ARUPIUM (PROZOR, OTOCAC)

Les villes celtiques et gallo-romaines
Nom antique: Arupium
Nom actuel: Prozor
Ville: Otočac
Localisation: Comitat de Lika-Senj, Croatie
Peuple: Arupins (Iapodes)


PROZOR
(Arupium)

Arupium — La ville de Prozor, dans l’intérieur montagneux de la Dalmatie, correspond à l’ancien site d’Arupium, situé dans le territoire des Iapodes. Ce peuple est connu par les sources antiques, notamment Strabon (Géographie), comme appartenant au monde illyrien des Balkans occidentaux. Arupium s’inscrit comme un centre important de ce territoire montagnard, structuré autour d’agglomérations fortifiées et de réseaux locaux de contrôle. Il joue un rôle de pôle régional dans un espace où l’habitat est dispersé mais hiérarchisé autour de sites dominants. Dans cet environnement, les populations iapodes présentent des traits culturels majoritairement illyriens, tout en étant marquées par des contacts avec des groupes celtiques à partir de l’âge du Fer final, ce qui explique certaines influences matérielles et culturelles sans remise en cause de leur identité principale.

Le site de Prozor, dans la région de la Lika en Croatie, appartient aujourd’hui à la municipalité de Otočac, dont il constitue une localité dépendante. Il est drainé par le rivière Gacka.

Sur la Table de Peutinger, il apparaît sous la forme Arypio, tandis que dans l’itinéraire d'Antonin d'Aquilée à Sisak, entre Avendone (Kompolje) et Bibium (Sandweier), on lit la forme Arupio. Plus tard, dans la Cosmographie de Ravenne, le nom est altéré en Parupion.

Ville principale des Arupiens, fraction des Iapodes, qu’Appien présente comme les plus nombreux et les plus belliqueux de l’ensemble du peuple iapode. Lors des campagnes d’Octavien (futur Auguste) contre les populations des Alpes et de l’intérieur des Balkans, les Arupiens abandonnent leur centre fortifié et se réfugient dans les forêts environnantes à l’approche des forces romaines. Octavien s’empare alors d’Arupium, mais choisit de ne pas détruire la ville. Appien souligne cette décision, qui s’inscrit dans une stratégie de domination progressive : la prise des centres fortifiés s’accompagne d’une politique de modération visant à favoriser la soumission durable des populations plutôt que leur anéantissement.

Avec la conquête romaine, Arupium est progressivement intégré dans la province de Dalmatie et réorganisé dans les cadres administratifs de l’Empire, devenant un point d’ancrage de la romanisation dans cette région de montagne.

Selon X. Delamarre (2012), Arupium pourrait être formé sur une souche celtique aru-, associée à un second élément issu de l’indo-européen *-h₃kʷion. L’auteur se limite cependant à cette analyse morphologique sans en préciser le sens ni la motivation toponymique. En l’absence d’explication complémentaire et compte tenu du contexte illyrien du site, l’interprétation du nom reste incertaine.


Sources littéraires antiques

Appien, Illyrique, 16 : "Les Moentins et les Avendéates, deux tribus des Iapodes, habitant dans les Alpes, se sont rendus à lui à son approche. Les Arrépins, qui sont les plus nombreux et les plus belliqueux des Iapodes, se sont déplacés de leurs villages à leur ville, mais quand il y est arrivé, ils se sont enfuis dans les bois. Auguste a pris la ville, mais ne l'a pas brûlée, espérant qu'ils se livreraient et, ce faisant, il leur a permis de l'occuper."

Strabon, Géographie, IV, 6, 4 : "Les Iapodes, peuple formé d'un mélange d'Illyriens et de Celtes, habitent dans les environs, et le mont Ocra est dans leur voisinage. Ils comptaient beaucoup d'hommes vaillants et s'étendaient de chaque côté de la montagne, dominant par le brigandage. Mais ils furent tout-à-fait épuisés à la suite des défaites que leur infligea Auguste César. Leurs villes sont Métulum, Arupium, Monétium et Vendon. Après eux, se trouve la ville de Ségestique, dans la plaine."

Strabon, Géographie, VII, 5, 4 : "Suit, sur une longueur de 1000 stades, la côte Iapodique, ainsi nommée des Iapodes, lesquels habitent aux environs de l'Albius (très haute montagne située tout au bout de la chaîne des Alpes) et s'étendent, d'une part, jusqu'à la Pannonie et à l'Ister, et, de l'autre, jusqu'à l'Adriatique. Les Iapodes ont été de tout temps passionnés pour la guerre ; Auguste, cependant, a fini par les réduire complètement. Leur pays contient quelques villes, Metulum, Arupium, Monetium et Vendôn ; mais le sol y est pauvre et ne produit guère pour les nourrir que de l'épeautre et du millet. Ils ont la même façon de s'armer que les Celtes, et, avec cela, l'habitude de se tatouer commune à tous les peuples illyriens et thraces. A la côte des Iapodes succède celle des Liburnes, plus longue que la précédente de [500] stades. On y remarque un fleuve et une ville ; par le fleuve, les marchandises peuvent remonter jusqu'au coeur de la Dalmatie. Quant à la ville, elle se nomme Scardôn, et peut être considérée comme la capitale des Liburnes."

Tibulle, Élégies, III, 106-117 : "Mes vers ne s'égarent point à travers des louanges incertaines : car tes campagnes justifient mes chants. J'en atteste le courageux soldat de l'Iapydie vaincue ; j'en atteste encore les perfides Pannoniens, dispersés çà et là dans les Alpes glacées ; j'en atteste le pauvre indigène des campagnes d'Arupium ; en voyant comment il a résisté aux atteintes de l'âge, on s'étonne moins des trois siècles vécus par le roi renommé de Pylos ; en effet, bien qu'il soit parvenu à une grande vieillesse et qu'il ait vu le Titan accomplir cent années sa révolution fécondante, toujours agile, il ose sauter sur un cheval rapide, qu'il gouverne, en le montant, avec des rênes solides. C'est toi qui commandait quand celui qui ne tourne jamais le dos, Domator, présenta son col libre à la chaîne des Romains."


Sources:
• X. Delamarre, (2012) - Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne, Errance, Paris, 384p.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique