monetium et Avendo (1).

(1) Strabon donne en réalité la forme Οὐένδων (Vendôn), et non Avendo, qui est une reconstruction moderne fondée sur les Avendéates attestés chez Appien. Cette identification n’est pas impossible, mais il est impossible de déterminer lequel des deux auteurs transmet la graphie la plus exacte, si tant est que l’une d’elles reflète fidèlement le nom original.

Nature des « tribus » chez Appien

Cela expliquerait d'ailleurs pourquoi Appien peut les énumérer comme des « tribus » (φυλαί) tout en les rattachant explicitement aux Iapodes. Le terme grec ou latin employé par les auteurs antiques ne correspond pas nécessairement à notre notion moderne de tribu ; il peut désigner des communautés locales, des pagi, des districts ou des groupes civiques.

Limites de la documentation

On ne dispose d’aucune attestation épigraphique ou archéologique indépendante de ce nom, ce qui signifie que leur existence ne repose que sur une tradition littéraire unique. Ils sont présentés comme un sous-groupe des Iapodes, sans qu’Appien fournisse de précision géographique fine permettant de les localiser avec certitude.

Dans l’état actuel de la documentation, les Avendéates doivent donc être compris comme un micro-ethnonyme de tradition historiographique, intégré à une liste de peuples alpins probablement construite à partir de données géographiques et administratives romaines parfois simplifiées. Leur réalité historique n’est pas impossible, mais elle ne peut être ni confirmée ni précisée au-delà du témoignage d’Appien.

Contexte historiographique

Chez Diodore de Sicile, les Iapodes sont intégrés au grand ensemble celtique, ce qui reflète une tendance ancienne à regrouper sous le terme « Celtes » des populations de l’arc alpin et danubien. Strabon propose une lecture plus nuancée, en les décrivant comme des populations mixtes, souvent interprétées aujourd’hui comme « celto-illyriennes », en accord avec les données archéologiques disponibles pour la région (culture matérielle intermédiaire, influences de La Tène, substrat local illyrien probable).

Hypothèse culturelle

L’hypothèse d’une « laténisation » de populations illyriennes constitue une grille d’analyse plausible, mais elle reste un modèle interprétatif : elle décrit des processus culturels (diffusion de traits matériels et symboliques) plutôt qu’une identification ethnique directe.

Sources littéraires

Appien, Géographie, 16 : "Les Moentins et les Avendéates, deux tribus des Iapodes, habitant dans les Alpes, se sont rendus à lui à son approche. Les Arrépins, qui sont les plus nombreux et les plus belliqueux des Iapodes, se sont déplacés de leurs villages à leur ville, mais quand il y est arrivé, ils se sont enfuis dans les bois. Auguste a pris la ville, mais ne l'a pas brûlée, espérant qu'ils se livreraient et, ce faisant, il leur a permis de l'occuper."

Strabon, Illyrique, VII, 5, 4: "Suit, sur une longueur de 1000 stades, la côte Iapodique, ainsi nommée des Iapodes, lesquels habitent aux environs de l'Albius (très haute montagne située tout au bout de la chaîne des Alpes) et s'étendent, d'une part, jusqu'à la Pannonie et à l'Ister, et, de l'autre, jusqu'à l'Adriatique. Les Iapodes ont été de tout temps passionnés pour la guerre ; Auguste, cependant, a fini par les réduire complètement. Leur pays contient quelques villes, Metulum, Arupini, Monetium et Vendôn ; mais le sol y est pauvre et ne produit guère pour les nourrir que de l'épeautre et du millet. Ils ont la même façon de s'armer que les Celtes, et, avec cela, l'habitude de se tatouer commune à tous les peuples illyriens et thraces. A la côte des Iapodes succède celle des Liburnes, plus longue que la précédente de [500] stades. On y remarque un fleuve et une ville ; par le fleuve, les marchandises peuvent remonter jusqu'au coeur de la Dalmatie. Quant à la ville, elle se nomme Scardôn, et peut être considérée comme la capitale des Liburnes.".

Sources:
• L. Pernet, I. Radman - "Les Iapodes, peuple protohistorique de Croatie", Archéologia, n° 519, pp. 60-67.
• M. Sasel-Kos, (1999) - "Octavian’s campaigns (35-33 BC) in Southern Illyricum", L'Illyrie méridionale et l’Épire dans l'Antiquité, 3-1, pp. 255-264
• J. J. Wilkes, (1962) - Studies in the roman province of Dalmatia, Durham theses, Durham University, 247p.
• J. J. Wilkes, (1969) - Dalmatia, in History of the provinces of the Roman Empire, Routledge & K. Paul, London, 572p.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique