La langue gauloise (et autres langues celtiques de l'antiquité)
Irlandais :
olc : (mauvais, mal)
ulco- — Dans l’hypothèse évoquée par Meid et reprise avec prudence par Delamarre (2023), un ancien thème ulco-/ulko- pourrait remonter à une couche indo-européenne liée au « loup », ensuite figée dans l’onomastique. Ce thème, devenu opaque, aurait pu être réinterprété dans certains contextes comme porteur de valeurs négatives (« mal, mauvais »). On est face à un scénario assez classique en linguistique celtique : celui d’un mot ancien du lexique indo-européen qui n’a pas survécu de façon transparente dans la langue courante, mais qui aurait continué à vivre sous forme fossilisée dans les noms propres. Le point de départ supposé est une forme ancienne liée au loup, reconstruite en proto-indo-européen sous des variantes du type *ulkʷo- (« loup »). Dans un développement normal, on attendrait dans les langues celtiques des résultats plus “réguliers”, du type *luko- ou des formes apparentées à ce que l’on connaît ailleurs pour « loup ». C’est justement ce décalage qui intrigue : la série en ulco- / ulko- ne correspond pas parfaitement à ce qu’on attendrait d’un mot courant hérité directement. L’idée proposée est donc la suivante : au lieu d’être un mot vivant conservé dans le vocabulaire quotidien, ce thème aurait été très tôt figé dans des usages nominaux — surtout des anthroponymes — puis transmis comme un bloc, détaché de son sens initial. Dans ce processus, la forme se conserve, mais le mot cesse progressivement d’être analysé par les locuteurs. Il devient un nom plutôt qu’un mot. C’est dans ce cadre qu’on parle de fossilisation onomastique : un ancien élément lexical survit non pas dans la langue active, mais dans des noms de personnes et de lieux, où il peut être remodelé, simplifié ou réinterprété. Le lien avec le sens originel — ici, potentiellement « le loup » — devient alors opaque. La question de la métonymie s’insère naturellement dans ce type de scénario. Il est fréquent, dans les sociétés indo-européennes, qu’un animal prestigieux ou symboliquement chargé serve de base à des surnoms, puis à des noms personnels, puis à des noms de lieux. Le « loup » peut ainsi passer de l’animal réel à une qualité attribuée à un individu, puis à une étiquette familiale ou locale. Mais dans le cas des séries en uUlco-, ce passage n’est pas démontré de manière directe : il est seulement possible, reconstruit à partir de convergences formelles. Ainsi, l’hypothèse reste élégante mais prudente : elle décrit un scénario plausible de survie d’un ancien thème indo-européen dans l’onomastique gauloise, sans que l’on puisse affirmer avec certitude ni la forme exacte du point de départ, ni la continuité sémantique complète.
Sources: • X. Delamarre, (2023) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (II. Lab- / Xantus), Les Cent Chemins, 570p.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique