CONDATE : (CONFLUENT / JONCTION / RÉUNION / RENCONTRE)

La langue gauloise (et autres langues celtiques de l'antiquité)
Indo-Européen : kom-dʰh₁-ti- : (mettre ensemble)
Breton : kemper : (réunion de flux > confluent)
Vieil irlandais : cumar : (réunion de rivières > confluent)
Irlandais : condae : (confluent)
Vieux gallois : cymer (confluent)
Latin : conditio : (poser ensemble > terme d'un accord)
Grec : sýnthesis (σύνθεσις) : (poser ensemble > synthèse)
Sanskrit : saṃhitā (संहिता) : (mettre ensemble > assemblage, collection)

condate — Le gaulois condate ne signifie pas strictement « confluent », mais plus généralement « réunion », « jonction » ou « rencontre ». Son emploi pour désigner un confluent résulte d’une spécialisation topographique fréquente, sans que le terme implique nécessairement la présence de deux cours d’eau.

Il s’agit d’un composé adverbial en *com-dati- (« mettre ensemble, réunir »), directement comparable avec l’indo-européen kom-dʰh₁-ti- (« mettre ensemble »). On retrouve le même sens originel de « mettre ensemble », mais avec des glissements sémantiques distincts selon les langues : le latin conditio (« poser ensemble → terme d’un accord, arrangement, condition établie ») développe une valeur juridique et sociale, le grec sýnthesis (σύνθεσις, « poser ensemble → synthèse ») une valeur abstraite et intellectuelle, et le sanskrit saṃhitā (संहिता, « poser ensemble → assemblage, collection ») une valeur textuelle et compilatoire. Dans chaque cas, l’idée première de combinaison ou de jonction se maintient, mais elle se spécialise selon des domaines culturels et conceptuels différents.

Un terme ancien, de sens relativement général, a été progressivement remplacé dans les langues celtiques insulaires par des vocables plus spécialisés, tout en conservant l’idée centrale de « mettre ensemble ». Cette évolution sémantique a conduit à distinguer plus nettement les « assemblages » humains des confluents de cours d’eau.

Ainsi, alors que le gaulois condate exprimait une notion large de « réunion », « jonction » ou « rencontre », son usage pour désigner un confluent correspond à une spécialisation toponymique secondaire. Les langues celtiques insulaires ont, elles, développé des termes distincts selon le type de rencontre : pour les assemblées humaines, on trouve en breton emvod (« réunion ») et bodad (« assemblée »), en gallois cyfarfod et cynulliad, en irlandais cruinniú et tionól, et en gaélique écossais coinneamh et co-chruinneachadh. Ces formes relèvent toutes du champ sémantique du rassemblement ou de la convocation.

À l’inverse, pour les confluents, des termes plus spécifiques se sont imposés, comme le breton kemper (ex: Quimper à la confluence de l'Odet et su Steïr), le gallois cymer ou l’irlandais cumar, qui désignent explicitement la rencontre de deux cours d’eau. On observe donc une différenciation lexicale progressive : une notion ancienne de « mise ensemble » a été conservée sur le plan conceptuel, mais distribuée en termes distincts selon qu’il s’agit d’un regroupement humain ou d’une jonction hydrologique.


Sources:
• X. Delamarre, (2003) - Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, Paris, 440p.
• X. Delamarre, (2019) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (I. Ab- / Ixs(o)-), Les Cent Chemins, 398p.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique