La langue gauloise (et autres langues celtiques de l'antiquité)
Vieil irlandais :
lebor / lebar : (long)
lebro- / libor- / leboro- : Le radical *lebro-, signifiant "long", apparaît dans plusieurs formes et toponymes antiques. Ce thème trouve un corrélat avec le vieil-irlandais lebor ou lebar qui signifie également "long" (leabar dans le Cóir Anmann).
Dans la toponymie, chez les Carpentani en Espagne, on trouve Lebura, probablement une forme dérivée du grec Λεύόρα (Ptolémée). Cette forme se traduit par Leburam, et une mélecture du terme original le transforme en Aeburam chez Tite-Live (Λ→Α). Ce radical se retrouve dans des noms comme Liorac, Lieurac, Lieurey, Lieury, que Delamarre (2012 ; 2023) interprète comme des formes médiévales proches du terme Leuracum (*lebor-āco-) ou Lioreium (XIIIᵉ siècle) → "domaine de Leboros". Lieuran (*lebor-āno-) dans l'Hérault (Leuranum au Xᵉ siècle) et le col du Lioran (*lebor-āno-) en Auvergne.
Libranus (*lebor-āno-) est un anthroponyme attesté dans la Vita Colombae (VIIᵉ siècle). Liborius Cenomanicus est une figure historique associée à la région de Cénomanie (ancienne province gallo-romaine, autour du Mans), et sa vie est racontée notamment dans sa Vita rédigée par Johannes Bollandus, célèbre jésuite et hagiographe du XVIIᵉ siècle. En épigraphie, nous trouvons un Liberianus à Pouzzoles (Italie) (CIL X, 2225).
Delamarre (2023) suggère que cette racine pourrait être déjà présente dans des inscriptions gauloises, telles que Liberi patri à Apt, Nîmes ou Dijon, en s’appuyant sur les travaux de Holder. Cette hypothèse laisse entendre que le terme serait d’origine celtique, bien que la réinterprétation latine du mot liber ait pu influencer sa compréhension ultérieure. Il laisse également entendre qu’il pourrait exister un autre thème *lēbro/*lēpro avec un ē long, distinct de *lebro-/*lepro- (avec un e court), ce qui pourrait induire en erreur et invalider certaines interprétations dans les toponymes. Ainsi, même si le gallois llwybr (« passage, chemin, trace ») paraît apparenté, il relèverait plutôt de ce radical avec ē long, ce qui invite à la prudence dans l’interprétation étymologique.
Sources: • X. Delamarre, (2012) - Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne, Errance, Paris, 384p.
• X. Delamarre, (2023) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (II. Lab- / Xantus), Les Cent Chemins, 570p.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique