Quelques auteur grecs de l’antiquité ont distingué un ou plusieurs peuples de Gaule méridionale sous le nom de Κελτολίγυες, les "Celto-Ligures". Ainsi, vers le IIIᵉ s. av. J.‑C., ils furent mentionnés au génitif pluriel par le Pseudo-Aristote (Histoires merveilleuses, 85), et à la transition du Iᵉʳ s. av. et du Iᵉʳ s. ap. J.‑C., à l’accusatif pluriel Κελτολίγυας par Strabon (Géographie, IV, 6, 3). Ce composé allie le nom des Κελτοὶ, les "Celtes", à celui des Λίγυες, les Ligyens (> Ligures), supposant donc la fusion locale de ces deux populations, ou l’existence d’une population que les auteurs antiques ne parvenaient à caractériser.
La plus ancienne occurrence de cette dénomination provient d’une courte allusion à la voie Héracléenne faite par le Pseudo-Aristote. Dans ce passage, il indique que cette route passait du territoire des Ibères, à celui des Celto-Ligures, avant de pénétrer sur le territoire des Celtes (Histoires merveilleuses, 85). Strabon, quant à lui, fournit une identification très claire, puisqu’il indique que les auteurs de son temps appelaient ainsi les Salyens (Géographie, IV, 6, 3).
Pendant longtemps la conception selon laquelle les Celto-Ligures auraient été une population née du mélange des Ligures autochtones et des Celtes arrivés secondairement en Provence, a dominé. Elle est notamment très largement sous-entendue dans la grande synthèse de G. Barruol (1969), qui reconstruisait autour des Salyens une vaste confédération couvrant une grande partie de la Provence. La relecture moderne des sources et les données archéologiques conduisent à affaiblir fortement l’idée d’un peuple celto-ligure né du mélange de Celtes et de Ligures. Chez Strabon, le terme Κελτολίγυες désigne les Salyens dans une nomenclature géographique relativement récente ; son sens doit donc être recherché dans l’évolution de la connaissance grecque de l’Occident plutôt que considéré comme la preuve d’une fusion locale de populations celtes et ligures ou de l’existence d’une vaste confédération celto-ligure. Les travaux de P. Arnaud (2001), M. Bats (2003), D. Garcia (2004 ; 2006) et P. Thollard (2009) invitent ainsi à considérer l’expression avant tout comme une catégorie forgée par la géographie grecque, D. Garcia (2004 ; 2006) proposant même de comprendre les Celto-Ligures comme les "Ligures de la Celtique". L’archéologie, notamment les travaux de F. Verdin (1998), de D. Garcia (2004 ; 2006) et de S. Collin Bouffier & D. Garcia (2012), ne permet pas davantage d’isoler une culture celto-ligure homogène : elle met plutôt en évidence plusieurs faciès régionaux, opposant notamment une Provence rhodanienne ou occidentale à une Provence orientale, tandis que le bassin d’Aix-en-Provence constitue une zone de contact. En Provence occidentale, l’épigraphie gallo-grecque atteste par ailleurs clairement l’usage du gaulois, sans que l’on puisse pour autant faire coïncider les différences de culture matérielle avec une frontière ethnique entre Celtes et Ligures. Le territoire attribué aux Salyens apparaît donc moins comme celui d’une ethnie mixte nettement individualisée que comme un espace régional de la Gaule méditerranéenne, marqué à la fois par son appartenance au monde celtique, par des particularités locales, mais aussi par de fortes influences méditerranéennes.
Sources littéraires anciennes
Pseudo-Aristote, Histoires merveilleuses, 85 :"De l'Italie part, dit-on, et va jusqu'à la Celtique, à la Celtoligye et à l'Ibérie une route dite Hèraclée. Qu'un Hellène ou un homme du pays y passe, les voisins prennent garde qu'il ne lui arrive aucun mal, car ceux-là en porteraient la peine chez qui le mal se serait fait."
Strabon, Géographie, IV, 6, 3 :"D'Antipolis, maintenant, à Massalia, voire même un peu au delà, les Alpes qui bordent la côte sont habitées par les Salyens; la côte elle-même sur certains points nous offre des Salyens mêlés aux Grecs. Dans les anciens auteurs grecs les Salyens sont appelés Ligyens et le nom de Ligystique désigne tout le territoire dépendant de Massalia; les auteurs plus modernes nomment les Salyens Celtoligyens et leur attribuent tout le pays de plaine qui s'étend jusqu'à Luerion et au Rhône, ajoutant qu'ils tiraient de ce pays non seulement de l'infanterie, mais aussi beaucoup de cavalerie, et qu'ils l'avaient partagé en dix cantons. De tous les peuples de la Gaule Transalpine celui-ci fut le premier soumis par les Romains; toutefois, pour le réduire, les Romains avaient dû lui faire une longue guerre, en même temps qu'aux Ligyens [proprement dits] qui leur fermaient la route de l'Ibérie le long de la mer."
Sources: • P. Arnaud, 2001) - "Les Ligures : la construction d'un concept géographique et ses étapes de l'époque archaïque à l'Empire romain", in : V. Fromentin & S. Gotteland (eds.), Origines Gentium, Ausonius Éditions, Pessac, pp.327-363
• G. Barruol, (1969) - Les peuples pré-romains du sud-est de la Gaule, étude de géographie historique, éditions De Broccard, Paris, 408p.
• M. Bats, (2003) – "Les Ligyens et les Salyens d'Hécatée à Strabon", in : M. Bats et al. (dir.), Peuples et territoires en Gaule méditerranéenne. Hommage à Guy Barruol, RAN Suppl. 35, Montpellier, pp.147-166
• S. Collin Bouffier & D. Garcia, (2012) - "Greeks, Celts and Ligurians in South-East Gaul: Ethnicity and Archaeology", in : A. Hermary & G. R. Tsetskhladze (dir.), From the Pillars of Hercules to the Footsteps of the Argonauts, Colloquia Antiqua 4, Louvain–Paris–Walpole (MA), Peeters, pp.21-36
• D. Garcia, (2004) - La Celtique méditerranéenne. Habitats et sociétés en Languedoc et en Provence du VIIIᵉ au IIᵉ siècle avant J.‑C., Errance, Paris, 206p.
• D. Garcia, (2006) - "Les Celtes de Gaule méditerranéenne : définition et caractérisation", in : M. Szabó (dir.), Celtes et Gaulois. L’archéologie face à l’Histoire. Les Civilisés et les Barbares du Vᵉ au IIᵉ siècle avant J.‑C. Actes de la table-ronde de Budapest 17-18 juin 2005, Bibracte - Centre archéologique européen, Glux-en-Glenne, pp.63-76
• P. Thollard, (2009) - La Gaule selon Strabon. Du texte à l'archéologie. Géographie, livre IV. Traduction et étude, Publications du Centre Camille Jullian, Éditions Errance, Aix-en-Provence, 261p.
• F. Verdin, (1998) - "Les Salyens : faciès culturels et populations", Documents d'Archéologie méridionale, vol.21, Entremont et les Salyens. Actes du colloque d'Aix-en-Provence 5-6 avril 1996, pp.27-36
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique