LIVRE DES CONQUÊTES DE L'IRLANDE - CESSAIR

Mythes, légendes, textes mythologiques

Le livre des conquêtes de l'Irlande
Cessair

Conquête de l'Irlande avant le déluge

Le Lebor Gabála Érenn (Livre des Conquêtes de l’Irlande) est une compilation pseudo-historique médiévale qui raconte l’histoire mythique de l’Irlande comme une succession de « prises de possession » par différents peuples (depuis la création du monde jusqu’aux Gaëls), en les synchronisant avec l’histoire biblique et antique pour en donner une chronologie universelle.

Lebor Gabála Érenn nous est parvenu à travers plusieurs rédactions successives et une version remaniée dite Miníugud, ainsi qu’une adaptation moderne. Ces rédactions ont été conservées dans un ensemble de manuscrits médiévaux et post-médiévaux (notamment le Livre du Leinster, le Livre de Ballymote, le Livre de Lecan, les manuscrits Stowe, Rawlinson B 512, etc.), qui ne transmettent pas tous le même état du texte. Le texte a également été interpolé ou clarifié dans la version Miníugud, présente dans plusieurs témoins. L’ensemble de la tradition est reconstruit par les éditeurs à partir de ces témoins, en supposant des archétypes perdus et des copies intermédiaires aujourd’hui disparues. Ainsi, le texte actuel est le résultat d’une transmission complexe mêlant plusieurs couches de rédaction, de réécriture et de copie médiévale.


Le Lebor Gabála Érenn parle de cinq conquêtes de l’Irlande. Or, si l’on considère celle de Cessair comme la première, on obtient un total de six conquêtes. Pour respecter le nombre traditionnel de cinq, certains auteurs ont donc regroupé Cessair et Partholón, alors même qu’un écart d’environ trois siècles les sépare. Il convient pourtant de distinguer deux types de conquêtes : d’une part, la prise de l’Irlande par Cessair, qui se déroule avant le Déluge ; d’autre part, les cinq conquêtes postérieures au Déluge, à commencer par celle de Partholón. Cette distinction permet de conserver à la fois la place de Cessair dans le récit et le nombre traditionnel de cinq conquêtes postdiluviennes.

Ce texte concernant Cessair nous est fourni par plusieurs témoins manuscrits, que Macalister distingue en trois types de rédactions.

• La première, attestée notamment dans le Livre du Leinster (XIIᵉ siècle) et dans le Livre de Fermoy, plus tardif mais qui conserve des textes antérieurs à la date de sa compilation, est la plus simple. Elle se contente de raconter l’arrivée de Cessair et de ses compagnons en Irlande, puis leur installation et le partage de la gent féminine entre les différents chefs. Seul le Livre de Fermoy s’aventure à évoquer une première « visite » de l’Irlande, effectuée avant l’arrivée de Cessair par Capa, Laigne et Luasad, venus d’Espagne. Cet épisode, absent du Livre du Leinster, apparaît en revanche dans les rédactions suivantes.

• La deuxième version, la plus fréquemment attestée, notamment dans le Rawlinson B 512, est davantage christianisée. L’annonce du Déluge y est plus développée et Cessair est conseillée par ses « druides » — bien que Macalister traduise ce terme par wizards, le texte gaélique emploie bien druidi. On apprend également que Cessair conseille de se choisir d’autres idoles et d’abandonner le Dieu de Noé. Même si le rédacteur reste discret sur ce point et ne développe pas davantage la question, il semble bien faire référence à la religion des Celtes, un sujet délicat, voire proscrit, dans le contexte chrétien de la rédaction.

• La troisième rédaction, représentée notamment par le Livre de Ballymote et le Livre de Lecan, reprend la deuxième tout en étoffant le récit sur le plan narratif. Elle y ajoute notamment un synchronisme, très fantaisiste, avec une liste de personnages qu’il serait difficile de situer historiquement dans le cadre de la chronologie du Déluge.

Fossile ou fantôme ?

Dans toutes les versions apparaît un certain Saball mac Manúail/Saball mac Mannaill (Saball mac Níonuaill chez Keating), présenté comme le père nourricier de Cessair. Aucune autre précision n'est donnée à son sujet, comme si son identité allait de soi pour le lecteur. Faut-il y voir le fossile d'une tradition plus ancienne, peut-être préchrétienne ? S'agit-il de l'un de ces fameux druides qui conseillent Cessair dans certaines versions ? Sa présence dans le récit, sans qu'aucun épisode ne lui soit consacré ni qu'aucune explication ne vienne éclairer son rôle, laisse pour le moins perplexe.

Macalister, se fondant sur la forme donnée par Keating, Saball mac Níonuaill, propose d’y voir une forme de Nenual (qu’il écrit Nenwal), nom qui apparaît dans le récit de la tour de Babel du Lebor Gabála Érenn. L’hypothèse est possible, mais demeure incertaine. Surtout, elle ne permet pas de résoudre le problème essentiel : le rôle de Saball dans le récit reste totalement obscur. Présenté comme le père nourricier de Cessair, il apparaît sans que son origine, sa fonction ou son rôle dans l’histoire soient explicités.

Première rédaction

Livre du LeinsterLivre de Fermoy
Cessons ici [à ce point] les récits concernant les Gaëls, afin que nous parlions des sept peuples qui prirent possession de l’Irlande avant eux. Cessair ingen Betha meic Nóe, la prit quarante jours avant le Déluge. Partholón mac Sera, la prit trois cents ans après le Déluge. Nemed mac Agnomain, issu des Grecs de Scythie, la prit au terme de trente ans après Partholón. Viennent ensuite les Fir Bolg. Puis les Fir Domnann. Puis les Gailióin [var. : « avec eux »]. Puis les Túatha Dé Danann. [Puis les fils de Míl, comme le dit Fintan.] C’est pourquoi Fintan chanta :

L’Irlande — tout ce qu’on peut m’en demander,
je le connais avec plaisir,
chaque prise de possession qui la prit,
depuis les commencements du monde mélodieux.

Cessair vint de l’Orient,
la femme était fille de Bith ;
avec ses cinquante jeunes filles,
avec ses trois hommes.

Le Déluge surprit Bith sur sa Montagne,
ce n’est pas un secret ;
Ladra à Ard Ladrand,
Cessair à Cúl Cessrach.

Quant à moi, Il m’ensevelit,
le Fils de Dieu, au-dessus de la multitude ;
Il m’arracha au Déluge,
au-dessus du puissant Tul Tuinde.

Je passai une année sous le Déluge,
dans le puissant Tul Tuinde ;
je ne trouvai rien pour ma subsistance,
un sommeil sans fin eût été préférable.

J’étais ici, en Irlande,
mon voyage était éternel,
jusqu’à ce que Partholón l’atteignît,
venant de l’Orient, du pays des Grecs.

J’étais ici, en Irlande,
et l’Irlande était déserte,
jusqu’à ce que le fils d’Agnoman, Nemed, l’atteignît,
brillant dans son apparence.

Les Fir Bolg et les Fir Gailioin vinrent,
c’était il y a bien longtemps ;
les Fir Domnann vinrent,
ils débarquèrent sur un promontoire à l’ouest.

Ensuite vinrent les Túath Dé,
dans leurs masses de brouillard,
si bien que j’eus de quoi subsister,
bien que ce fût une longue vie.

Les fils de Míl vinrent d’Espagne,
du Sud, si bien que
je trouvai auprès d’eux ma subsistance,
bien qu’ils fussent puissants au combat.

Une longue vie m’échut en partage,
je ne le cacherai pas ;
jusqu’à ce que la Foi m’atteignît,
venant du Roi des Cieux et des nuées.

Je suis Fintan Find mac Bóchrai,
je ne le cacherai pas ;
après le Déluge, me voici encore ici,
noble et grand sage.

Maintenant, qui fut le premier à prendre possession de l’Irlande après la création du monde ? Voici ce que dit le Livre de Druim Snechta : Banba était le nom de la première femme qui trouva l’Irlande avant le Déluge, et c’est d’elle que l’Irlande tire le nom de Banba. Elle vint avec trois fois cinquante jeunes filles et avec trois hommes. Ladra, l’un des trois hommes, fut le premier homme à mourir en Irlande à cette époque ; de lui vient le nom d’Ard Ladrann. Ils demeurèrent quarante ans dans l’île. Ensuite, une maladie s’abattit sur eux, si bien qu’ils moururent tous en une semaine. Après cela, l’Irlande resta deux cents ans sans aucun être humain vivant, puis vint le Déluge. Trois cents ans après, Partholón prit possession de l’Irlande. Il y demeura cinq cent cinquante ans, jusqu’à ce que les Cynocéphales l’en chassent ; et aucun de ses enfants ne survécut. Pendant trente ans après cela, il n’y eut aucun homme vivant en Irlande.
Selon une autre version, toutefois, voici les premiers qui vinrent en Irlande avant le Déluge : Capa, Luasad et Laigne [Cependant, le Livre des Prises ne les compte pas, puisqu’ils ne s’établirent pas dans le pays d’Irlande.] Voici maintenant ce qui les amena en Irlande : ils étaient venus en mer pour pêcher, lorsque le vent les poussa d’Espagne jusqu’en Irlande. Ils retournèrent ensuite en Espagne pour chercher leurs femmes, afin de revenir s’établir en Irlande. Lorsqu’ils atteignirent de nouveau l’Irlande, le Déluge les surprit et les noya à Túad Inbir. C’est à leur sujet que le poète chanta :

Capa, Laigni et le charmant Luasad,
ils étaient là un an avant le Déluge,
sur l’île de Banba aux femmes ;
ils étaient vaillants et également purs.

Ils atteignirent la grande Irlande,
loin des colonnes d’Hercule ;
ils prirent la royauté sur chaque forteresse
qui se trouvait en Irlande avant eux.

L’un est célébré comme charpentier, l’autre comme médecin,
et le troisième comme pêcheur impitoyable ;
ils furent les trois premiers hommes à venir ici, pour un temps,
dans la grande île des fils de Míl.

Voici ce qui les fit sortir de leur demeure —
tous les trois — quelle merveille inouïe !
Pour jeter leurs filets dans l’eau froide ;
et c’est ainsi qu’ils atteignirent le beau havre.

Lorsqu’ils atteignirent le port,
pour y jeter leurs filets — quel malheur ! —
le vent favorable les poussa
d’Espagne jusqu’en Irlande.

Après avoir pris connaissance de chaque région
à travers le pays de Banba, riche en vertus,
ils entreprirent — ce ne fut pas un court voyage —
de retourner chercher leurs femmes.

Lorsqu’ils entreprirent cette glorieuse entreprise —
revenir une nouvelle fois —
le Déluge, leur destin, les surprit
et les noya à Túad Inbir.

Voilà ce qu’il faut savoir de ces trois hommes,
les premiers à envahir l’Irlande avec vaillance.
Ils quittèrent l’Irlande sans descendance :
Luasad, Laigni et Capa.

Incipit de la Prise de l’Irlande. Ensuite, Cessair ingen Betha meic Nóe, la prit, comme le dit le poète, quarante jours avant le Déluge. Cessair ingen Betha meic Nóe, est celle qui prit l’Irlande la première, quarante jours avant le Déluge, [si l’on suit la version qui porte comme ici].
Voici la raison de sa venue, fuyant le Déluge : car Noé leur dit : « Levez-vous, » dit-il, « [et allez] vers l’extrémité occidentale du monde ; peut-être le Déluge ne l’atteindra-t-il pas. »
Ensuite, le mardi quinze du mois, elle partit de l’île de Méroé, sur le Nil, en Égypte. Elle resta dix ans en Égypte. Elle passa vingt jours à la surface de la mer Caspienne. Elle demeura douze jours sur la mer Caspienne avant d’atteindre la mer Cimmérienne. Elle passa un jour en Asie Mineure, jusqu’à la mer de Torria. Elle navigua vingt jours jusqu’à la montagne des Alpes ; puis, pendant neuf jours, elle voyagea depuis celle-ci jusqu’en Espagne. Elle navigua neuf jours de l’Espagne jusqu’en Irlande. Une cinquième [= le cinquième jour de la lune], un samedi [elle débarqua], comme le dit le poète :

D’où vint Cessair,
avec ses trois hommes et ses cinquante [compagnes] ?
Un mardi elle partit, selon le récit,
de l’île de Méroé.

Dix années elle demeura dans la haute Égypte,
le long du rivage aux rudes puissances ;
vingt jours elle passa dans l’arche, sans reproche,
sur la surface de la grande mer Caspienne.

Douze jours lui furent nécessaires depuis la mer Caspienne sinueuse,
jusqu’à ce qu’elle atteignît la pesante mer Cimmérienne [Mer] ;
un jour en Asie Mineure, quelque peu vers l’ouest,
entre l’Asie et la mer de Torria.

Vingt jours lui furent nécessaires depuis l’Asie Mineure,
naviguant jusqu’aux glorieuses Alpes ;
pendant neuf jours elle poursuivit sa route,
jusqu’à la haute extrémité de l’Espagne.

De là elle gagna la noble Irlande,
une navigation de neuf jours depuis l’Espagne ;
un sabbat, le cinquième jour funeste,
eut lieu la prise de possession de notre pays.

L’équipage de trois navires arriva à Dún na mBárc, sur le territoire de Corco Daibne. Deux des navires firent naufrage. Cessair, avec l’équipage de son navire, échappa au désastre : cinquante femmes et trois hommes : Bith mac Nóe, dont vient le nom de Sliab Betha — c’est là qu’il fut enseveli, dans le grand cairn de Sliab Betha ; Ladra le pilote, dont vient le nom d’Ard Ladrann — il est le premier homme mort qui fut mis en terre en Irlande ; Fintan mac Bóchrai, dont vient la « tombe de Fintan », au-dessus de Tul Tuinde. Cessair mourut à Cul Cessrach, en Connachta, avec ses cinquante jeunes femmes.
Voici leurs noms, ainsi que Fintan le chanta Comme le dit le poète :

Quarante jours avant le Déluge,
l’Irlande fut trouvée après une recherche rapide ;
Cessair la trouva dans sa belle apparence,
avec l’équipage de son canot à la peau intacte.

Elle partit, glorieuse était l’histoire,
des îles de Méroé,
vers la mer de Torria, sans crainte,
fuyant le Déluge.

Trois hommes, cinquante grandes jeunes femmes,
tel était son groupe, dans une grande ardeur ;
un vent les poussa, de façon favorable,
vers l’Irlande, errant sur les flots.

Les trois hommes, au noble aspect, partagèrent
les cinquante jeunes femmes en trois parts :
dix-sept femmes à Fintan, sans demeure ;
Bith aux cheveux bouclés en prit dix-sept.

Ladra le suffisant en prit seize,
il trouva que c’était peu, non beaucoup ;
pour être allé vers elles — c’était une action honteuse —
de là vient que Ladra est mort à Ard Ladrann.

Les deux autres partagèrent en deux parts
ses seize femmes, le lendemain.
Ils sont les premiers hommes, de noble lignée,
qui s’unirent à des femmes en Irlande.

Bith aux sommets prit vingt-cinq femmes
dans le nord-est de l’Irlande ;
à Sliab Betha, au-delà de la belle mer —
là vint son dernier destin.

De là vient le nom de Sliab Betha,
de la mort du guerrier, avec toute sa grande insolence ;
pour les femmes, la tâche fut grande
de l’ensevelir dans la montagne.

Fintan passa devant les femmes,
au-dessus de Miledach, ce fut un agréable repos ;
au-dessus de Bun Suainme aux entrelacements de branches,
par Sliab Cua, par Cenn Febrat.

Derrière leur poitrine — un cri sans mensonge —
vint Fintan mac Bóchrai,
jusqu’à ce qu’il atteignît, ayant perdu ses forces,
Tul Tuinde, au-dessus du Loch Dergdeirc.

Après cela vint la belle Cessair,
à Cul Cessrach, en Connachta ;
c’est là qu’elle apprit, après son sommeil,
la mort de son père, en son absence.

Les femmes poussèrent un cri aigu
pour leur époux, à cause de la mort de leur père ;
un grand chagrin s’empara d’elles —
leur cœur se brisa au plus profond d’elles-mêmes.

Voilà, car ils sont exacts,
leur mort et leurs aventures :
il ne s’écoula pas plus d’une semaine
entre eux et le quarantième.

Voici maintenant les noms des cinquante jeunes femmes qui étaient dans la compagnie de Cessair, comme le chanta Fintan :

Nous fîmes entre nous un juste partage,
moi-même, Bith et le hardi Ladra ;
il fut fait dans un esprit de paix et de raison,
pour ce qui concernait les cinquante magnifiques jeunes femmes.

J’en pris dix-sept, Cessair comprise :
Lot, Luam, Mail, Mar, Froechar, Femar, Faible, Foroll,
Cipir, Torrian, Tamall, Tam, Abba, Alla, Raichne, Sille :
voilà le compte de celles qui étaient alors avec nous.

Bith en prit dix-sept, avec Barrfind :
Sella, Della, Duib, Addeós, Fotra, Traige, Nera, Búana,
Tamall, Tanna, Nathra, Léos, Fodarg, Rodarg, Dos, Clos :
qu’on l’entende bien : voilà celles qui étaient alors avec nous.

Puis seize revinrent à Ladra :
Alba, Bona, Albor, Ail, Gothiam, German, Aithne,
Inde, Rodarg, Rinne, Inchor, Ain, Irrand, Espa, Sine, Samoll :
telle était notre belle compagnie.

Nul de la descendance d’Adam ne prit possession de l’Irlande avant le Déluge, hormis ceux-là.
Fin de la première rédaction

Deuxième rédaction

Rawlinson B 512, autres témoins
Cessons [maintenant] les récits concernant les Gaëls, afin que nous puissions raconter l’histoire des cinq peuples qui prirent possession de l’Irlande avant eux. Cessair la prit [avant eux], fille de Bith, fils de Noé [fils de Lamech], quarante jours avant le Déluge. Partholón la prit, au terme de trois cent onze années après cela. Nemed la prit ensuite, après trente ans. Les Fir Bolg ensuite, [après deux cents ans]. Les Tuatha Dé Danann ensuite. [Les Gaëls ensuite, jusqu’à la fin du monde.]

L’Irlande — tout ce qu’on peut m’en demander,
je le connais avec plaisir,
chaque prise de possession qui la prit,
depuis les commencements du monde mélodieux.

Cessair vint de l’Orient,
la femme était fille de Bith ;
avec ses cinquante jeunes filles,
avec ses trois hommes.

Le Déluge surprit Bith sur sa Montagne,
ce n’est pas un secret ;
Ladra à Ard Ladrand,
Cessair à Cúl Cessrach.

Quant à moi, Il m’ensevelit,
le Fils de Dieu, au-dessus de la multitude ;
Il m’arracha au Déluge,
au-dessus du puissant Tul Tuinde.

Je passai une année sous le Déluge,
dans le puissant Tul Tuinde ;
je ne trouvai rien pour ma subsistance,
un sommeil sans fin eût été préférable.

J’étais ici, en Irlande,
mon voyage était éternel,
jusqu’à ce que Partholón l’atteignît,
venant de l’Orient, du pays des Grecs.

J’étais ici, en Irlande,
et l’Irlande était déserte,
jusqu’à ce que le fils d’Agnoman, Nemed, l’atteignît,
brillant dans son apparence.

Les Fir Bolg et les Fir Gailioin vinrent,
c’était il y a bien longtemps ;
les Fir Domnann vinrent,
ils débarquèrent sur un promontoire à l’ouest.

Ensuite vinrent les Túath Dé,
dans leurs masses de brouillard,
si bien que j’eus de quoi subsister,
bien que ce fût une longue vie.

Les fils de Míl vinrent d’Espagne,
du Sud, si bien que
je trouvai auprès d’eux ma subsistance,
bien qu’ils fussent puissants au combat.

Une longue vie m’échut en partage,
je ne le cacherai pas ;
jusqu’à ce que la Foi m’atteignît,
venant du Roi des Cieux et des nuées.

Je suis Fintan Find mac Bóchrai,
je ne le cacherai pas ;
après le Déluge, me voici encore ici,
noble et grand sage.

D’autres disent qu’il y eut une prise de possession de l’Irlande avant Cessair, à savoir Capa, Laigne et Luasad, trois pêcheurs du peuple d’Espagne, qui vinrent ensemble en Irlande. Ils virent sa fertilité et décidèrent de retourner chercher leurs trois femmes. Lorsqu’ils revinrent, le Déluge s’abattit sur eux et les noya à Túad Inber, et ils ne laissèrent aucune descendance. À leur sujet, voici le poème qui est dit :

Capa, Laigni et le charmant Luasad,
ils étaient là un an avant le Déluge,
sur l’île de Banba aux femmes ;
ils étaient vaillants et également purs.

Ils atteignirent la grande Irlande,
loin des colonnes d’Hercule ;
ils prirent la royauté sur chaque forteresse
qui se trouvait en Irlande avant eux.

L’un est célébré comme charpentier, l’autre comme médecin,
et le troisième comme pêcheur impitoyable ;
ils furent les trois premiers hommes à venir ici, pour un temps,
dans la grande île des fils de Míl.

Voici ce qui les fit sortir de leur demeure —
tous les trois — quelle merveille inouïe !
Pour jeter leurs filets dans l’eau froide ;
et c’est ainsi qu’ils atteignirent le beau havre.

Lorsqu’ils atteignirent le port,
pour y jeter leurs filets — quel malheur ! —
le vent favorable les poussa
d’Espagne jusqu’en Irlande.

Après avoir pris connaissance de chaque région
à travers le pays de Banba, riche en vertus,
ils entreprirent — ce ne fut pas un court voyage —
de retourner chercher leurs femmes.

Lorsqu’ils entreprirent cette glorieuse entreprise —
revenir une nouvelle fois —
le Déluge, leur destin, les surprit
et les noya à Túad Inbir.

Voilà ce qu’il faut savoir de ces trois hommes,
les premiers à envahir l’Irlande avec vaillance.
Ils quittèrent l’Irlande sans descendance :
Luasad, Laigni et Capa.

De la prise de possession de Cessair rapportée ci-dessous, et des récits qui sont racontés à son sujet avant le Déluge. Qui prit le premier possession de l’Irlande au commencement, après la Création du Monde ? Cessair ingen Betha meic Nóe meic Lamiach ; elle était la fille adoptive de Saball mac Manúail, comme on le dit :

Cessair, fille de Bith l’Endurant,
fille adoptive de Saball mac Manúail,
la première femme vaillante qui partit,
qui envahit l’Irlande avant le Déluge.

D’autres disent que Banba était le nom de cette femme qui prit possession de l’Irlande avant le Déluge, et que c’est d’elle que l’Irlande tient le nom de Banba.
Cessair vint ensuite de l’île de Méroé, fuyant le Déluge : elle jugeait vraisemblable qu’un lieu où aucun homme n’était encore venu, où aucun mal ni aucun péché n’avait été commis, et qui était exempt des reptiles et des monstres du monde, fût préservé du Déluge. Ses druides, en effet, lui dirent que l’Irlande était dans ce cas et que, pour cette raison, elle devait se rendre en Irlande. C’est pourquoi Cessair arriva, à la recherche de l’Irlande.
Un mardi, elle partit de l’île de Méroé, en longeant le cours du Nil. Elle demeura sept ans le long du territoire de l’Égypte. Dix-huit jours elle passa sur la surface de la mer Caspienne. Vingt jours lui furent nécessaires pour aller de la mer Caspienne à la mer Cimmérienne. Un jour lui suffit pour atteindre l’Asie Mineure, entre la Syrie et la mer de Torria. Vingt jours depuis l’Asie Mineure, elle navigua jusqu’aux Alpes. Dix-huit [jours] des Alpes jusqu’en Espagne. Neuf jours lui furent nécessaires pour aller de l’Espagne jusqu’en Irlande. Un samedi, elle atteignit l’Irlande, et ce samedi était le quinzième du mois, comme le dit le poète :

D’où vint Cessair,
avec ses trois hommes et ses cinquante [compagnes] ?
Un mardi elle partit, selon le récit,
de l’île de Méroé.

Dix années elle demeura dans la haute Égypte,
le long du rivage aux rudes puissances ;
vingt jours elle passa dans l’arche, sans reproche,
sur la surface de la grande mer Caspienne.

Douze jours lui furent nécessaires depuis la mer Caspienne sinueuse,
jusqu’à ce qu’elle atteignît la pesante mer Cimmérienne [Mer] ;
un jour en Asie Mineure, quelque peu vers l’ouest,
entre l’Asie et la mer de Torria.

Vingt jours lui furent nécessaires depuis l’Asie Mineure,
naviguant jusqu’aux glorieuses Alpes ;
pendant neuf jours elle poursuivit sa route,
jusqu’à la haute extrémité de l’Espagne.

De là elle gagna la noble Irlande,
une navigation de neuf jours depuis l’Espagne ;
un sabbat, le cinquième jour funeste,
eut lieu la prise de possession de notre pays.

Quarante jours avant le Déluge, ils arrivèrent : l’équipage de trois navires aborda par hasard Dún na mBárc, sur le promontoire méridional de Corco Duibne. Deux des navires firent naufrage, de sorte qu’aucun de leurs occupants n’en réchappa, si ce n’est Cessair, avec l’équipage de son navire. Mille six cent cinquante-six ans s’étaient écoulés depuis le commencement du monde jusqu’à cette époque. Cinquante femmes et trois hommes se trouvaient dans ce navire : à savoir Bith, fils de Noé, fils de Lamech, dont vient le nom de Sliab Betha, car c’est là qu’il fut enseveli, dans le grand cairn de Sliab Betha ; Ladra le pilote, dont vient le nom d’Ard Ladrann — il est le premier homme mort d’Irlande avant le Déluge. Il mourut de l’excès de femmes, ou bien, dit-on, le manche de la rame lui pénétra dans la fesse. Quoi qu’il en soit, Ladra est le premier homme mort d’Irlande. Fintan mac Labrada meic Betaigh meic Lamiach, que l’on dit Mac Bóchrai, car Bóchra est le nom de sa mère : c’est le jeune homme d’après lequel est nommée la « tombe de Fintan », au-dessus de Tul Tuinde.
Ces trois hommes se partagèrent les cinquante femmes entre eux, comme le dit Fintan :

Nous fîmes entre nous un juste partage,
moi-même, Bith et le hardi Ladra ;
il fut fait dans un esprit de paix et de raison,
pour ce qui concernait les cinquante magnifiques jeunes femmes.

J’en pris dix-sept, Cessair comprise :
Lot, Luam, Mail, Mar, Froechar, Femar, Faible, Foroll,
Cipir, Torrian, Tamall, Tam, Abba, Alla, Raichne, Sille :
voilà le compte de celles qui étaient alors avec nous.

Bith en prit dix-sept, avec Barrfind :
Sella, Della, Duib, Addeós, Fotra, Traige, Nera, Búana,
Tamall, Tanna, Nathra, Léos, Fodarg, Rodarg, Dos, Clos :
qu’on l’entende bien : voilà celles qui étaient alors avec nous.

Puis seize revinrent à Ladra :
Alba, Bona, Albor, Ail, Gothiam, German, Aithne,
Inde, Rodarg, Rinne, Inchor, Ain, Irrand, Espa, Sine, Samoll :
telle était notre belle compagnie.

Veux-tu connaître les aventures de Cessair au pays d’Irlande ? Un prophète de Dieu et son messager avaient dit à Noé, fils de Lamech : « Construis-toi une arche de bois léger, car un déluge viendra et submergera tout être vivant, à l’exception de toi, de ta femme, de tes fils et des femmes de tes fils. » « Et moi, dit Bith, que dois-je faire ? » « Il ne m’est pas permis, dit Noé, en raison de la grandeur de ta pécheresse nature, de te laisser entrer dans l’arche. » « Et moi, dit Fintan, petit-fils de Lamech, que dois-je faire ? » « Je n’en ai pas le pouvoir », dit Noé. « Et moi, dit Ladra, que dois-je faire ? » « Je n’en ai pas le pouvoir », répondit Noé. « Cette nef n’est point une nef de brigands, ni un repaire de voleurs. » Par la suite, Bith, Ladra et Fintan vinrent se consulter entre eux et dirent : « Que devons-nous faire de ce conseil ? Car il est certain qu’un déluge viendra ; et comment nous y préparerons-nous ? » « C’est facile », dit Cessair inge Betha. « Soumettez-vous à moi, et je vous donnerai un moyen de vous conseiller. » « Nous ferons cela », dirent-ils. « Prenez donc pour vous une idole, dit-elle ; adorez-la et séparez-vous du Dieu de Noé. » Ils se choisirent donc un dieu, et voici le conseil que je leur donnai : « Faites un voyage et embarquez-vous sur la mer. » Mais ils ne savaient pas, pas plus que leur dieu ne le savait, quand viendrait le déluge. En conséquence, ils construisirent leur arche et y entrèrent sept ans et trois mois avant l’arrivée du déluge.
Voici le décompte de ceux qui entrèrent dans l’arche : cinquante femmes, avec Cessair, Bairrind, Banba, Fintan, Bith et Ladra. Ils partirent à la recherche de l’Égypte — et ainsi de suite — jusqu’à ce qu’ils atteignent l’Espagne. La tempête et les vents les poussèrent jusqu’en Irlande en l’espace de neuf jours, jusqu’à ce qu’ils abordent à Dún na mBarc, à l’arrière de l’Irlande. Ils arrivèrent avec leurs femmes auprès de Miledach. À cette époque, cet endroit portait le nom de Bun Suainme, en raison de la confluence de la Sair, de la Nore et de la Barrow. C’est là que se trouve la rencontre des trois eaux, née du mélange des trois rivières. »
Ils divisèrent les cinquante femmes en trois parts. Fintan choisit Cessair pour lui-même, ainsi que dix-sept femmes avec elle. Bith prit dix-sept femmes, parmi lesquelles Bairrind ; Ladra en prit seize avec Banba, et il en fut mécontent. Il partit avec elles vers Ard Ladrand, etc.
Et ces seize femmes revinrent auprès de Cessair et lui demandèrent : « Que devons-nous faire maintenant ? » Des messagers furent envoyés de Cessair à Bith, et elle demanda ce que les femmes devaient faire. Par la suite, Bith vint à l’endroit où se trouvait Fintan, et ils divisèrent les cinquante femmes en deux parts. Bith prit vingt-cinq des femmes d’Irlande. Bith mourut dans sa montagne.
Après cela, les femmes retournèrent à l’endroit où elles avaient laissé Cessair et Fintan. Alors Fintan s’enfuit, fuyant devant toutes les femmes, en traversant Bun Suainme, c’est-à-dire en traversant la Sair et en passant au-delà de la Slaney, qui se trouve à Cenn Febrat ; puis, laissant le Shannon sur sa gauche, il se dirigea vers l’est jusqu’à Tul Tuindi, au-dessus de Loch Dergdeirc. Cessair arriva à Cul Cessrach, en Connachta, avec ses femmes ; et son cœur se brisa en elle à cause de l’absence de son mari et de la mort de son père. Alors s’acheva le temps qui s’était écoulé depuis Adam jusqu’au Déluge, à l’exception de sept jours seulement.
Mais c’est à l’époque d’Adam que cette venue de Cessair est comptée. À cette époque également, entre le Déluge et Abraham, et jusqu’à la neuvième année du règne d’Abraham, l’Irlande ne fut pas découverte, jusqu’à ce que Partholón la trouve. Il demeura en Irlande pendant trois cents ans, jusqu’à ce que la peste l’emporte. Dans la six-cent-quatrième année de l’époque d’Abraham, Nemed vint en Irlande ; et son peuple y exerça sa domination pendant quatre cents ans. Après cela, l’Irlande demeura déserte pendant deux cents ans ; puis l’époque d’Abraham arriva à son terme, à l’exception de quatre années. Ensuite, les Fir Bolg s’en emparèrent début des quatre dernières années du règne d’Abraham, une période de trente-six ans s’écoula après la prise de l’Irlande par les Fir Bolg, jusqu’à ce que les Túatha Dé Danann arrivent et la prennent aux Fir Bolg. Trente ans seulement leur fut accordée la principauté. Au temps de la construction du temple de Salomon, les fils de Míl vinrent, avec Lugaid mac Itha.
Or, cette Prise de Cessair, d’autres ne l’acceptent pas parmi les Prises ; pourtant, ce sont eux qui trouvèrent l’Irlande les premiers. Cependant, aucun de tous ceux-ci n’échappa, à l’exception de Fintan, qui se trouvait dans la caverne au-dessus de Tul Tuinde, sous le Déluge. Dieu le conserva là en vie, dans l’attente, afin que ce fût lui qui racontât les Prises de l’Irlande, etc.

Quarante jours avant le Déluge,
l’Irlande fut trouvée après une recherche rapide ;
Cessair la trouva dans sa belle apparence,
avec l’équipage de son canot à la peau intacte.

Elle partit, glorieuse était l’histoire,
des îles de Méroé,
vers la mer de Torria, sans crainte,
fuyant le Déluge.

Trois hommes, cinquante grandes jeunes femmes,
tel était son groupe, dans une grande ardeur ;
un vent les poussa, de façon favorable,
vers l’Irlande, errant sur les flots.

Les trois hommes, au noble aspect, partagèrent
les cinquante jeunes femmes en trois parts :
dix-sept femmes à Fintan, sans demeure ;
Bith aux cheveux bouclés en prit dix-sept.

Ladra le suffisant en prit seize,
il trouva que c’était peu, non beaucoup ;
pour être allé vers elles — c’était une action honteuse —
de là vient que Ladra est mort à Ard Ladrann.

Les deux autres partagèrent en deux parts
ses seize femmes, le lendemain.
Ils sont les premiers hommes, de noble lignée,
qui s’unirent à des femmes en Irlande.

Bith aux sommets prit vingt-cinq femmes
dans le nord-est de l’Irlande ;
à Sliab Betha, au-delà de la belle mer —
là vint son dernier destin.

De là vient le nom de Sliab Betha,
de la mort du guerrier, avec toute sa grande insolence ;
pour les femmes, la tâche fut grande
de l’ensevelir dans la montagne.

Fintan passa devant les femmes,
au-dessus de Miledach, ce fut un agréable repos ;
au-dessus de Bun Suainme aux entrelacements de branches,
par Sliab Cua, par Cenn Febrat.

Derrière leur poitrine — un cri sans mensonge —
vint Fintan mac Bóchrai,
jusqu’à ce qu’il atteignît, ayant perdu ses forces,
Tul Tuinde, au-dessus du Loch Dergdeirc.

Après cela vint la belle Cessair,
à Cul Cessrach, en Connachta ;
c’est là qu’elle apprit, après son sommeil,
la mort de son père, en son absence.

Les femmes poussèrent un cri aigu
pour leur époux, à cause de la mort de leur père ;
un grand chagrin s’empara d’elles —
leur cœur se brisa au plus profond d’elles-mêmes.

Voilà, car ils sont exacts,
leur mort et leurs aventures :
il ne s’écoula pas plus d’une semaine
entre eux et le quarantième.

Ainsi prit fin la Prise de Cessair.
Fin de la deuxième rédaction

Troisième rédaction

Livre due BallymoteLivre de Lecan (2ᵉ texte)
Cessons donc maintenant de raconter les histoires des Gaëls [que nous avons rapportées], afin que nous puissions parler des sept peuples qui prirent l’Irlande avant eux. &Cessair mac Betha meic Nóe, la prit quarante jours avant le Déluge. Nemed mac Agnomain, des Grecs de Scythie, au terme de trente ans après Partholón. Les Fir Bolg ensuite ; les Gaileoin avec eux ; les Túatha Dé Danann ensuite. [Les fils de Míl ensuite], comme l’a dit Fintan.

L’Irlande — tout ce qu’on peut m’en demander,
je le connais avec plaisir,
chaque prise de possession qui la prit,
depuis les commencements du monde mélodieux.

Cessair vint de l’Orient,
la femme était fille de Bith ;
avec ses cinquante jeunes filles,
avec ses trois hommes.

Le Déluge surprit Bith sur sa Montagne,
ce n’est pas un secret ;
Ladra à Ard Ladrand,
Cessair à Cúl Cessrach.

Quant à moi, Il m’ensevelit,
le Fils de Dieu, au-dessus de la multitude ;
Il m’arracha au Déluge,
au-dessus du puissant Tul Tuinde.

Je passai une année sous le Déluge,
dans le puissant Tul Tuinde ;
je ne trouvai rien pour ma subsistance,
un sommeil sans fin eût été préférable.

J’étais ici, en Irlande,
mon voyage était éternel,
jusqu’à ce que Partholón l’atteignît,
venant de l’Orient, du pays des Grecs.

J’étais ici, en Irlande,
et l’Irlande était déserte,
jusqu’à ce que le fils d’Agnoman, Nemed, l’atteignît,
brillant dans son apparence.

Les Fir Bolg et les Fir Gailioin vinrent,
c’était il y a bien longtemps ;
les Fir Domnann vinrent,
ils débarquèrent sur un promontoire à l’ouest.

Ensuite vinrent les Túath Dé,
dans leurs masses de brouillard,
si bien que j’eus de quoi subsister,
bien que ce fût une longue vie.

Les fils de Míl vinrent d’Espagne,
du Sud, si bien que
je trouvai auprès d’eux ma subsistance,
bien qu’ils fussent puissants au combat.

Une longue vie m’échut en partage,
je ne le cacherai pas ;
jusqu’à ce que la Foi m’atteignît,
venant du Roi des Cieux et des nuées.

Je suis Fintan Find mac Bóchrai,
je ne le cacherai pas ;
après le Déluge, me voici encore ici,
noble et grand sage.

Qui donc prit le premier l’Irlande après le commencement du monde ? Voici ce que dit le Livre de Druim Snechta : Banba était le nom de la première femme qui prit l’Irlande avant le Déluge, et c’est d’elle que l’Irlande est appelée « Banba ». Elle vint avec trois fois cinquante jeunes filles et avec trois hommes. Ladra, l’un des trois hommes, fut le premier homme à mourir en Irlande à cette époque, et c’est de lui qu’est nommé Árd Ladrann. Quarante ans [avant le Déluge] demeurèrent-ils dans cette île. Ensuite une maladie les frappa, si bien qu’ils moururent tous en une semaine. Après cela, l’Irlande resta deux cents ans sans aucun être vivant, puis vint le Déluge : quarante ans et un jour l’Irlande fut sous les eaux. Ou bien, ce furent quarante jours pendant lesquels le Déluge se déversa, et cent cinquante jours pendant lesquels les eaux ne séchèrent pas ; alors Dieu envoya un vent pour aspirer les eaux.
Le dixième jour de la lune, au mois de mai, Noé entra dans l’arche avec les huit personnes qui l’accompagnaient, ainsi qu’avec tous les animaux qu’il avait pris avec lui. Or, le vingt-septième jour du mois suivant, du même nom, il en sortit ; ainsi Noé demeura-t-il un an et dix-sept jours dans l’arche. Le dix-septième jour de ce même mois, c’est-à-dire au mois de mai, le Déluge commença à se déverser.
Au terme de trois cents ans [après le Déluge], Partholón prit l’Irlande — ou plutôt, comme nous le dirons plus bas, sa descendance y demeura cinq cent cinquante ans, jusqu’à ce que les Cynocéphales l’en chassassent ; et pas un seul de ses descendants ne resta en vie. Ensuite, l’Irlande demeura trente ans sans aucun être vivant.
Selon une autre version, toutefois, voici les premiers [qui prirent ou] qui vinrent en Irlande avant le Déluge : Capa, Sluasad et Laigne. Cependant, le Livre des Prises ne les compte pas, car ils ne s’établirent pas dans le pays d’Irlande. Voici ce qui les amena en Irlande : ils étaient venus sur la mer pour pêcher, et le vent les poussa d’Espagne jusqu’en Irlande. Ils retournèrent ensuite chercher leurs femmes afin de s’établir en Irlande. Lorsqu’ils atteignirent de nouveau l’Irlande, le Déluge les surprit et les noya à Túad Inbir. C’est à leur sujet que le poète chanta :

Capa, Laigni et le charmant Luasad,
ils étaient là un an avant le Déluge,
sur l’île de Banba aux femmes ;
ils étaient vaillants et également purs.

Ils atteignirent la grande Irlande,
loin des colonnes d’Hercule ;
ils prirent la royauté sur chaque forteresse
qui se trouvait en Irlande avant eux.

L’un est célébré comme charpentier, l’autre comme médecin,
et le troisième comme pêcheur impitoyable ;
ils furent les trois premiers hommes à venir ici, pour un temps,
dans la grande île des fils de Míl.

Voici ce qui les fit sortir de leur demeure —
tous les trois — quelle merveille inouïe !
Pour jeter leurs filets dans l’eau froide ;
et c’est ainsi qu’ils atteignirent le beau havre.

Lorsqu’ils atteignirent le port,
pour y jeter leurs filets — quel malheur ! —
le vent favorable les poussa
d’Espagne jusqu’en Irlande.

Après avoir pris connaissance de chaque région
à travers le pays de Banba, riche en vertus,
ils entreprirent — ce ne fut pas un court voyage —
de retourner chercher leurs femmes.

Lorsqu’ils entreprirent cette glorieuse entreprise —
revenir une nouvelle fois —
le Déluge, leur destin, les surprit
et les noya à Túad Inbir.

Voilà ce qu’il faut savoir de ces trois hommes,
les premiers à envahir l’Irlande avec vaillance.
Ils quittèrent l’Irlande sans descendance :
Luasad, Laigni et Capa.

Cessair ingen Betha meic Nóe, fut la première à prendre possession de l'Irlande après la Création du monde, quarante jours avant le Déluge. Elle fut la fille adoptive de Saball mac Manaill, comme il est dit :

Cessair, fille de Bith l’Endurant,
fille adoptive de Saball mac Manúail,
la première femme vaillante qui partit,
qui envahit l’Irlande avant le Déluge.

Si tu veux connaître l'aventure de Cessair en terre d'Irlande : des prophètes [de Dieu] et son messager avaient dit à Noé fils de Lamech : « Fais-toi une arche ...
... de bois léger, car un Déluge viendra et submergera tout être vivant, à cause du grand meurtre fratricide que Caïn, fils d'Adam, a commis sur son jeune frère. Aucun des descendants d'Adam n'échappera à cette catastrophe...»... », dit-il, « de bois léger, car un Déluge viendra et submergera tout être vivant, à cause du grand meurtre fratricide que Caïn, fils d'Adam, a commis sur son propre frère, Abel, fils d'Adam. Aucun homme de la descendance d'Adam n'échappera à cette catastrophe...
... Sauf toi, ta femme, tes trois fils et les femmes de tes fils, ...... Sauf toi, ta femme, tes trois fils et tes trois filles, les femmes de tes fils, ...
... car vous n'avez pas fréquenté la descendance de Caïn. »... car vous n'avez pas fréquenté la descendance de Caïn, puisque c'est ta propre sœur que tu as, et que tes filles sont avec tes fils. »
« Moi, » dit Bith, « que dois-je faire ? » « Il ne m'est pas permis », dit Noé, « à cause de la gravité de tes péchés, de te laisser entrer dans l'arche. » « Et moi », dit Fintan úa Lamiach, « que dois-je faire ? » « Je ne suis pas ton gardien, » dit Noé. « Moi, » dit Ladra, « que dois-je faire ? » « Je ne sais pas, » dit Noé : « pour moi, ce navire n'est pas un repaire de voleurs, ni une tanière de brigands. »« Moi, dit Bith mac Nóe, « que dois-je faire ? » « Je ne sais pas, dit Noé, « car il ne m'est pas permis de te laisser entrer dans l'arche, à cause de la gravité de tes péchés. « Moi, dit Fintan mac Lamiach [frère de Noé], « que dois-je faire ? » « Nous ne nous abaisserions pas devant les Puissances, » dit Noé, « pour te laisser entrer dans l'arche. » « Moi, » dit Ladra mac Betha le pilote, « que dois-je faire ? » « Je ne sais pas, » dit Noé, « car il ne m'est pas permis [de te laisser] entrer dans l'arche. » ...
... « Moi, » dit Cessair ingen Betha, « que dois-je faire ? » « Je ne sais pas, » dit Noé, « car je n'ai pas la permission de te laisser entrer dans l'arche. » Noé se mit alors en colère contre eux et dit : ...
... « Moi, » dit Cessair ingen Betha, « que dois-je faire ? » « Je ne sais pas, » dit Noé, « car je n'ai pas la permission de te laisser entrer dans l'arche. » Noé se mit alors en colère contre eux et dit : ...
Ensuite, Bith consulta Fintan et Ladra, et ils dirent : « Que devons-nous faire, puisque le Déluge est inévitable ? » Cessair répondit : « Soumettez-vous à moi, et je vous donnerai un conseil. » Ils acceptèrent. Elle dit : « Prenez une idole, adorez-la, et séparez-vous du Dieu de Noé. » Ensuite, Bith vint consulter Fintan, Ladra et Cessair, et ils dirent : « Que devons-nous faire pour ce conseil, car il est certain que le Déluge viendra sur la terre, comment nous y préparer ? » Cessair répondit : « Donnez-moi l'autorité, et je vous donnerai un conseil. » Ils acceptèrent. Elle dit : « Prenez une idole, adorez-la, et séparez-vous du Dieu de Noé. »
Ensuite, ils prirent pour eux une idole, et voici le conseil que leur idole leur donna : « Faites un voyage, et embarquez-vous sur la mer. » Mais ils ne savaient pas, pas plus que leur idole, quand le Déluge devait arriver. Ce qu'ils firent donc, ce fut de construire une Arche et d'y entrer, sept ans et trois mois avant le Déluge.
Voici le nombre de ceux qui entrèrent dans l'Arche : cinquante jeunes filles, dont Cessair, Barrfhind, Balba, Fintan, Bith et Ladra.
Et Noé leur dit : « Partez, dit-il, vers la frontière occidentale du monde ; peut-être que le Déluge ne l’atteindra pas. »
Ensuite, un mardi, le quinzième jour de la lune, elle partit des îles de Méroé sur le Nil en Égypte. Elle resta dix ans, [ou sept], en Égypte. Elle passa vingt jours à la surface de la mer Caspienne. Douze jours sur la mer Caspienne elle-même, jusqu’à ce qu’elle atteigne la mer Cimmérienne. Un jour depuis l’Asie Mineure jusqu’à la mer Torrian. Un voyage de vingt jours jusqu’aux Alpes ; puis, pendant neuf jours, elle alla de là jusqu’en Espagne. Un voyage de neuf jours d’Espagne jusqu’en Irlande, [à Dun na mBarc].
Comme l'un le dit  : c'est dans le Corco Duibne qu'elle aborda.

Au cinquième [jour], sans avantage,
Cessair arriva en Irlande :
au dix-septième [jour], sans tristesse,
Partholón aborda.

Au cinquième jour de la lune, un samedi
comme on le dit autrement : pour être précis, elle prit port en Irlande, comme le dit l'érudit :
>C’est là qu’elles abordèrent,
la troupe des femmes, à Dún na mBarc,
dans la retraite de Cessair, au pays de Carn,
le quinzième jour, un samedi.

Au cinquième jour de la lune, un samedi, comme le dit le poète : Ainsi se déroulèrent les aventures de Cessair et de son voyage, le poète le raconte ainsi :

D’où vint Cessair,
avec ses trois hommes et ses cinquante [compagnes] ?
Un mardi elle partit, selon le récit,
de l’île de Méroé.

Dix années elle demeura dans la haute Égypte,
le long du rivage aux rudes puissances ;
vingt jours elle passa dans l’arche, sans reproche,
sur la surface de la grande mer Caspienne.

Douze jours lui furent nécessaires depuis la mer Caspienne sinueuse,
jusqu’à ce qu’elle atteignît la pesante mer Cimmérienne [Mer] ;
un jour en Asie Mineure, quelque peu vers l’ouest,
entre l’Asie et la mer de Torria.

Vingt jours lui furent nécessaires depuis l’Asie Mineure,
naviguant jusqu’aux glorieuses Alpes ;
pendant neuf jours elle poursuivit sa route,
jusqu’à la haute extrémité de l’Espagne.

De là elle gagna la noble Irlande,
une navigation de neuf jours depuis l’Espagne ;
un sabbat, le cinquième jour funeste,
eut lieu la prise de possession de notre pays.

L’équipage de trois navires arriva à Dun na mBarc, dans le territoire de Corco Duibne. Deux de leurs navires firent naufrage. Cessair, avec l’équipage d’un navire, survécut — cinquante femmes et trois hommes : Bith mac Nóé meic Lamiach, dont Sliab Bethad porte le nom : il y fut enterré, dans le grand cairn de Sliab Bethad. Ladra le Pilote, dont Ard Ladrand porte le nom — il est le premier homme mort en Irlande avant le Déluge, soit parce qu’il mourut d’épuisement féminin, soit parce que la tige de la rame lui transperça la hanche. Quelle qu’en soit la cause, il fut le premier mort d’Irlande.
D’autres disent que c’est l’enfant qui n’était pas compté parmi l’équipage du navire qui se noya dans le puits de Dun na mBarc le jour où ils prirent port — Bath mac Betha, d’où le vieux dicton : « Bith ne quitte pas Bath. »
Et Fintan mac Bóchrai, qui a donné son nom à la “tombe de Fintan”, au-dessus de Tultuinde ; et Cessair, qui a donné son nom à Cuile Cessrach, en Connacht.
Et ils vinrent avec leurs femmes auprès de Miledach. À cette époque, ce lieu s’appelait Bun Suainme, c’est-à-dire la confluence du Suir, du Nore et de la Barrow, appelée la Rencontre des trois eaux, en raison du mélange de ces trois rivières. Là, ils partagèrent les cinquante femmes en trois parts. Fintan choisit Cessair, ainsi que seize femmes avec elle ; Bith prit dix-sept femmes, parmi lesquelles Barrfhind ; Ladra prit seize femmes, parmi lesquelles Banba, et il en fut mécontent. Il partit avec elles pour Ard Ladrand, etc.
Et les seize femmes vinrent auprès de Cessair [après la mort de Ladra], et elles dirent : « Que devons-nous faire maintenant ? » Cessair envoya des messagers à Bith pour lui demander ce que les femmes devaient faire. Bith vint à l’endroit où se trouvait Fintan, et ils partagèrent les cinquante femmes en deux parts. Bith prit vingt-cinq d’entre elles et les conduisit à Sliab Betha, dans le nord de l’Irlande, où il mourut.
Après cela, les femmes retournèrent à l’endroit où se trouvaient Cessair et Fintan. Alors Fintan s’enfuit, fuyant les femmes, à travers Bun Suainme, c’est-à-dire en traversant le Suir, par-dessus Sliab Cua, au promontoire de Febra, fils de Sin, à gauche du Shannon en allant vers l’est, jusqu’à Tul Tuinde, au-dessus du Loch Dergdeire. De plus, Cessair vint à Cul Cessrach avec ses femmes, et son cœur se brisa en elle à cause de l’absence de son mari, de la mort de son père [et de la perte de son frère]. Et alors l’Âge depuis Adam jusqu’au Déluge fut achevé, à l’exception de six jours de cet Âge
Mille six cent cinquante-six ans s’étaient écoulés depuis le commencement du monde jusqu’à ...
... ce moment ...... c’est alors que le poète dit :

Le premier âge du monde harmonieux,
d’Adam jusqu’au Déluge :
cinquante-six années, chose clairement dite,
ajoutées à six cents et mille.

... et c'est à l'Âge d'Adam que l'on rapporte cette Prise de Cessair ; c'est pourquoi le poète en a composé le poème : >Assurément, c'est à cet Âge d'Adam que l'on rapporte cette Prise de Cessair, et c'est pourquoi les lettrés en ont chanté le récit.

Quarante jours avant le Déluge,
l’Irlande fut trouvée après une recherche rapide ;
Cessair la trouva dans sa belle apparence,
avec l’équipage de son canot à la peau intacte.

Elle partit, glorieuse était l’histoire,
des îles de Méroé,
vers la mer de Torria, sans crainte,
fuyant le Déluge.

Trois hommes, cinquante grandes jeunes femmes,
tel était son groupe, dans une grande ardeur ;
un vent les poussa, de façon favorable,
vers l’Irlande, errant sur les flots.

Les trois hommes, au noble aspect, partagèrent
les cinquante jeunes femmes en trois parts :
dix-sept femmes à Fintan, sans demeure ;
Bith aux cheveux bouclés en prit dix-sept.

Ladra le suffisant en prit seize,
il trouva que c’était peu, non beaucoup ;
pour être allé vers elles — c’était une action honteuse —
de là vient que Ladra est mort à Ard Ladrann.

Les deux autres partagèrent en deux parts
ses seize femmes, le lendemain.
Ils sont les premiers hommes, de noble lignée,
qui s’unirent à des femmes en Irlande.

Bith aux sommets prit vingt-cinq femmes
dans le nord-est de l’Irlande ;
à Sliab Betha, au-delà de la belle mer —
là vint son dernier destin.

De là vient le nom de Sliab Betha,
de la mort du guerrier, avec toute sa grande insolence ;
pour les femmes, la tâche fut grande
de l’ensevelir dans la montagne.

Fintan passa devant les femmes,
au-dessus de Miledach, ce fut un agréable repos ;
au-dessus de Bun Suainme aux entrelacements de branches,
par Sliab Cua, par Cenn Febrat.

Derrière leur poitrine — un cri sans mensonge —
vint Fintan mac Bóchrai,
jusqu’à ce qu’il atteignît, ayant perdu ses forces,
Tul Tuinde, au-dessus du Loch Dergdeirc.

Après cela vint la belle Cessair,
à Cul Cessrach, en Connachta ;
c’est là qu’elle apprit, après son sommeil,
la mort de son père, en son absence.

Les femmes poussèrent un cri aigu
pour leur époux, à cause de la mort de leur père ;
un grand chagrin s’empara d’elles —
leur cœur se brisa au plus profond d’elles-mêmes.

Voilà, car ils sont exacts,
leur mort et leurs aventures :
il ne s’écoula pas plus d’une semaine
entre eux et le quarantième.

Voici maintenant les noms des cinquante femmes [que nous avons mentionnées, qui étaient en compagnie de Cessair : Cessair, Lot, Luam, Mil, Marr, Feochair, Femair, Failbi, Forall, Cipir, Torand, Tamall, Tam, Abba, Ella, Ruiene, Sille ; celles-là sont les femmes de Fintan. Barrann, Selba, Della, Duba, Dos, Fothar, Traigia, Nera, Banda, Tamall, Tama, Nathra, Léos, Fodord, Dos, Clos, Las ; celles-là sont les femmes de Bith. Balbo, Bona, Allbor, Ail, Gothiam, German, Aithne, Inde, Rogairg, Raindi, Iacor, Ain, Rind, Easpa, Sinde, Samall ; celles-là sont les femmes de Ladra. Ainsi chanta Fintan.

Nous fîmes entre nous un juste partage,
moi-même, Bith et le hardi Ladra ;
il fut fait dans un esprit de paix et de raison,
pour ce qui concernait les cinquante magnifiques jeunes femmes.

J’en pris dix-sept, Cessair comprise :
Lot, Luam, Mail, Mar, Froechar, Femar, Faible, Foroll,
Cipir, Torrian, Tamall, Tam, Abba, Alla, Raichne, Sille :
voilà le compte de celles qui étaient alors avec nous.

Bith en prit dix-sept, avec Barrfind :
Sella, Della, Duib, Addeós, Fotra, Traige, Nera, Búana,
Tamall, Tanna, Nathra, Léos, Fodarg, Rodarg, Dos, Clos :
qu’on l’entende bien : voilà celles qui étaient alors avec nous.

Puis seize revinrent à Ladra :
Alba, Bona, Albor, Ail, Gothiam, German, Aithne,
Inde, Rodarg, Rinne, Inchor, Ain, Irrand, Espa, Sine, Samoll :
telle était notre belle compagnie.

Aucun des enfants d'Adam ne prit possession de l'Irlande avant le Déluge, hormis ceux-là seuls.
La dernière année avant le Déluge, Cessair arriva en Irlande. Car les érudits des Chroniques estiment que Cessair ne demeura en vie en Irlande que six jours avant le Déluge ; et, parmi ceux qui participèrent à cette Prise de Cessair, aucun ne survécut au Déluge, si ce n'est Fintan. Du Déluge jusqu'à Abraham, il y a deux cent quatre-vingt-douze ans, et aucun synchronisme n'est établi avec cette période, si ce n'est que tous les enfants de Noé se multiplièrent, tandis que Fintan seul se trouvait en Irlande au même moment. D'Abraham jusqu'à David, en revanche, il y a neuf cent soixante-deux ans ; c'est alors que commencent les synchronismes. Ninus, fils de Bélus, premier roi des Assyriens : 52 ans. La quarante-deuxième année du règne de Ninus vit la naissance d'Abram. La dixième année de l'âge d'Abram vit la mort de Ninus. Sémiramis, femme de Ninus, lui succéda dans la royauté et régna 45 ans. C'est durant cette période que moururent Arphaxad, fils de Sem, et Phaleg, fils d'Arphaxad. Zaineus, c'est-à-dire Ninias, fils de Ninus, fils de Bélus, dont Sémiramis était la mère, régna 38 ans ; et seuls quatre ans de son règne sont comptés lorsque Noé, fils de Lamech, mourut. Dans la soixantième année de la vie d'Abram, Partholón arriva en Irlande, dans la sixième année du règne de Ninias, fils de Ninus, fils de Bélus.
Fin de la troisième rédaction

Traduction française par nos soins d'après la version bilingue de Macalister (1939).

Sources:
• R.A.S. Macalister, (1939) - Lebor Gabala Erenn. The Book of the Taking of Ireland II
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique