AHVARDUA

Les divinités celtiques
Nom: Ahvardua
Fonction: fontaine divinisée ?


Ahvardua - Divinité attestée par une unique inscription votive découverte à Vindolanda, sur le limes nord de la Grande‑Bretagne. La pierre, offerte par la cohors I Tungrorum, porte le texte suivant : “Ahvarduae deae coh(ors) I Tungr[orum miliaria ex voto posuit”, que l’on peut traduire par : « La cohorte I des Tongres, miliaria, a offert [ceci] à la déesse Ahvardua en accomplissement d’un vœu. » Il s’agit donc d’un témoignage militaire, illustrant la pratique romaine d’intégrer et d’honorer des divinités locales à travers des vœux ex voto.

Le nom de la divinité a suscité plusieurs interprétations. Pour Xavier Delamarre (2019), Ahvardua serait un composé mixte germano‑celtique : le préfixe - / axw(a)-, signifiant « eau », combiné au suffixe celtique -ardua, « haut, élevé », donnerait un sens proche de « hautes eaux » ou « fontaine », en accord avec une divinité associée aux sources ou aux eaux locales.

Une autre hypothèse, avancée par Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier, évoque un rapprochement entre Ahvardua et Arduinna, la divinité gauloise des forêts et des hauteurs, ce qui suggère une origine germanique ou celtique du nom liée aux zones élevées et forestières, sans lien explicite avec l’eau. Ahvardua peut montrer une ressemblance linguistique patente avec Arduinna (par le suffixe -ardua), mais cela ne suffit pas à en faire forcément la même divinité ou une simple variante.

Dans tous les cas, Ahvardua apparaît comme une divinité unique, hapax théonymique attesté uniquement à Vindolanda, combinant des éléments germaniques et/ou celtiques et honorée dans un contexte romain militaire. La cohorte I des Tongres était une unité auxiliaire recrutée dans la région des Tongres (Belgique actuelle), et il est probable qu’elle ait apporté son propre culte, ou du moins des divinités de sa région d’origine, en stationnant à Vindolanda.

Autrement dit, Ahvardua pourrait être une divinité “importée” par les soldats germaniques ou celtiques, et l’inscription romaine ne reflète pas nécessairement un culte strictement autochtone du nord de l’Angleterre. L’intégration dans un rituel ex voto militaire montre simplement que le culte était reconnu et pratiqué dans un cadre romain, sans que la divinité soit nécessairement originaire du site.

Attestations épigraphiques.
PaysRégionLocalitéNomAssimilationCompagnon
(Parèdre)
Grande-BretagneNorthumberlandChesterholmAhvarduae

Chesterholm (AE 2013, 972)
AHVARDVAE DEAE [CO]H(ORS) I TVNGR[ORVM |(MILIARIA) E]X [VOTO POSVIT]

"À la déesse Ahvardua. La cohorte I Tungrorum miliaria, en conséquence d'un voeu, a posé (cette offrande)."

Sources:
• X. Delamarre, (2019) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (I. Ab- / Ixs(o)-), Les Cent Chemins, 398p.
• M.-Th. Raepsaet-Charlier (2015) - "Cultes et territoire, Mères et Matrones, dieux « celtiques » : quelques aspects de la religion dans les provinces romaines de Gaule et de Germanie à la lumière de travaux récents", L'Antiquité Classique, 84, pp. 173-226
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique