SOTACOS

Sotacos (Σώτακος) - Lithologue grec, dont l'œuvre est perdue. Seul le nom d’un de ses ouvrages nous est connu, Περὶ λίθων, "Sur les pierres", par quelques citations faites au IIᵉ s. av. J.‑C. par Apollonios le Paradoxographe (Histoires merveilleuses, 36), dans la seconde moitié du Iᵉʳ s. ap. J.‑C. Pline l’Ancien (Histoire naturelle, XXXVI, 128-130 ; 146-148 ; XXXVII, 35 ; 86 ; 90 ; 135 ; 158) et au IIIᵉ-IVᵉ s. ap. J.‑C. par Solin (Polyhistor, XXX, 16). L’antériorité de Sotacos par rapport à Apollonios le Paradoxographe, mais aussi le fait que Pline l’Ancien le considère comme l'un des plus anciens auteurs ayant travaillé sur les hématites (Histoire naturelle, XXXVI, 146), invitent à le situer à l’époque classique ou au début de la période hellénistique, sans plus de précision. La datation la plus vraisemblable le place à la fin du IVᵉ ou au début du IIIᵉ s. av. J.‑C. K. J. Gutzwiller (1995) et C. Jouanno (2020) retiennent précisément cette fourchette en observant une certaine proximité intellectuelle, voire une filiation littéraire, avec Posidippe de Pella. Sa cité d’origine est également inconnue. On le trouve parfois dénommé "Sotacos de Carystos / Caryste", notamment depuis le travail de T.-H. Martin (1860), mais ceci ne repose que sur une lecture erronée d’un passage de l’œuvre d’Apollonios le Paradoxographe (Histoires merveilleuses, 36). De son côté, R. Halleux (2010 ; 2012) le prétend originaire d’Alexandrie, sans autre élément d’explication. Une autre idée erronée a longtemps circulé sur son compte, à savoir qu’il fut un médecin ayant officié à la cour d’un roi perse, c’est à dire antérieurement aux conquêtes d’Alexandre le Grand. Cette possibilité ne repose que sur l’évocation de thérapeutiques associées aux différentes pierres (ce qui ne suffit aucunement à en faire un médecin) et à la mention faite par Pline l’Ancien d’une pierre, la draconitis, que Sotacos prétendait avoir vu apud regem, "chez un roi" (Histoire naturelle, XXXVII, 158). Notons que ce dernier passage a été interprété plus récemment par K. J. Gutzwiller (1995) comme l’évocation de l’une des cours royales de la période des Diadoques.

Les fragments conservés attribuent à Sotacos des informations concernant des pierres provenant d'un espace immense : Éthiopie, Afrique, Béotie, Eubée, Thessalie, Troade, Magnésie d'Asie, Chypre, Arabie, Inde et même Bretagne. Ceci amène à imaginer que Sotacos a collecté des observations provenant de marchands, voyageurs ou d’autres traditions savantes. Si on se fie à la datation avancée pour la période d’activité de Sotacos, on notera l’une des plus anciennes mentions faite de l’île de Bretagne, à l’occasion de l’évocation des rochers dénommés Electrides, desquels proviendrait l’ambre (Histoire naturelle, XXXVII, 35).


Sources littéraires anciennes

Pline, Histoire naturelle, XXXVII, 35 : "Cette opinion qui est partagée par Métrodore. Sotacus a cru qu'il découlait en Bretagne de pierres qu'il nomme électrides. Pythéas rapporte que les Guitons, nation germanique, habitent, dans un espace de 6.000 stades, les bords du Mentonomon (on nomme ainsi un bas-fond de l'Océan) ; qu'à une journée de navigation est l'île d'Abalus, où les vagues jettent le succin au printemps ; que cette substance est une sorte d'excrément de la mer congelée ; que les habitants s'en servent en guise de bois, et en vendent aux Teutons, leurs voisins."

Sources:
• K. J. Gutzwiller, (1995) - "Cleopatra’s Ring", Greek Roman and Byzantine Studies, vol.36, n°4, pp.383-398
• R. Halleux, (2010) - "Techniques et légendes de l’amiante dans l’Antiquité et au Moyen Âge (Note d'information)", Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 154ᵉ année, n°1, pp.383-390
• R. Halleux, (2012) - "Les noms latins de la pierre d’aimant et les premières mentions de la boussole en Occident", Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 156ᵉ année, n°3, pp.1263-1270
• C. Jouanno, (2020) - "Tzétzès et la paradoxographie", Revue des études byzantines, tome 78, pp.143-192
• T.-H. Martin (1860) - "De l’aimant, de ses noms divers et de ses variétés suivant les anciens", Mémoires présentés par divers savants étrangers à l’Académie, tome 6, 1ᵉ partie, pp.391-411
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique