MAIRAE

Les divinités celtiques
Nom: Mairae / Mairis
Interpretatio romana: Matres (non certain)
Attestée: Inscriptions votivbe de Dijon et de Til-Chatel (Côte-d'Or)


Mairae / Mairis  —  Les attestations épigraphiques de Mairae / Mairis / Mairabus, principalement concentrées en Bourgogne (Dijon, Til-Châtel, civitas des Lingons), montrent un petit ensemble cohérent de dédicaces où ce théonyme apparaît toujours intégré dans une formule votive plurielle. On le trouve systématiquement encadré par un datif pluriel de type DEABUS ou DIS, dans des inscriptions associant souvent Épona et le génie du lieu. Le dossier des Mairae ne révèle pas une formule cultuelle unique et stable, mais plutôt un ensemble de situations votives distinctes où le même théonyme apparaît sous une forme syntaxique constante.

Dans tous les cas, Mairae est intégré dans une structure de datif pluriel divin. Cette régularité formelle est le point le plus stable du corpus : elle montre que les dédicants traitent Mairae comme une puissance divine plurielle reconnue, et non comme un simple qualificatif ou un nom isolé.

En revanche, les contextes d’apparition ne dessinent pas un schéma unique. Une inscription associe Mairae à Épona et au génie du lieu, une autre les présente sans cette association explicite, et une troisième les replace dans un cadre lié à la maison impériale. Cela signifie que Mairae n’est pas attaché à un seul type de dévotion ni à une seule configuration rituelle, mais qu’il peut s’insérer dans des cadres différents de la pratique religieuse locale.

L’idée d’une formule stable du type « Épona + Mairae + génie du lieu” ne tient donc pas comme structure régulière, mais seulement comme une des combinaisons possibles parmi d’autres. Ce qui ressort, en revanche, c’est la constance de traitement grammatical et rituel : quel que soit le contexte, Mairae est toujours placé dans le registre des puissances divines plurales, intégré dans une invocation votive qui le met sur le même plan que d’autres entités honorées.

Mairae ou Matribus ? Dans l’état actuel du dossier la réponse la plus rigoureuse est : on ne peut pas trancher de manière certaine entre Mairae et Matrib(us), mais les deux lectures ne sont pas équivalentes en poids. Jufer & Luginbülh (2001) optent pour la première, Ferlut (2022) préférant la seconde.

La lecture Matribus / Matres est celle qui bénéficie du meilleur ancrage comparatif. Elle s’inscrit dans un ensemble beaucoup plus large de dédicaces gallo-romaines aux déesses-mères, où l’on retrouve des formes très proches, des contextes similaires et des associations fréquentes avec des divinités comme Épona ou le genius loci. Dans cette perspective, Mairae serait une variante locale ou une latinisation régionale d’un théonyme bien attesté ailleurs.

La lecture Mairae comme théonyme autonome repose, elle, sur la cohérence interne des formes épigraphiques de ta zone d’étude. Le fait que les inscriptions présentent systématiquement Mairae / Mairis / Mairabus dans des structures votives stables, sans fluctuation vers une forme clairement identifiable comme Matres, peut plaider pour une entité locale distincte, perçue comme telle par les dédicants.

Donc, si on doit résumer sans forcer la conclusion : Matribus est l’identification la plus probable dans une perspective comparatiste large, mais Mairae conserve une autonomie locale suffisante pour empêcher une assimilation certaine et définitive.

Attestations épigraphiques.

PaysRégionLocalitéNomAssimilationCompagnon
(Parèdre)
FranceCôte-d'OrDijonMairae

Til-ChâtelÉpona

Dijon (CIL XIII, 5478)
[DEAB]VS(?) MAIRIS NIGIDIA RVFVLA V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO)

Aux déesses Mairae, Nigidia Rufus, s'est acquitté de son vœu, de bon gré, à juste titre."

Til-Châtel (CIL XIII, 5622)
IN H(ONOREM) D(OMVS) D(IVINAE) DEAE EPONAE ET DIS MAIRABVS G(ENIO) LOCI SATTONIVS VITALIS LIB[RARIVS LEG(IONIS) XXII PR]IM[IGENIAE] TRAIANO DECIO AVG(VSTO) [...] CO(N)S(VLIBVS) XV KAL(ENDAS) APR(ILES)

"En l'honneur de la Maison divine. À la déesse Épona, aux divinités Mairae et au Génie du lieu. Sattonius Vitalis, scribe de la légion XXII Primigeniae (a posé), (Caius Messius Quintus) Traianus Decius, Auguste (et) [...] étant consuls, le 15e jour avant les calendes d'Aprilis (1)."

(1) 18 mars 250 ou 251 ap. J.‑C.

Til-Châtel (CIL XIII, 5623)
[IN] H(ONOREM) D(OMVS) D(IVINAE) [D]EABVS MAIR(ABVS) [...]IVS REGVLVS M[I]LES LEGIONIS VI[II AN]TO[N]I[NI]AN(A)E A[VG(VSTAE) C]ABSARIVS EX VO[TO] PRO SE ET SVIS V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO)

"En l'honneur de la Maison divine. Aux déesses Mairae [...] Regulus, militaire dans la légion VII Antoniniana Augusta, médecin militaire, en conséquence d'un vœu, pour lui-même et les siens, s'est acquitté de son vœu, de bon gré, comme il se doit."

Sources:
• A. Ferlut, (2022) - Le culte des divinités féminines en Gaule Belgique et dans les Germanies sous le Haut-Empire romain, Ausonius, Bordeaux, 910p.
• N. Jufer, Th. Luginbühl, (2001) - Répertoire des dieux gaulois. Les noms des divinités celtiques connus par l'épigraphie, les textes antiques et la toponymie, Errance, Paris, 136p.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique