LIVRE DES CONQUÊTES DE L'IRLANDE - PARTHOLON

Mythes, légendes, textes mythologiques

Le livre des conquêtes de l'Irlande
Partholón

Première conquête de l'Irlande

Le Lebor Gabála Érenn (Livre des Conquêtes de l’Irlande) est une compilation pseudo-historique médiévale qui raconte l’histoire mythique de l’Irlande comme une succession de « prises de possession » par différents peuples (depuis la création du monde jusqu’aux Gaëls), en les synchronisant avec l’histoire biblique et antique pour en donner une chronologie universelle.

Lebor Gabála Érenn nous est parvenu à travers plusieurs rédactions successives et une version remaniée dite Miníugud, ainsi qu’une adaptation moderne. Ces rédactions ont été conservées dans un ensemble de manuscrits médiévaux et post-médiévaux (notamment le Livre du Leinster, le Livre de Ballymote, le Livre de Lecan, les manuscrits Stowe, Rawlinson B 512, etc.), qui ne transmettent pas tous le même état du texte. Le texte a également été interpolé ou clarifié dans la version Miníugud, présente dans plusieurs témoins. L’ensemble de la tradition est reconstruit par les éditeurs à partir de ces témoins, en supposant des archétypes perdus et des copies intermédiaires aujourd’hui disparues. Ainsi, le texte actuel est le résultat d’une transmission complexe mêlant plusieurs couches de rédaction, de réécriture et de copie médiévale.


Partholón est présenté dans le Lebor Gabála Érenn comme le premier peuple à prendre possession de l’Irlande après le Déluge. Il arrive dans l’île avec sa troupe après un long voyage qui passe par la Mygdonie, la Grèce, l’Espagne, puis l’Irlande. Certaines versions expliquent son départ par un crime familial : il aurait tué son père et sa mère dans une tentative de conquérir le pouvoir, avant de fuir son pays.

Fils de Sera, Partholón appartient à une lignée ancienne liée à Bith. Il arrive avec quatre chefs principaux, Ér, Orba, Ferón et Fergna, qui procèdent au premier partage de l’Irlande. Le territoire est alors décrit comme une terre sauvage, presque entièrement couverte de forêts. Sous son règne apparaissent les premiers grands défrichements, notamment les plaines de Mag Itha, Mag Lí et Mag Lathraind, ainsi que plusieurs nouveaux lacs.

Le peuple de Partholón est associé aux premières créations et institutions de l’Irlande mythique. Brea mac Senbotha, est présenté comme celui qui établit la première maison, le chaudron de viande pour les hôtes et le duel. Samaile/Samaililech introduit la bière, l’ale et la pratique de la caution. Beoir fonde la première maison d’hospitalité. Les druides Fis, Eolus et Fochmorc, les champions Milchu, Meran et Muinechan, ainsi que les premiers artisans, marchands et spécialistes appartiennent également à sa troupe.

Partholón possède les quatre premiers bœufs et les premiers laboureurs. Son peuple représente dans le récit l’apparition des premières formes d’agriculture, d’organisation sociale, d’hospitalité et de droit en Irlande. La tradition lui attribue aussi la venue des premiers savoir-faire humains sur l’île.

Le premier grand conflit irlandais oppose Partholón aux Fomoires de Cichol Pied-Boiteux. Cette bataille de Mag Itha est racontée selon plusieurs versions : l’une la présente comme une bataille magique sans morts, tandis qu’une autre affirme que Cichol fut tué, que les Fomoires furent vaincus et que Partholón reçut alors une blessure dont il mourut plus tard.

Après trente années passées en Irlande, Partholón meurt sur l’Ancienne Plaine d’Elta d’Étar. Son peuple lui survit, puis une grande peste frappe les Partholónniens à Mag Elta : neuf mille personnes meurent en une semaine. La population disparaît presque entièrement, laissant l’île libre avant l’arrivée de Nemed.

Un seul survivant est conservé par la tradition : Tuan fils de Cairell, qui serait lié à la lignée de Partholón. Grâce à une succession de métamorphoses, il traverse les âges sous les formes du cerf, du sanglier, de l’oiseau et du saumon, conservant la mémoire des différentes prises de l’Irlande jusqu’à l’époque chrétienne.

Dans le Lebor Gabála Érenn, Partholón n’est donc pas seulement un ancêtre mythique : il est celui qui inaugure l’occupation humaine de l’Irlande après le Déluge, qui transforme une terre sauvage en territoire organisé et qui introduit les premières institutions de la société irlandaise.

Première rédaction

Première rédaction
L'Irlande demeura ensuite déserte pendant trois cents ans — ou trois cent douze ans, quod uerius est (« ce qui est plus exact ») — jusqu'à l'arrivée de Partholón mac Sera meic Srú. Il fut le premier à prendre possession de l'Irlande après le Déluge, un mardi, le quatorzième jour de la lune, à Inber Scéne. [Car c'est à Inber Scéne que l'Irlande fut prise possession à trois reprises.] Partholón descendait de Magog, fils de Japhet, ut dixi supra (« comme je l'ai dit plus haut »). C'est dans la soixantième année de l'âge d'Abraham que Partholón prit possession de l'Irlande.
Quatre puissants chefs arrivèrent avec Partholón : Partholón lui-même, Laiglinne son fils, dont le nom est à l'origine de Loch Laiglinne, dans Uí Mac Uais de Brega ; ainsi que Sláine et Rudraige, les deux autres fils de Partholón, auxquels doivent leur nom Sliab Slanga et Loch Rudraige. Lorsque l'on creusa la tombe de Rudraige, le lac jaillit et recouvrit la terre.
Sept ans Partholón avait-il passé en Irlande lorsque le premier homme de son peuple mourut, à savoir Fea, dont tire son nom Mag Fea ; car c’est là qu’il fut enterré, dans Mag Fea.
La troisième année après cela eut lieu la première bataille d’Irlande, que Partholón remporta à Slemna de Mag Itha contre Cíchol Gricenchos des Fomoire. C’étaient des hommes n’ayant qu’un seul bras et une seule jambe, qui livrèrent bataille contre lui.
Il y eut sept jaillissements de lacs en Irlande au temps de Partholón : Loch Laighlinne dans l’Uí mac Uais de Brega, Loch Cuan et Loch Rudraige en Ulster, Loch Dechet, Loch Mese et Loch Con en Connachta, et Loch Echtra en Airgíalla ; car Partholón ne trouva avant lui en Irlande que trois lacs et neuf rivières : Loch Fordremain dans le Sliab Mis de Mumu, Loch Lumnig sur la terre de Find, Loch Cera en Irrus ; les rivières Aba Life, Lui, Muad, Slicech, Samer (sur laquelle se trouve Ess Ruaid), Find, Modorn, Buas et Banna, entre Le et Elle. Quatre ans avant la mort de Partholón eut lieu le jaillissement de Brena à travers le pays.
Quatre plaines furent défrichées par Partholón en Irlande : Mag Itha en Laigin, Mag Tuired en Connachta, Mag Li dans l’Uí Maic Uais, Mag Ladrand dans le Dál nAraide. Car Partholón ne trouva avant lui qu’une seule plaine en Irlande : l’Ancienne Plaine [d’Elta] d’Edar. C’est pourquoi elle est appelée « l’Ancienne Plaine », car jamais une branche ni un rameau d’une forêt ne poussa à travers elle.
C’est là que mourut Partholón, avec cinq mille hommes et quatre mille femmes, emportés en une semaine par une épidémie, aux calendes de mai. Un lundi, la peste les fit tous périr, à l’exception d’un seul homme : Tuan mac Stairn meic Sera, neveu de Partholón. Dieu lui fit prendre successivement plusieurs formes, et il survécut seul depuis l’époque de Partholón jusqu’à celle de Finnian et de Colum Cille. Il leur raconta alors les prises de possession de l’Irlande, depuis celle de Cessair, la première à s’en emparer, jusqu’à leur époque. Ce Tuan est le même que Tuan mac Cairill meic Muiredaig Muindeirg. À son sujet, le sage historien composa le poème suivant :

Ô vous, savants de la Plaine du beau et blanc Conn,
du pays des hommes de Fal, comme je le rapporte,
quelle compagnie, après la création du monde,
aborda la première en Irlande ?

L'Irlande, avant le Déluge rapide,
si je retrace son histoire avec science,
fut découverte par de très purs champions,
au nombre desquels Cessair ingen Betha.

Bith mac Noe aux nombreuses troupes,
bien qu'il eût triomphé par un grand ouvrage de retranchements,
mourut sur le belliqueux Sliab Betha ;
Ladra mourut à Ard Ladrann.

Fintan poursuivit un chemin de faiblesse ;
on retrouva sa tombe — fruit d'un élan impétueux.
Ce ne fut pas dans le fossé d'un cimetière d'église
qu'il fut enseveli, mais dans une tombe sur Tul Tuinde.

Jusqu'à Dún na mBarc, pour la fête de la séparation,
un voyage au-delà de tout calcul les conduisit ;
près du tertre de pierres, au bord d'une mer féconde,
Cessair mourut à Cúl Cessrach.

Quarante jours à peine s'étaient écoulés
lorsque la troupe élancée et gracieuse arriva sur son navire ;
avant le fracas du Déluge, ils abordèrent
sur une terre de l'Irlande.

Il se leva pour entreprendre un voyage où la vérité serait établie, par la puissance
du Roi qu'il avait coutume d'adorer ;
Fintan, qui portait des nouvelles aux seigneurs,
aux puissants de la terre.

Trois cents ans, je m'en glorifie,
je le dis selon les règles que je tiens pour certaines :
la douce Irlande, je l'affirme contre
les devins, demeura déserte après le Déluge.

Vint alors l'illustre Partholón,
suivant une royale traversée sur la mer battue par les rames ;
avec son groupe de quatre héros, beaux et fidèles —
parmi eux se trouvait Sláine, le noble de naissance.

Sláine, avec le brillant Laiglinne ;
sa nef, aux flancs de planches, était noble et robuste.
Tels étaient ses trois chefs toujours prêts,
avec le seigneur Rudraige.

Les plaines furent défrichées de leurs grandes forêts
par lui, afin de les ouvrir à ses chers descendants ;
Mag Itha vers le sud, Brí Buadchind,
Mag Lí Luaithind, Lag Lathraind.

Sept surgissements de lacs, si vous les comptez,
illustres par leur renommée ;
si vous les énumériez, ils couvrirent,
entre les liens des vallées, l'Irlande insulaire en son temps.

Loch Laiglinne, l'audacieux Loch Cuan,
Loch Rudraige — le rouge sans promulgation de lois — ;
Loch Techet, Loch Oese riche en hydromel,
Loch Con, Loch Echtra peuplé de cygnes.

Sur l'Irlande aux belles couleurs,
si je rapporte toute son histoire,
depuis l'établissement de Bith
il ne trouva devant lui que trois lacs.

Trois lacs, vastes et sans marée,
et neuf fleuves d'une grande beauté :
Loch Fordremain, Loch Luimnig,
Findloch, aux confins d'Irrus.

Le fleuve de Life, le Lee, mentionnons-le,
que chante tout druide connaissant le dían(a) senga ;
l'histoire des anciens fleuves d'Irlande
a révélé la véritable hauteur du Déluge.

Le Muad, le Slicech, le Samer — tu les nommes —, le Buas,
le Modorn, torrent dont la renommée s'élève comme un sommet,
le Find, à la forme d'une lame d'épée,
et le Banna, entre le Lee et l'Eile.

Il mourut, après l'apogée de sa gloire, avec ses guerriers,
Partholón, maître de la troupe aux cent compagnies ;
eux tous furent abattus avec leurs biens,
avec leurs trésors, dans l'antique plaine d'Elta, près d'Edar.

C'est pourquoi cette antique plaine est tenue pour bienheureuse ;
c'est Dieu, l'Artisan du monde, qui l'a voulu.
Sur cette terre que l'embouchure de la mer a retranchée,
on ne trouva ni racine ni rameau d'une forêt.

Là se trouve sa tombe, selon les hommes véridiques,
bien qu'il n'eût point rang parmi les saints.
Silencieux fut son sommeil sous ces lieux de repos,
qui ne sont pas un chemin de pèlerinage pour nos savants.

Pendant trois cents ans, sachez-le bien,
cette troupe, brillante, harmonieuse et durable,
demeura sur les terres cachées aux puissants,
dans l'antique et noble Irlande.

Hommes, femmes, garçons et filles,
aux calendes de mai — funeste événement —,
la peste de Partholón dans la plaine de Mag Breg
ne fut pas le partage ininterrompu d'un été de paix.

Pendant trente années de disette,
elle demeura déserte devant les héros de guerre,
après que son peuple eut péri en une seule semaine,
avec toutes ses troupes sur la plaine de Mag Elta.

Rendons hommage au Roi des Éléments,
au Chef bienfaisant, à la Forteresse de notre peuple ;
à lui appartiennent toute troupe et toute génération,
à lui appartiennent toute autorité et tout savoir.

Je suis Ua Flaind, qui répands les vérités ;
il a choisi son lot parmi les rois.
Que tout ce qu'il dira soit une parole de grâce,
et qu'elle soit conforme à la sainteté, ô savants !

Ce furent les quatre chefs de Partholón qui firent, au commencement, la première division de l’Irlande : Ér, Orba, Fergna et Ferón. Il y eut quatre hommes portant les mêmes noms parmi les fils de Míl, mais ce n’étaient pas les mêmes. Depuis Áth Cliath de Laigin jusqu’à Ailech Neit, c’est la division d’Ér. Depuis Áth Cliath jusqu’à l’île d’Ard Nemid, c’est la division d’Orba. Depuis Ailech jusqu’à Áth Cliath de Medraige, c’est la division de Ferón. Depuis cet Áth Cliath jusqu’à Ailech Neit, c’est la division de Fergna. C’est ainsi qu’ils divisèrent l’Irlande pour la première fois.
Partholón possédait quatre bœufs : ce furent les premiers du bétail d’Irlande. Parmi ses gens se trouvait Brea mac Senbotha, par qui furent établis pour la première fois en Irlande la maison, le foyer et l’honneur. Parmi ses gens se trouvait Samailiath, par qui furent établis pour la première fois en Irlande la beuverie de bière et la garantie. Parmi ses gens se trouvait Beoir, par qui fut établie pour la première fois en Irlande la maison d’hospitalité. Comme le poète l’a dit :

Grande était la compagnie
que possédait Partholón :
jeunes filles et jeunes hommes pleins d'ardeur,
chefs et champions.

Totacht et le puissant Tarba,
Eochar et Aithechbel,
Cuaille, Dorcha, Dam,
les sept principaux laboureurs de Partholón.

Liac et Lecmag aux belles couleurs,
Imar et Etrige,
les quatre bœufs, noble attelage,
qui labourèrent la terre de Partholón.

Beoir était le nom de l'homme
qui, avec ses nobles et avec les siens,
reçut un hôte dans sa demeure solide,
le premier en l'île d'Irlande.

Par Brea mac Senbotha,
furent établis pour la première fois une maison et un chaudron sur le feu ;
coutume que les aimables Gaëls n'abandonnèrent jamais,
depuis qu'ils habitèrent l'Irlande.

Par Samailiath furent connus
la consommation de bière et la garantie ;
par lui furent ensuite institués
l'honneur, la prière et la consultation.

Les trois druides des ports de Partholón :
Fiss, Eolas et Eochmarc ;
voici en outre les noms de ses trois champions :
Milchu, Meran et Muinechan.

Les noms de ses dix nobles filles,
que possédait Partholón,
et les noms de ses dix gendres,
je les tiens en réserve : ma mémoire en est entière.

Aífe, Aine, la noble Adnad,
Macha, Mucha, Melepard,
Glas et Grenach,
Auach et Achanach.

Aidbli, Bomnad et Ban,
Caertin, Echtach, Athchosan,
Lucraid, Ligair, Lughaid le guerrier,
Gerber, qui n'était point prodigue en paroles.

Beothach, Iarbonel, Fergus, Art, Corb,
qui le suivirent, sans faute,
Sobairche et le vaillant Dobairche :
ce furent les cinq chefs de Nemed, puissants par leur force.

Bacorb Ladra, sage accompli,
était le savant de Partholón ;
c'est lui, sans aucun doute,
qui institua le premier l'hospitalité.

Ils labourèrent à l'ouest, à Dún Finntain,
si éloigné qu'il fût ;
et leurs troupeaux paissaient l'herbe des pâturages
à l'est de Mag Sanais.

Bibal et Babal le Blanc
étaient les deux marchands de Partholón :
Bibal apporta ici l'or,
Babal apporta le bétail.

La première construction élevée en Irlande, sans malheur,
fut l'œuvre de Partholón ;
le premier brassage, le premier barattage, la première bière — heureuse innovation —,
au commencement, dans la noble et haute Irlande.

Rimad était le robuste grand laboureur,
Tairle le maître laboureur ;
Fodbach était le soc — ce n'est point fable —,
et Fetain le coutre.

Brisé fut le nom de l'homme — parfaite vérité —
qui le premier accomplit une honte secrète ;
Il fut effacée sans funeste désordre,
et Partholón jugea que cela était bon.

Suite au voyage de Partholón

Partholón, d’où vint-il en Irlande,
comptez-le !
le jour où il traversa la mer,
quelle était la terre d’où Partholón vint ?

Il vint de Sicile en Grèce — 
un voyage d’une année, sans aucun mensonge entier :
un mois de navigation depuis la Grèce vers l’ouest,
jusqu’à la Cappadoce.

Depuis la Cappadoce il voyagea,
une navigation de trois jours jusqu’à la Gothie,
une navigation d’un mois depuis la blanche Gothie,
jusqu’à l’Espagne aux trois pointes.

Après cela il atteignit Inis Fáil,
vers l’Irlande depuis l’Espagne :
un lundi, le dixième jour sans défaut,
une octade prit l’Irlande.

Il est le premier homme qui prit son épouse,
au temps de Partholón, sans mensonge :
Fintan, qui prit la femme par combat — 
Aífe, fille de Partholón.

Partholón sortit un jour,
pour parcourir sa terre prospère :
sa femme et son serviteur ensemble
il les laisse derrière lui sur l’île.

Comme ils étaient dans sa maison,
les deux, chose jamais entendue,
elle fit une avance au serviteur innocent,
lui ne lui fit aucune avance.

Comme le serviteur ne lui répondait pas promptement,
résistant à une mauvaise intention,
elle se dévêt dans le désespoir — 
un acte impulsif pour une femme honnête !

Le serviteur se leva sans hésitation,
fragile chose qu’est l’humanité — 
et vint, selon une parole sans joie,
partager la couche de Delgnat.

Effronté fut le tour d’un serviteur agréable,
que Topa aux cordes mélodieuses accomplit :
par une ruse grossière, un bonheur sans joie,
aller, avec Delgnat, partager sa couche.

Partholón, qui était un homme de savoir,
avait une cuve d’une bière très douce :
hors de celle-ci nul ne pouvait boire quoi que ce soit,
sinon par un tube d’or rouge.

La soif les saisit après l’acte,
Topa et Delgnat, selon la vérité :
de sorte que leurs deux bouches burent
leurs deux boissons(?) par le tube.

Quand ils l’eurent fait, couple sans remords,
une très grande soif vint sur eux ;
bientôt ils burent une boisson de braise brillante,
par le tube doré.

Partholón arriva dehors,
après avoir parcouru les terres sauvages ;
on lui rendit alors,
ce ne fut qu’un léger trouble, sa cuve et son tube.

Quand il prit le tube droit,
il perçut aussitôt sur celui-ci
le goût de la bouche de Topa jusque-là,
et le goût de la bouche de Delgnat.

Un démon noir et maussade révéla
la mauvaise action, fausse et sans honneur :
« Voici le goût de la bouche de Topa », dit-il,
« et le goût de la bouche de Delgnat. »

Alors parla le fils en bonne santé de Sera,
l’homme appelé Partholón :
« Bien que le temps où nous sommes dehors soit court,
nous avons le droit de nous plaindre de vous. »

L’homme frappa de sa paume le chien de la femme — 
ce ne fut d’aucun profit — il tua le lévrier ;
ce fut une perte qui ne serait pas légère ;
ainsi naquit la première jalousie d’Irlande.

Delgnat répondit à son mari :
« Ce n’est pas sur nous que repose le blâme,
bien que tu trouves amer que je le dise,
en vérité, il repose sur toi. »

Bien que tu juges amère ma parole envers toi,
Partholón, le droit m’en reviendra :
je suis ici « celle qui vient avant un autre »,
je suis innocente, une réparation m’est due.

Du miel avec une femme, du lait avec un chat,
de la nourriture avec un généreux, de la viande avec un enfant,
un artisan à l’intérieur et un outil tranchant,
un avant un autre : c’est un grand danger. »

La femme goûtera le miel épais,
le chat boira le lait,
le généreux donnera la nourriture pure,
l’enfant mangera la viande.

L’artisan saisira un outil,
l’un et l’autre iront ensemble :
c’est pourquoi il est juste de les garder
avec soin dès le commencement.

C’est le premier adultère dont on ait entendu parler,
commis ici au commencement :
la femme de Partholón, homme de rang,
aller vers un serviteur de basse condition.

Il vint après le serviteur
et le tua dans sa colère :
à lui ne vint pas l’aide de Dieu
sur le Gué du Meurtre des Parents.

Le lieu où cela fut accompli,
après sa mise en forme définitive — 
grande fut la douceur qui s’y trouvait
un jour sur la terre d’Inis Saimera.

Et cela, sans tromperie,
est le premier jugement d’Irlande, de sorte que depuis lors,
par un jugement très noble,
existe « le droit de sa femme contre Partholón ».

Dix-sept années ils vécurent ensuite,
jusqu’à ce que vint la mort de cet homme ;
la bataille de Mag Itha des combats
fut l’un des exploits de Partholón.

Ainsi sont les récits de la première Prise de l’Irlande après le Déluge.
Fin de la première rédaction

Deuxième et troisième rédactions

Deuxième rédactionTroisième rédaction
Voici le récit de la prise de possession de l’Irlande par Partholón. Or, l’Irlande demeura déserte après le Déluge pendant une période de trois cent onze ans [ou peut-être mille deux ans, comme le disent d’autres], jusqu’à ce que Partholón y parvienne — [et cette dernière version est plus exacte. Car Abraham avait soixante ans accomplis lorsque Partholón prit possession de l’Irlande ; c’est-à-dire qu’il y avait neuf cent quarante-deux ans entre Abraham et le Déluge. Les soixante ans d’Abraham, ajoutés aux quarante-deux, font cent deux. Les cent, ajoutés aux neuf cents, font mille, auxquels s’ajoutent deux années supplémentaires : ainsi, il s’était écoulé mille deux ans entre le Déluge et l’arrivée de Partholón en Irlande.] En outre, il s’était écoulé deux mille six cent huit ans entre le commencement du monde et l’arrivée de Partholón en Irlande.
Il y eut deux mille six cents ans, moins deux ans, entre Adam et Abraham.
Partholón mac Sera meic Srú meic Esru meic Baaith meic Rifaith Scuit, de qui descendent les Scots.
Ou bien : Partholón mac Sera maic Srú meic Esru meic Braimint meic Eachdach meic Magoth meic Jaféth meic noé.
Il vint de « Mieil » [la Sicile], chez les Grecs. Il vint ensuite de la Mygdonie, c’est-à-dire de la Graecia Parva (« la Petite Grèce »)..
Il mit un mois pour atteindre Aladacia. D'Aladacia à la Gothie, son voyage dura neuf jours. De la Gothie à l'Espagne, il voyagea encore un mois. De l'Espagne à l'Irlande, le voyage dura neuf jours. Il aborda en Irlande un mardi, le dix-septième jour de la lune, aux calendes de mai.
Ou bien le quatorzième, ut dicitur (« comme on le dit ») :

Le quatorzième jour, un mardi,
ils quittèrent leur libre navire ;
dans le port bleu, éclatant, aux rivages limpides,
à Inber Scène, brillante comme un bouclier.

Ou encore, c'est le seizième jour de la lune, au mois de mai, que Partholón prit possession de l'Irlande ; et c'est le cinquième jour de la lune du même mois que Cessair prit possession de l'Irlande. C'est pourquoi l'on a dit ce qui suit :

Le cinquième jour, sans tromperie,
Cessair atteignit l'Irlande ;
le seizième jour, sans tristesse,
Partholón en prit possession dans un port.

Son effectif était de huit personnes, quatre hommes et quatre femmes, ou de dix personnes, comme le disent d'autres.

Je vous indiquerai clairement, selon la vérité,
le nombre de ceux qui étaient dans ce navire —
une octade libre, sans fausse lignée,
et deux hommes non libres, sans beauté.

à savoir Partholón et ses trois fils, nommément : Rudraige, Sláine et Laiglinne, les trois fils de Partholón, d'après lesquels sont nommés [respectivement] Loch Laiglinde dans Uí mac Uais Breg, Sliab Slanga d'après Sláine, et Loch Rudraige d'après Rudraige. C'est là que Rudraige fut enterré ; lorsque sa tombe fut creusée et qu'il y fut enseveli, c'est là qu'à ce moment le lac jaillit sur la terre.
Nerua, Cichba, Cerbnad, Delgnad, les quatre femmes, au sujet desquelles ce poème est dit :

Partholón, d’où vint-il en Irlande,
comptez-le !
le jour où il traversa la mer,
quelle était la terre d’où Partholón vint ?

Il vint de Sicile en Grèce — 
un voyage d’une année, sans aucun mensonge entier :
un mois de navigation depuis la Grèce vers l’ouest,
jusqu’à la Cappadoce.

Depuis la Cappadoce il voyagea,
une navigation de trois jours jusqu’à la Gothie,
une navigation d’un mois depuis la blanche Gothie,
jusqu’à l’Espagne aux trois pointes.

Après cela il atteignit Inis Fáil,
vers l’Irlande depuis l’Espagne :
un lundi, le dixième jour sans défaut,
une octade prit l’Irlande.

Il est le premier homme qui prit son épouse,
au temps de Partholón, sans mensonge :
Fintan, qui prit la femme par combat — 
Aífe, fille de Partholón.

Partholón sortit un jour,
pour parcourir sa terre prospère :
sa femme et son serviteur ensemble
il les laisse derrière lui sur l’île.

Comme ils étaient dans sa maison,
les deux, chose jamais entendue,
elle fit une avance au serviteur innocent,
lui ne lui fit aucune avance.

Comme le serviteur ne lui répondait pas promptement,
résistant à une mauvaise intention,
elle se dévêt dans le désespoir — 
un acte impulsif pour une femme honnête !

Le serviteur se leva sans hésitation,
fragile chose qu’est l’humanité — 
et vint, selon une parole sans joie,
partager la couche de Delgnat.

Effronté fut le tour d’un serviteur agréable,
que Topa aux cordes mélodieuses accomplit :
par une ruse grossière, un bonheur sans joie,
aller, avec Delgnat, partager sa couche.

Partholón, qui était un homme de savoir,
avait une cuve d’une bière très douce :
hors de celle-ci nul ne pouvait boire quoi que ce soit,
sinon par un tube d’or rouge.

La soif les saisit après l’acte,
Topa et Delgnat, selon la vérité :
de sorte que leurs deux bouches burent
leurs deux boissons(?) par le tube.

Quand ils l’eurent fait, couple sans remords,
une très grande soif vint sur eux ;
bientôt ils burent une boisson de braise brillante,
par le tube doré.

Partholón arriva dehors,
après avoir parcouru les terres sauvages ;
on lui rendit alors,
ce ne fut qu’un léger trouble, sa cuve et son tube.

Quand il prit le tube droit,
il perçut aussitôt sur celui-ci
le goût de la bouche de Topa jusque-là,
et le goût de la bouche de Delgnat.

Un démon noir et maussade révéla
la mauvaise action, fausse et sans honneur :
« Voici le goût de la bouche de Topa », dit-il,
« et le goût de la bouche de Delgnat. »

Alors parla le fils en bonne santé de Sera,
l’homme appelé Partholón :
« Bien que le temps où nous sommes dehors soit court,
nous avons le droit de nous plaindre de vous. »

L’homme frappa de sa paume le chien de la femme — 
ce ne fut d’aucun profit — il tua le lévrier ;
ce fut une perte qui ne serait pas légère ;
ainsi naquit la première jalousie d’Irlande.

Delgnat répondit à son mari :
« Ce n’est pas sur nous que repose le blâme,
bien que tu trouves amer que je le dise,
en vérité, il repose sur toi. »

Bien que tu juges amère ma parole envers toi,
Partholón, le droit m’en reviendra :
je suis ici « celle qui vient avant un autre »,
je suis innocente, une réparation m’est due.

Du miel avec une femme, du lait avec un chat,
de la nourriture avec un généreux, de la viande avec un enfant,
un artisan à l’intérieur et un outil tranchant,
un avant un autre : c’est un grand danger. »

La femme goûtera le miel épais,
le chat boira le lait,
le généreux donnera la nourriture pure,
l’enfant mangera la viande.

L’artisan saisira un outil,
l’un et l’autre iront ensemble :
c’est pourquoi il est juste de les garder
avec soin dès le commencement.

C’est le premier adultère dont on ait entendu parler,
commis ici au commencement :
la femme de Partholón, homme de rang,
aller vers un serviteur de basse condition.

Il vint après le serviteur
et le tua dans sa colère :
à lui ne vint pas l’aide de Dieu
sur le Gué du Meurtre des Parents.

Le lieu où cela fut accompli,
après sa mise en forme définitive — 
grande fut la douceur qui s’y trouvait
un jour sur la terre d’Inis Saimera.

Et cela, sans tromperie,
est le premier jugement d’Irlande, de sorte que depuis lors,
par un jugement très noble,
existe « le droit de sa femme contre Partholón ».

Dix-sept années ils vécurent ensuite,
jusqu’à ce que vint la mort de cet homme ;
la bataille de Mag Itha des combats
fut l’un des exploits de Partholón.

Livre de BallymoteLivre de Lecan (texte 2)
Et Ita était leur serviteur; ou bien Toba était son autre nom. Voici les noms des femmes de Partholón, comme il est dit : En outre, Ith était le nom du serviteur qu’il avait ; c’est lui qui le défricha. Toba était un autre nom pour lui. Ou bien Toba était l’un des deux serviteurs qu’avait Partholón, et cela est exact ; car c’est Toba qui coucha avec la femme de Partholón quelque temps après, [car Toba était un nom de Partholón lui-même]. Voici les femmes de Partholón : Delgnat, épouse de Partholón ; Nerbgene, épouse de Rudraige ; Áife, épouse de Laiglinde, de qui vient Mag Áife en Osraige ; et Cichban, épouse de Slanga, de qui vient Inber Cichmuine ; et Crebnad, épouse d’Ith le serf. Les hommes savants estiment qu’Áife était fille de Partholón lui-même. Ainsi, au sujet des noms de ces femmes, le poète a dit :

Les cinq femmes de Partholón, fils de Sera :
Áife, Delgnad,
Nerbgene la fougueuse, un combat de femmes d’une grande violence ( ? ),
Cichban, Cerbnat.

Voudrais-tu savoir pourquoi Partholón quitta son pays ? C’est facile à dire. Partholón tua sa mère et son père, cherchant la royauté pour son frère ; ainsi il vint en Irlande, fuyant après le meurtre des siens. Et c’est pourquoi, par la suite, des fléaux s’abattirent sur lui à cause de ce meurtre familial. Neuf mille personnes moururent en une seule semaine pour la faute de son orgueil et de son meurtre des siens.
Voici les chefs de Partholón : Partholón lui-même, ainsi que Slanga, Laiglinne et Rudraige. Son autre serviteur, Ith. Ses femmes : Áife, Elgnat, Nerbgene, Cerbnat. Tothacht et Tarba, Imis et Aitechbel, Cuil et Dorcha et Dam, les sept laboureurs de Partholón. Lee et Leemag, Imaire et Etirge, les quatre bœufs de Partholón. Et Beoil, l’intendant de Partholón : c’est lui qui établit le premier une maison d’hospitalité. Brea mac Senbotha meic Partholóin, fut le premier qui construisit une maison, un chaudron et une habitation en Irlande. Malaliach, en outre, fut le premier garant, [le premier] brasseur, et le premier à boire de la bière de fougère ; c’est lui qui inventa l’offrande, l’adoration et la divination. Les trois druides de Partholón : Tath, Fis, Fochmarc (« Consolidation, Connaissance, Recherche »). Milchu, Meran, Muinechan, ses trois champions. Ses dix filles : Aidne, Áife, Áine, Fochain, Muc(os), Melepart, Glas, Grennach, Ablach, Gribendach. Leurs dix maris également : Brea, Boan, Ban, Carthenn, Ecnach, Atheosan, Lucraid, Lugair, Liger, Greber : au sujet desquels [il est dit]…

Grande était la compagnie
que possédait Partholón :
jeunes filles et jeunes hommes pleins d'ardeur,
chefs et champions.

Totacht et le puissant Tarba,
Eochar et Aithechbel,
Cuaille, Dorcha, Dam,
les sept principaux laboureurs de Partholón.

Liac et Lecmag aux belles couleurs,
Imar et Etrige,
les quatre bœufs, noble attelage,
qui labourèrent la terre de Partholón.

Beoir était le nom de l'homme
qui, avec ses nobles et avec les siens,
reçut un hôte dans sa demeure solide,
le premier en l'île d'Irlande.

Par Brea mac Senbotha,
furent établis pour la première fois une maison et un chaudron sur le feu ;
coutume que les aimables Gaëls n'abandonnèrent jamais,
depuis qu'ils habitèrent l'Irlande.

Par Samailiath furent connus
la consommation de bière et la garantie ;
par lui furent ensuite institués
l'honneur, la prière et la consultation.

Les trois druides des ports de Partholón :
Fiss, Eolas et Eochmarc ;
voici en outre les noms de ses trois champions :
Milchu, Meran et Muinechan.

Les noms de ses dix nobles filles,
que possédait Partholón,
et les noms de ses dix gendres,
je les tiens en réserve : ma mémoire en est entière.

Aífe, Aine, la noble Adnad,
Macha, Mucha, Melepard,
Glas et Grenach,
Auach et Achanach.

Aidbli, Bomnad et Ban,
Caertin, Echtach, Athchosan,
Lucraid, Ligair, Lughaid le guerrier,
Gerber, qui n'était point prodigue en paroles.

Beothach, Iarbonel, Fergus, Art, Corb,
qui le suivirent, sans faute,
Sobairche et le vaillant Dobairche :
ce furent les cinq chefs de Nemed, puissants par leur force.

Bacorb Ladra, sage accompli,
était le savant de Partholón ;
c'est lui, sans aucun doute,
qui institua le premier l'hospitalité.

Ils labourèrent à l'ouest, à Dún Finntain,
si éloigné qu'il fût ;
et leurs troupeaux paissaient l'herbe des pâturages
à l'est de Mag Sanais.

Bibal et Babal le Blanc
étaient les deux marchands de Partholón :
Bibal apporta ici l'or,
Babal apporta le bétail.

La première construction élevée en Irlande, sans malheur,
fut l'œuvre de Partholón ;
le premier brassage, le premier barattage, la première bière — heureuse innovation —,
au commencement, dans la noble et haute Irlande.

Rimad était le robuste grand laboureur,
Tairle le maître laboureur ;
Fodbach était le soc — ce n'est point fable —,
et Fetain le coutre.

Brisé fut le nom de l'homme — parfaite vérité —
qui le premier accomplit une honte secrète ;
Il fut effacée sans funeste désordre,
et Partholón jugea que cela était bon.

Ici est rapportée la Septième Prise, à savoir la Prise qui eut lieu sous Cichol Jambe-Boiteuse, à Inber Domnand. Cinquante hommes et trois fois cinquante femmes était le nombre de chacune de leurs quatre parties, y compris Cichol, fils de Goll, fils de Garb, fils de Tuathach, fils de Gumor, de Sliab Emoir, ainsi que Loth Luamnach, sa mère. Pendant deux cents ans ils vécurent de pêche et de chasse aux oiseaux, jusqu’à ce que Partholón vînt à eux ; alors ils livrèrent la bataille de Mag Itha, d’où vient le nom de Septième Prise.

Ainsi Cichol fut tué là, et les Fomoires furent détruits, comme on le dit.

La septième prise la prit,
la côte d’Irlande aux hautes plaines,
par le vide Cichol Pied-Boiteux,
au-dessus des prairies d’Inber Domnann.

Cichol, fils de Goll, au cri empoisonné,
fils de Garb, fils du fougueux Tuathmar,
fils de Gumor venu de l’est par-delà la mer,
de qui les Fomoires tirent leur nom.

Loth Luamnech était sa mère belle et gracieuse,
venue du mont Caucase, pieuse et belle :
de ses seins sortaient ses lèvres gonflées,
quatre yeux étaient dans son dos.

C’est pour cette raison que la vaste Loth
vint de l’est, des terres d’Émor,
avec son fils — sauf ton respect —
pour disputer l’île d’Irlande.

Des hommes avec une seule noble jambe,
et avec une seule main entière :
contre eux fut livrée une belle bataille,
et contre Cichol des Fomoires.

Loth égalait toute sa troupe en force,
la mère de Cichol fils de Gumor ;
fille de Néir, rude et velu,
du mont Caucase au sommet tordu.

Trois cents hommes était le nombre de la troupe
qui vint des terres d’Émor ;
ils furent ensuite dispersés ici,
et furent abattus en une semaine.

Quatre plaines furent défrichées par Partholón en Irlande : Mag Ethrige en Connacht, Mag Itha en Leinster [Ith, le serviteur de Partholón, l’aplanit], Mag Latharna dans le Dál nAraide, Mag Lú dans l’Uí Mic Uais, entre Bir et Camus.
Car Partholón ne trouva en Irlande aucune plaine avant lui,

sinon l’Ancienne Plaine d’Elta à Étar.

Sept ans après la Prise de l’Irlande par Partholón, mourut le premier homme de sa compagnie : Fea, fils de Tortan, fils de Srú, fils d’Esrú, oncle de Partholón.
De lui vient le nom de Mag Fea, et c’est là qu’il fut enterré, à Oilre de Mag Fea. De lui vient le nom de « la première naissance en Laigin », car c’est là qu’il naquit, au sommet de la colline Et c’est là qu’il fut enterré, à Oilre de Mag Fea, et de lui Mag Fea tire son nom.
La première bataille d’Irlande eut lieu sous la souveraineté de Partholón, à la fin de trois années après la mort de Fea. Elle fut livrée à Slemne de Mag Itha, contre Cichol le Pied-Boiteux. Avec une seule jambe, un seul bras et un seul œil, cette bataille fut menée, et elle tourna en faveur de Partholón. Ils la combattirent pendant une semaine. Il est dit qu’aucun homme n’y fut tué, car c’était une bataille magique. La troisième année après cela eut lieu la première bataille d’Irlande, sous le principat de Partholón, à Slemne de Mag Itha, contre Cichol le Pied-Boiteux des Fomoires, c’est-à-dire des hommes avec une seule jambe et un seul bras ; en vérité, des démons ayant l’apparence d’hommes. Ils combattirent contre lui, et la bataille tourna en faveur de Partholón. Pendant une semaine ils la livrèrent, et aucun homme n’y fut tué, car c’était une bataille magique.
Car telle est la bataille dans laquelle aucun homme ne reçut de blessure mortelle, ni même ne fut chassé. Selon une autre autorité, elle tourna en faveur de Partholón ; et là Cichol, fils de Nél, fut tué, et son peuple fut durement pressé. Et Partholón reçut aussi une blessure mortelle. On dit encore que ce furent les traits sanglants de ces blessures qui causèrent sa mort, longtemps après la bataille.
C’est ce qu’on appelle la Septième Prise, à savoir la Prise qui eut lieu sous Cichol Pied-Boiteux à Inber Domnann. Cinquante hommes et trois fois cinquante femmes était le nombre de chacun de leurs navires, y compris Cichol, fils de Nél, fils de Garb, fils de Tuathach, fils d’Uathmor, de Sliab Emoir ; Loth Luamnach était sa mère. Pendant deux cents ans ils vécurent de pêche et de chasse aux oiseaux, jusqu’à ce que Partholón arrive auprès d’eux et livre la bataille de Mag Itha ; c’est de là que vient le nom de Septième Prise. Cichol fut tué et les Fomoires furent détruits, comme on le dit.

La septième prise la prit,
la côte d’Irlande aux hautes plaines,
par le vide Cichol Pied-Boiteux,
au-dessus des prairies d’Inber Domnann.

Cichol, fils de Goll, au cri empoisonné,
fils de Garb, fils du fougueux Tuathmar,
fils de Gumor venu de l’est par-delà la mer,
de qui les Fomoires tirent leur nom.

Loth Luamnech était sa mère belle et gracieuse,
venue du mont Caucase, pieuse et belle :
de ses seins sortaient ses lèvres gonflées,
quatre yeux étaient dans son dos.

C’est pour cette raison que la vaste Loth
vint de l’est, des terres d’Émor,
avec son fils — sauf ton respect —
pour disputer l’île d’Irlande.

Des hommes avec une seule noble jambe,
et avec une seule main entière :
contre eux fut livrée une belle bataille,
et contre Cichol des Fomoires.

Loth égalait toute sa troupe en force,
la mère de Cichol fils de Gumor ;
fille de Néir, rude et velu,
du mont Caucase au sommet tordu.

Trois cents hommes était le nombre de la troupe
qui vint des terres d’Émor ;
ils furent ensuite dispersés ici,
et furent abattus en une semaine.

Sept irruptions de lacs survinrent en Irlande au temps de Partholón : le lac Mescae, qui surgit pour la première fois la troisième année après la première bataille. La douzième année après l'arrivée de Partholón en Irlande eut lieu l'irruption du lac Con et du lac Dechet ; tous deux sont en Connacht. L'année suivante mourut Slanga, fils de Partholón, l'un des quatre chefs d'Irlande qui étaient venus avec Partholón ; il fut enseveli dans le cairn de Sliab Slanga. Deux ans plus tard eut lieu l'irruption du lac Laiglinne, dans Uí Mac Uais. C'est lors du creusement de la tombe de Laiglinne, fils de Partholón, l'un des quatre chefs d'Irlande, que le lac surgit sur la terre, à savoir le lac Laiglinne. Puis survint l'irruption du lac Echtra, entre Sliab Modurn et Sliab Fuait. Dix ans plus tard eut lieu l'irruption du lac Rudraige ; ce qui le noya fut l'irruption de son lac au-dessus de lui. C'est de là que le lac Rudraige, en Ulaid, tire son nom. De plus, la même année, survint le débordement marin de Bren sur la terre ; ainsi s'accomplit le septième lac, dont l'autre nom est le lac Cuan. Car Partholón ne trouva en Irlande avant lui que trois lacs et neuf rivières. Les trois lacs sont : le lac Luimnig, le lac Fodremain, auprès duquel se trouve Tráig Lí à Sliab Mis, en Mumu, et le Findloch d'Irrus Domnann. Les neuf rivières sont : la Buas, entre Dál nAraide et Dál Riata ; la Ruirthech [la « rivière de Vie »], entre les Uí Néill et les Laigin ; la Lui, en Mumu ; la Samer, la Slicech et la Muad, en Uí Fiachrach ; la Modurn, en Tír Eógain ; la Find, entre le Cenél Conaill et les Eógain ; et la Banna, entre Lee et Eile.
À la fin des quatre années qui suivirent l'irruption de Bren, survint la mort de Partholón sur l'Ancienne Plaine d'Elta, à Étar. C'est pourquoi on l'appelle « l'Ancienne Plaine », car jamais branche ni rameau d'un bois n'y poussèrent. Partholón mourut au terme de trente années après son arrivée en Irlande. Ninyas, fils de Ninus, fils de Belus, exerçait alors la Haute Royauté de l'Orient, car c'est dans la...
Deuxième rédaction & Livre de BallymoteLivre de Lecan (texte 2)
 ...huitième année de son principat que mourut Partholón : douze années de Sémiramis et dix-huit de Ninyas, ce qui fait les trente années que Partholón passa en Irlande. ...dernière année du principat de Zames que survint la mort de Partholón, sur l'Ancienne Plaine d'Elta ; il est ainsi établi que Partholón ne demeura pas plus de trente ans en Irlande.
Deux mille six cent vingt-huit ans s'écoulèrent depuis le commencement du monde jusqu'à la mort de Partholón, et cinq cent vingt ans depuis la mort de Partholón jusqu'à la peste de son peuple. Car il y eut cinq cent cinquante ans entre l'arrivée de Partholón en Irlande et la peste de son peuple.
Or c'est dans la Plaine d'Elta, à Étar, que mourut Partholón, du venin des blessures qui lui avaient été infligées lors de la bataille contre Cichol Pied-Boiteux. C'est pourquoi elle est appelée Mag nElta [« Plaine des Troupeaux »], car les oiseaux d'Irlande avaient coutume de s'y chauffer au soleil ; en effet, après le Déluge, l'Irlande était alors couverte d'une forêt ininterrompue.
Ou bien il reçut plus tard son nom d'une femme, au temps des fils de Míl, à savoir Elta, fille d'Oes, fils d'Uindset, des Laigin.
Ses quatre fils partagèrent l'Irlande en quatre parts : ce fut le premier partage de l'Irlande. L'Irlande demeura ainsi partagée jusqu'à la peste de son peuple. Une peste s'abattit sur eux aux calendes de mai, le lundi de Beltaine ; neuf mille moururent de cette peste jusqu'au lundi suivant, sur Mag Elta : cinq mille quatre hommes et quatre mille femmes moururent entre les deux lundis. C'est de là que vient la peste du peuple de Partholón en Irlande.
D'autres historiens estiment que Partholón prit l'Irlande dans la septième année de l'âge d'Abraham ; d'autres, en effet, disent que ce fut à la fin de la deuxième année après le passage de Moïse à travers la mer Rouge, et que Maspertius détenait alors la Haute Royauté du monde. Trois cent vingt-huit [trois cent vingt-sept, B] ans s'écoulèrent depuis lors jusqu'à la prise de Troie, et Tutanes détenait alors la Haute Royauté du monde. Ainsi, à la fin des deux années suivantes, Nemed vint en Irlande. Mais la première opinion est la meilleure et la plus exacte.
Or voici l'homme solitaire que nous avons mentionné, celui qui échappa à la Peste, à savoir Tuan, fils de Starn, fils de Sera, fils du frère du père de Partholón. [Et des hommes savants et des écrivains de savoir estiment que ce fut après que l'Irlande eut été prise par Partholón que Stara vint en Irlande.] Et Dieu le façonna sous [de] nombreuses formes en de nombreux temps, et cet homme survécut seul depuis le temps de Partholón jusqu'au temps de Fintan de Mag Bile et jusqu'à Colum Cille, si bien qu'il leur raconta les Prises de l'Irlande depuis le temps de Cessair, la première qui prit l'Irlande, jusqu'à ce temps-là [des saints et de Diarmait mac Cerbaill, roi d'Irlande]. Car c'est Fintan qui arrangea l'établissement de la maison de Temair pour Diarmait, longtemps après cela, et de ceci il est clair que Fintan était Tuan. Et il est Tuan, fils de Cairell, fils de Muiredach Muinderg des Ulaid.
Deuxième rédactionLivre de Ballymote
De sorte que le sage de l'histoire chanta ce qui suit :C'est à ce sujet que l'historien chanta le poème :

Ô savants de la Plaine du beau et blanc Conn,
du pays des hommes de Fal, comme je le rapporte,
quelle compagnie, après la création du monde,
aborda la première en Irlande ?

L'Irlande, avant le Déluge rapide,
si j'en expose le cours,
des guerriers savants, d'une blancheur éclatante, la trouvèrent,
parmi eux Cessair, fille de Bith.

Bith, fils de Noé aux nombreuses troupes,
bien qu'il eût triomphé par une œuvre de fossé,
mourut sur le guerrier Sliab Betha ;
Ladra mourut à Ard Ladrann.

Fintan partit dans un voyage de faiblesse ;
sa tombe fut découverte, ce fut un élan d'impétuosité ;
il ne se hâta pas vers la fosse d'un cimetière,
mais vers une tombe sur Tul Tuinde.

Vers Dún na mBarc, pour une fête de séparation,
un voyage sans mesure de compte les conduisit ;
auprès du cairn, au bord d'une mer féconde,
Cessair mourut à Cúl Cessrach.

Quarante jours à peine accomplis,
la troupe, mince et gracieuse, arriva ;
dans son navire, avant le fracas du Déluge,
elle aborda en un lieu de la terre d'Irlande.

Il se leva pour un voyage destiné à décider de la vérité,
par la puissance du Roi qu'il avait coutume d'adorer ;
Fintan, qui était un homme porteur de nouvelles
pour les seigneurs, pour les puissants de la terre.

Trois cents ans, je m'en glorifie,
je parle selon les règles que je tiens ;
l'agréable Irlande, je le proclame contre les devins,
demeura déserte après le Déluge.

Partholón l'illustre arriva,
suivant une route royale sur une mer battue par les rames ;
son groupe de quatre héros, beaux et fidèles,
parmi lesquels se trouvait le noble Slanga.

Slanga, Laiglinne le brillant,
plate, noble et forte était son embarcation ;
tels étaient ses trois chefs toujours prêts,
avec le seigneur Rudraige.

Des plaines furent défrichées de leur grande forêt
par lui, afin d'approcher de ses chers enfants :
Mag Itha au sud, colline à la tête victorieuse,
Mag Lí des cendres, Mag Lathraind.

Sept irruptions de lacs, quand bien même vous les compteriez,
renommées par leur nom, quand bien même vous les énuméreriez,
remplirent, parmi l'enserrement des vallées,
l'Irlande insulaire de son temps.

Le lac Laiglinne, le hardi lac Cuan,
le lac de Rudraige, seigneur sans législation,
le lac Techet, le lac Mesc abondant en hydromel,
le lac Con, le lac Echtra plein de cygnes.

Sur l'Irlande à la belle couleur,
comme je rapporte tout commencement,
près de la forteresse de Bith il ne trouva pas
plus de trois lacs avant lui.

Trois lacs, vastes et sans marée,
et neuf rivières pleines de beauté :
le lac Fordremain, le lac Luimnig,
le Findloch aux confins d'Irrus.

La rivière de Vie, le Lee, nommons-les,
que célèbre tout druide connaissant le dicma senga ;
l'histoire des anciennes rivières d'Irlande
a montré la véritable hauteur du Déluge.

La Muad, la Slicech, la Samer, tu les nommes ;
la Buas, fleuve dont la renommée est semblable à un sommet ;
la Modorn, la Find à la forme d'une lame d'épée,
la Banna entre Lee et Eille.

Il mourut, après l'orgueil, avec ses guerriers,
Partholón à la troupe centuple ;
ils furent retranchés avec leurs biens, avec leurs trésors,
sur l'Ancienne Plaine d'Elta, à Étar.

C'est pourquoi elle est l'heureuse Ancienne Plaine ;
c'est Dieu, le Façonneur, qui l'a voulu :
sur cette terre que l'embouchure de la mer a retranchée,
on ne trouva ni racine ni rameau de forêt.

Son tombeau est là, selon les hommes de vérité,
bien qu'il n'eût aucun pouvoir parmi les saints ;
silencieux fut son sommeil sous les lieux de repos,
qui ne sont pas un lieu de pèlerinage pour nos savants.

Trois cents ans, si vous le savez,
sur des terres cachées aux exaltés,
la troupe, brillante, harmonieuse et durable,
demeura dans l'antique et noble Irlande.

Hommes, femmes, garçons et filles,
aux calendes de mai, grand obstacle,
la peste de Partholón dans Mag Breg
ne fut pas un paisible partage d'un été sans trouble.

Pendant trente longues années
elle demeura vide face aux champions guerriers,
après la mort de son peuple, au cours d'une seule semaine,
dans leurs troupes sur Mag Elta.

Rendons adoration au Roi des Éléments,
au bon Chef, à la Forteresse de notre peuple ;
à lui appartient toute troupe, toute génération,
à lui appartient toute tête, tout savoir.

Je suis Ua Flaind, qui répands les vérités ;
il a choisi un partage avec les rois ;
que tout ce qu'il dira soit une parole de grâce,
qu'elle s'accorde avec la sainteté, ô savants !

Les quatre fils de Partholón furent les premiers à partager l'Irlande, au commencement : Ér, Orba||, Ferón et Fergna ; quatre hommes portant les mêmes noms se trouvèrent plus tard parmi les fils de Míl. D'Ath Cliath des Laigin jusqu'à Ailech Net, telle est la part d'Ér. De ce même Ath Cliath jusqu'à Ailen Arda Nemid, telle est la part d'Orba. D'Ailen Arda Nemid jusqu'à Ath Cliath Medraige, telle est la part de Ferón||. De cet Ath Cliath jusqu'à Ailech Net, telle est la part de Fergna. Tel fut donc le premier partage de l'Irlande, comme le dit le poète :

Quatre fils, célèbres comme des griffons,
parmi les principaux enfants de Partholón,
se partagèrent l'Irlande d'un commun accord, sans rempart,
et la défrichèrent sans contestation.

Son partage ne fut pas aisé pour les rois,
car la terre d'Irlande était une forêt ininterrompue ;
un court vallon entourait chaque demeure en ce temps-là ;
chacun connaissait la part qui lui revenait.

Ér, l'aîné d'entre eux, homme libre et souple,
reçut une part agréable, lointaine et sans changement,
d'Ailech Neit, terre sans tromperie,
jusqu'à Ath Cliath des Laigin, vaste et forte.

D'Ath Cliath des Laigin, saut de l'océan,
jusqu'à l'île d'Ard Nemed,
sans tristesse, sa vigueur n'était pas faible :
telle était la part d'Orba, au sud, issue de la bonne troupe.

De l'île où Nemed reçut une blessure,
jusqu'à Medraige aux vastes régions —
bonne y était la paix, sans combats —
telle était la part de Ferón ; long était ce territoire.

Depuis la vaste Medraige, plus loin,
jusqu'à Ailech Neit aux bonnes coutumes,
frontière ferme et vaillante, qui n'était pas faible,
Fergna obtint une vaste terre.

En Irlande même, sans qu'il y ait matière à tromperie,
naquirent les champions que j'énumère :
troupe libre, la première en renommée,
beaux et vaillants étaient ces quatre-là.

Livre de BallymoteLivre de Lecan (texte 2)
Parlons encore des noms du peuple de Partholón, et de leurs faits de vaillance en Irlande. C'est Partholón qui possédait les quatre bœufs, le premier bétail d'Irlande. De sa troupe était Brea mac Senbotha meic Partholóin, par qui furent faits pour la première fois en Irlande une maison, un [chaudron de chair] et le duel. De sa troupe était Samaililech, par qui furent faits pour la première fois en Irlande la consommation de l'ale et le paiement des cautions. De sa troupe était Breoir, par qui fut faite pour la première fois en Irlande une maison d'hospitalité. Comme le dit le poète : Nous avons déjà parlé de Partholón et de ses propres enfants ; parlons maintenant du peuple de Partholón, de ses faits de vaillance et de ses arts généraux en Irlande. Partholón avait les quatre bœufs qui avaient coutume de labourer la terre au temps de Partholón — le bétail qu'il possédait ; ou plutôt, ce sont les quatre bœufs de Partholón. Car il y avait dans sa troupe Brea mac Senbotha, le plus ancien des chefs de Partholón, par qui furent faits pour la première fois en Irlande une maison d'hospitalité, et de la chair dans un chaudron pour les hôtes, et le duel. Et de la troupe de Partholón était Samaile le Gris, par qui furent faits pour la première fois en Irlande la bière et l'ale, et la caution pour la première fois en Irlande. Et de la troupe de Partholón était Beoir, par qui fut faite pour la première fois en Irlande une maison d'hospitalité.
Troisième rédaction
Et de sa troupe étaient ses sept laboureurs : Tothacht, Tarba, Eochaid, Aithechbel, Cuaille, Dorcha, Dam. De sa troupe étaient les quatre [bœufs] qui avaient coutume de labourer pour lui : Leie, Leead, Imair, Eitridi. De sa troupe étaient ses deux laboureurs : Rimead, le laboureur de queue, et Tairrle, le laboureur de tête. De sa troupe étaient ses deux instruments de fer : Fead était le nom du coutre, et Fodbac celui du soc. De sa troupe étaient ses trois druides : Fis, Eolus, Fochmorc. De sa troupe étaient ses trois champions : Milchu, Meran, Muinechan. De sa troupe étaient son poète et son médecin : Bacorp le médecin et Ladru le poète ; et ce sont eux qui, les premiers de tous, établirent l'hospitalité en Irlande. De sa troupe étaient ses deux marchands : Iban et Eban — Iban obtint le premier l'or en Irlande, et Eban obtint le bétail et les vaches. De sa troupe étaient ses dix filles : Aife, Aine, Etan, Ard, Macha, Mucha, Melibard, Glas, Grennach, Anach, Achanach. De la troupe de Partholón était cette troupe de champions, bien qu'ils soient comptés parmi les gens de Nemed, et il est dit qu'ils étaient les gendres de Partholón : Aibri, Bronnad, Ban, Caerthenn, Echtach, Athchosan, Luchraid, Ligair, Lugaid. Sous la Prise de Partholón furent faits pour la première fois en Irlande la construction, et une meule, et le barattage, et l'ale. C'est dans la Prise de Cessair que les moutons furent introduits pour la première fois en Irlande. Ainsi, au sujet du Peuple de Partholón, l'historien Eochaid ua Floind prononça ce poème :

Grande était la compagnie
que possédait Partholón :
jeunes filles et jeunes hommes pleins d'ardeur,
chefs et champions.

Totacht et le puissant Tarba,
Eochar et Aithechbel,
Cuaille, Dorcha, Dam,
les sept principaux laboureurs de Partholón.

Liac et Lecmag aux belles couleurs,
Imar et Etrige,
les quatre bœufs, noble attelage,
qui labourèrent la terre de Partholón.

Beoir était le nom de l'homme
qui, avec ses nobles et avec les siens,
reçut un hôte dans sa demeure solide,
le premier en l'île d'Irlande.

Par Brea mac Senbotha,
furent établis pour la première fois une maison et un chaudron sur le feu ;
coutume que les aimables Gaëls n'abandonnèrent jamais,
depuis qu'ils habitèrent l'Irlande.

Par Samailiath furent connus
la consommation de bière et la garantie ;
par lui furent ensuite institués
l'honneur, la prière et la consultation.

Les trois druides des ports de Partholón :
Fiss, Eolas et Eochmarc ;
voici en outre les noms de ses trois champions :
Milchu, Meran et Muinechan.

Les noms de ses dix nobles filles,
que possédait Partholón,
et les noms de ses dix gendres,
je les tiens en réserve : ma mémoire en est entière.

Aífe, Aine, la noble Adnad,
Macha, Mucha, Melepard,
Glas et Grenach,
Auach et Achanach.

Aidbli, Bomnad et Ban,
Caertin, Echtach, Athchosan,
Lucraid, Ligair, Lughaid le guerrier,
Gerber, qui n'était point prodigue en paroles.

Beothach, Iarbonel, Fergus, Art, Corb,
qui le suivirent, sans faute,
Sobairche et le vaillant Dobairche :
ce furent les cinq chefs de Nemed, puissants par leur force.

Bacorb Ladra, sage accompli,
était le savant de Partholón ;
c'est lui, sans aucun doute,
qui institua le premier l'hospitalité.

Ils labourèrent à l'ouest, à Dún Finntain,
si éloigné qu'il fût ;
et leurs troupeaux paissaient l'herbe des pâturages
à l'est de Mag Sanais.

Bibal et Babal le Blanc
étaient les deux marchands de Partholón :
Bibal apporta ici l'or,
Babal apporta le bétail.

La première construction élevée en Irlande, sans malheur,
fut l'œuvre de Partholón ;
le premier brassage, le premier barattage, la première bière — heureuse innovation —,
au commencement, dans la noble et haute Irlande.

Rimad était le robuste grand laboureur,
Tairle le maître laboureur ;
Fodbach était le soc — ce n'est point fable —,
et Fetain le coutre.

Brisé fut le nom de l'homme — parfaite vérité —
qui le premier accomplit une honte secrète ;
Il fut effacée sans funeste désordre,
et Partholón jugea que cela était bon.

Et c'est au sujet de cette Prise, et du voyage de Partholón depuis la Mygdonie jusqu'à l'Espagne, et depuis l'Espagne jusqu'à l'Irlande, que le poème suivant rend son jugement :

Partholón, d’où vint-il en Irlande,
comptez-le !
le jour où il traversa la mer,
quelle était la terre d’où Partholón vint ?

Il vint de Sicile en Grèce — 
un voyage d’une année, sans aucun mensonge entier :
un mois de navigation depuis la Grèce vers l’ouest,
jusqu’à la Cappadoce.

Depuis la Cappadoce il voyagea,
une navigation de trois jours jusqu’à la Gothie,
une navigation d’un mois depuis la blanche Gothie,
jusqu’à l’Espagne aux trois pointes.

Après cela il atteignit Inis Fáil,
vers l’Irlande depuis l’Espagne :
un lundi, le dixième jour sans défaut,
une octade prit l’Irlande.

Il est le premier homme qui prit son épouse,
au temps de Partholón, sans mensonge :
Fintan, qui prit la femme par combat — 
Aífe, fille de Partholón.

Partholón sortit un jour,
pour parcourir sa terre prospère :
sa femme et son serviteur ensemble
il les laisse derrière lui sur l’île.

Comme ils étaient dans sa maison,
les deux, chose jamais entendue,
elle fit une avance au serviteur innocent,
lui ne lui fit aucune avance.

Comme le serviteur ne lui répondait pas promptement,
résistant à une mauvaise intention,
elle se dévêt dans le désespoir — 
un acte impulsif pour une femme honnête !

Le serviteur se leva sans hésitation,
fragile chose qu’est l’humanité — 
et vint, selon une parole sans joie,
partager la couche de Delgnat.

Effronté fut le tour d’un serviteur agréable,
que Topa aux cordes mélodieuses accomplit :
par une ruse grossière, un bonheur sans joie,
aller, avec Delgnat, partager sa couche.

Partholón, qui était un homme de savoir,
avait une cuve d’une bière très douce :
hors de celle-ci nul ne pouvait boire quoi que ce soit,
sinon par un tube d’or rouge.

La soif les saisit après l’acte,
Topa et Delgnat, selon la vérité :
de sorte que leurs deux bouches burent
leurs deux boissons(?) par le tube.

Quand ils l’eurent fait, couple sans remords,
une très grande soif vint sur eux ;
bientôt ils burent une boisson de braise brillante,
par le tube doré.

Partholón arriva dehors,
après avoir parcouru les terres sauvages ;
on lui rendit alors,
ce ne fut qu’un léger trouble, sa cuve et son tube.

Quand il prit le tube droit,
il perçut aussitôt sur celui-ci
le goût de la bouche de Topa jusque-là,
et le goût de la bouche de Delgnat.

Un démon noir et maussade révéla
la mauvaise action, fausse et sans honneur :
« Voici le goût de la bouche de Topa », dit-il,
« et le goût de la bouche de Delgnat. »

Alors parla le fils en bonne santé de Sera,
l’homme appelé Partholón :
« Bien que le temps où nous sommes dehors soit court,
nous avons le droit de nous plaindre de vous. »

L’homme frappa de sa paume le chien de la femme — 
ce ne fut d’aucun profit — il tua le lévrier ;
ce fut une perte qui ne serait pas légère ;
ainsi naquit la première jalousie d’Irlande.

Delgnat répondit à son mari :
« Ce n’est pas sur nous que repose le blâme,
bien que tu trouves amer que je le dise,
en vérité, il repose sur toi. »

Bien que tu juges amère ma parole envers toi,
Partholón, le droit m’en reviendra :
je suis ici « celle qui vient avant un autre »,
je suis innocente, une réparation m’est due.

Du miel avec une femme, du lait avec un chat,
de la nourriture avec un généreux, de la viande avec un enfant,
un artisan à l’intérieur et un outil tranchant,
un avant un autre : c’est un grand danger. »

La femme goûtera le miel épais,
le chat boira le lait,
le généreux donnera la nourriture pure,
l’enfant mangera la viande.

L’artisan saisira un outil,
l’un et l’autre iront ensemble :
c’est pourquoi il est juste de les garder
avec soin dès le commencement.

C’est le premier adultère dont on ait entendu parler,
commis ici au commencement :
la femme de Partholón, homme de rang,
aller vers un serviteur de basse condition.

Il vint après le serviteur
et le tua dans sa colère :
à lui ne vint pas l’aide de Dieu
sur le Gué du Meurtre des Parents.

Le lieu où cela fut accompli,
après sa mise en forme définitive — 
grande fut la douceur qui s’y trouvait
un jour sur la terre d’Inis Saimera.

Et cela, sans tromperie,
est le premier jugement d’Irlande, de sorte que depuis lors,
par un jugement très noble,
existe « le droit de sa femme contre Partholón ».

Dix-sept années ils vécurent ensuite,
jusqu’à ce que vint la mort de cet homme ;
la bataille de Mag Itha des combats
fut l’un des exploits de Partholón.

En outre, le chant suivant, que nous avons oublié, s'applique à la Prise pontique de Partholón ; et bien que nous le laissions ici, ce n'est pas par ignorance, car il devrait venir plus haut, à l'endroit où nous avons mentionné Tuan pour la première fois : comme l'a dit le poète.

Tuan fils de Cairell fut entendu :
Jésus lui accorda, dans son péché,
qu'il passa cent longues années
sous la forme d'un homme à la belle apparence.

Trois cents années eut-il sous la forme
d'un cerf mâle dans les déserts ;
il passa cent bonnes années
sous la forme d'un sanglier sauvage.

Trois cents années eut-il de chair
lorsqu'il était sous la forme d'un oiseau solitaire ;
puis il passa cent années harmonieuses
sous la forme d'un saumon sous une inondation.

Un pêcheur le prit dans son filet,
le porta à la forteresse du roi ;
lorsque la reine vit le saumon pur,
la reine le désira.

Ainsi il lui fut attribué, selon une bonne coutume,
et elle le mangea tout entier à elle seule :
la très noble reine devint enceinte,
et de là fut conçu Tuan.

Le Deuxième Âge, depuis le Déluge jusqu'à Abraham, a pour durée neuf cent quarante-deux ans. À la fin des soixante années qui suivirent cela, Partholón prit l'Irlande : cinq cent cinquante années depuis l'arrivée de Partholón en Irlande jusqu'à la peste de son peuple.
Fin des deuxième et troisième rédactions

Traduction française par nos soins d'après la version bilingue de Macalister (1939-1940).

Sources:
• R.A.S. Macalister, (1939) - Lebor Gabala Erenn. The Book of the Taking of Ireland II
• R.A.S. Macalister, (1940) - Lebor Gabala Erenn. The Book of the Taking of Ireland III, 214 p.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique