HISTOIRES MERVEILLEUSES [PSEUDO-ARISTOTE]

Pseudo-Aristote - Histoires merveilleuses (De mirabilibus auscultationibus) - Les Histoires merveilleuses sont traditionnellement classées parmi les collections paradoxographiques, c'est-à-dire les recueils de θαύματα (thaûmata) ou παράδοξα (parádoxa), phénomènes naturels inhabituels, comportements animaux étonnants, singularités géographiques, propriétés extraordinaires de minéraux ou de plantes, coutumes singulières, traditions mythologiques et autres curiosités historiques (Pajón Leyra, 2011 ; Schorn & Mayhew, 2024). L’auteur est un anonyme, classiquement désigné sous le nom de Pseudo-Aristote, dans la mesure où cette œuvre a longtemps été faussement attribuée à Aristote. L’évocation d’évènements de l’extrême fin du IVᵉ s. av. J.‑C., notamment, rendait cette attribution indéfendable. On notera toutefois que cette mauvaise attribution est ancienne, puisqu’on en trouve déjà mention chez Athénée de Naucratis, vers 200 ap. J.‑C. (Deipnosophistes, XII, 541a). Compte-tenu de ces deux derniers éléments, la datation de l’oeuvre est comprise entre l’extrème fin du IVᵉ s. av. et le début du IIIᵉ s. ap. J.‑C. C. Giacomelli (2021 ; 2023) propose de le dater du début de la période impériale, idée reprise avec un certain nombre de réserves par S. Schorn & R. Mayhew (2024). En effet, l’état politique et géographique reflété par le texte paraît essentiellement correspondre à celui du IIIᵉ s. av. J.‑C. Cette même constatation, ainsi qu’une possible contemporanéité avec la paradoxographie de Callimaque, ont quant à eux amené H. Flashar (1975) à le dater de l’époque hellénistique, et peut-être du IIIᵉ s. av. J.‑C.

Dans sa forme traditionnelle, le texte comporte 178 notices, généralement très brèves et souvent indépendantes les unes des autres. Le paradoxographe a tendance à extraire de ses sources le fait remarquable et à éliminer les développements explicatifs qui l'entouraient. Le résultat est une succession de faits présentés précisément parce qu'ils paraissent exceptionnels. Cette manière de procéder est caractéristique de la paradoxographie hellénistique et impériale. Loin de ne constituer qu’un simple amas désordonné de légendes, les collections paradoxographiques pouvaient sélectionner et ordonner leur documentation selon des principes thématiques, géographiques ou associatifs. En ce sens, les Histoires merveilleuses peuvent donc être envisagées à la fois comme un répertoire de documentation, peut-être utilisable pour des recherches ultérieures, et comme une œuvre destinée à susciter curiosité et étonnement. La fonction exacte du recueil demeure discutée. L'intérêt historique des Histoires merveilleuses vient en grande partie de ce qu'elles ont conservé, sous une forme abrégée, des renseignements provenant d'œuvres aujourd'hui perdues. Les sources les plus importantes sont Aristote, notamment l'Histoire des animaux ; Théophraste, dont plusieurs traités perdus sur les animaux, le miel, les poissons ou les métaux ; Théopompe de Chios, surtout ses Philippiques ; et diverses traditions historiographiques concernant le monde grec occidental (Flashar, 1972 ; Schorn & Mayhew, 2024 ; Zaccaria, 2024). Timée de Tauroménion a certainement joué un rôle dans la transmission de certaines de ces traditions, mais l'étendue exacte des emprunts directs à son œuvre est désormais très discutée (Schorn, 2024). Le compilateur est d'ailleurs inhabituellement discret sur ses sources : dans la grande section, il n'en nomme explicitement que quelques-unes. Cette absence explique les très nombreuses controverses modernes sur l'origine de chaque notice.

Les Histoires merveilleuses du Pseudo-Aristote sont une source assez riche sur la représentation que se faisaient les Grecs de l’Occident méditerranéen, dans laquelle les routes, ressources manières, ports et peuples sont étroitement associés aux itinéraires mythologiques, spécialement ceux prêtés à Héraclès.

Sources:
• H. Flashar, (1972) - Aristoteles. Mirabilia, Akademie-Verlag, Berlin.
• C. Giacomelli, (2021) - Ps.-Aristotele, De mirabilibus auscultationibus. Indagini sulla storia della tradizione e ricezione del testo, De Gruyter, Berlin-Boston,
• C. Giacomelli, (2023) - Pseudo-Aristotele. De mirabilibus auscultationibus. Edizione critica, traduzione e commento filologico, Supplemento al Bollettino dei Classici, Accademia Nazionale dei Lincei, Rome, 410p.
• I. Pajón Leyra, (2011) - Entre ciencia y maravilla : el género literario de la paradoxografía griega, Prensas Universitarias de Zaragoza, Saragosse,
• S. Schorn & R. Mayhew, (2024) - "Introduction : Pseudo-Aristotle’s De mirabilibus auscultationibus and historiography", in : S. Schorn & R. Mayhew (eds.), Historiography and Mythography in the Aristotelian Mirabilia, Routledge, Londres-New York, pp.1-9
• S. Schorn, (2024) - "Timaeus in pseudo-Aristotle’s De mirabilibus auscultationibus", in : S. Schorn & R. Mayhew (eds.), Historiography and Mythography in the Aristotelian Mirabilia, Routledge, Londres-New York, pp.11-32
• P. Zaccaria, (2024) - "Pseudo-Aristotle, De mirabilibus auscultationibus 122-138 and Theopompus’ Philippica", in : S. Schorn & R. Mayhew (eds.), Historiography and Mythography in the Aristotelian Mirabilia, Routledge, Londres-New York, pp.86-147
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique