La langue gauloise (et autres langues celtiques de l'antiquité)
Suffixation en -ro-
Le suffixe gaulois -ro- appartient à une ancienne série indo-européenne de dérivés adjectivaux et substantivables exprimant l’appartenance, la relation, la caractérisation ou la fonction. Il n’est pas originellement un suffixe agentif spécialisé ; toutefois, selon la sémantique de la base, les formations en -ro- peuvent recevoir une interprétation fonctionnelle ou agentive (« celui qui est lié à … », « celui qui exerce … », « celui qui produit … »). Il ne constitue pas l’équivalent exact du français -eur (« celui qui fait… »), même s’il peut, selon le contexte, entrer dans la formation d’adjectifs substantivés ou de noms caractérisants susceptibles de prendre une valeur d’agent ou de fonction.
Du point de vue indo-européen, -ro- est un ancien morphème très précoce et largement diffus dans les langues filles, servant à former des adjectifs et dérivés à valeur principalement relationnelle ou caractérisante, dont l’interprétation peut varier selon les bases (qualité, fonction, résultat ou rôle), avec des lectures tantôt actives, tantôt passives ou instrumentales selon le contexte.
En proto-indo-européen, -ro- fonctionne comme un formant adjectival relationnel polyvalent ; en celtique continental (gaulois), il reste encore visible et partiellement productif ; en celtique insulaire ancien (vieux-irlandais), il est largement fossilisé et remplacé fonctionnellement par d’autres suffixes dérivationnels ; en brittonique, il devient morphologiquement quasi invisible, ne subsistant que sous forme de traces lexicalisées non segmentables.
Le -ro- suffixal (hérité indo-européen) et le ro- préfixal (celtique, notamment insulaire) n’ont ni la même origine ni la même fonction. Le premier est un ancien morphème dérivationnel intégré au radical et servant à former des adjectifs relationnels ou caractérisants ; le second est un élément préverbal/particulaire indépendant, issu d’un ancien système d’augment et de particules directionnelles/intensives en celtique insulaire, notamment en vieux-irlandais, où ro- sert à marquer l’accompli, l’intensif ou le perfectif dans la flexion verbale.
Chez Xavier Delamarre (2014 ; 2017 ; 2023), Vradarus/Vradsarius (*vradsa-ro-) est interprété comme « faiseur de pluie » parce que la base vradsa- est comprise comme liée à la pluie / à l’action de faire pleuvoir et le dérivé en -ro- désigne alors l’être associé à cette action ou capable de l’accomplir. Autrement dit, dans ce cas précis, -ro- aboutit bien à une lecture agentive (« celui qui provoque/fait la pluie »), mais ce n’est pas la valeur fondamentale du suffixe. La lecture reste sémantiquement plausible, mais morphologiquement on peut également proposer : « le pluvieux », « celui de la pluie », « celui qui a pouvoir sur la pluie », ou « l’être associé à la pluie ».