La lettre oghamique (sail / saile ), correspondant à la lettre S de l'alphabet latin, est régulièrement associée à aulne (latin : salix). Le saule est un arbre commun dans les régions humides de l'Irlande et des îles Britanniques, mais on le trouve aussi dans d'autres régions du monde tempéré. Il pousse principalement près des cours d'eau, des marécages et des sols humides. En tant qu'arbre de bordure de rivière, le saule a toujours eu une forte association avec l'eau, élément crucial dans la mythologie celtique.
Dans l'Immram Maíle Dúin (La navigation de Mael Dúin), l'île des saules est une étape que Mael Dúin et son équipage visitent pendant leur périple. Il ne s'agit pas d'une simple île ordinaire, mais plutôt d'un lieu mystique, souvent décrit comme un espace autonome où les lois de la nature et du temps semblent fonctionner différemment. Ce qui distingue particulièrement l'île est la présence de saules. Le texte mentionne qu'ils sont abondants sur cette île et que les saules sont tombés dans l'eau. Cela renforce l'idée que le saule est lié à l'eau dans ce récit, comme c'est fréquemment le cas dans la mythologie celtique, où le saule pousse souvent près des rivières et des lacs. Sur cette île, après avoir goûté au jus des fruits, Maíle Dúin est plongé dans un sommeil profond, proche de la mort. Ce moment, où il se trouve dans un état de paleur et d'inactivité, peut être interprété comme une épreuve spirituelle ou une mort symbolique, ce qui fait écho à l'expression "lí ambi" du Bríatharogam de Sail, qui signifie "paleur d'un être sans vie".
Dans la littérature irlandaise ancienne, les oghams sont décrits par des bríatharogaim (singulier : bríatharogam). Chaque bríatharogam (kenning en anglais) est composé de deux mots expliquant la signification de chaque ogham. Trois versions nous sont parvenues : Le Bríatharogam Morainn mac Moín, le Bríatharogam Maic ind Óc, Le Bríatharogam Con Culainn.
Les bríatharogaim (ou "kennings") sont vraiment des joyaux de la poésie ancienne irlandaise, permettant de capturer de manière concise et imagée des significations profondes liées aux lettres et aux symboles. Le travail des copistes médiévaux a vraiment contribué à transmettre cette culture ancienne, mais on peut se demander si ces associations sont le fruit d'une vision plus mystique et poétique du langage.
Bríatharogaim de Sail
Dans le cas du Sail, les métaphores des bríatharogaim font référence à des thèmes de mort et de renouveau, mais aussi au milieu mélifère du saule. Le saule est en effet l'un des premiers arbres à fleurir au printemps, apportant ainsi nourriture et subsistance aux abeilles, qui sont parmi les premiers pollinisateurs actifs de l'année. Les bríatharogaim de Sail se lient donc à des images de mort (paleur d'un être sans vie) (voir: Mael Dúin, supra), mais également à des images de renaissance et d'abondance, comme celles associées à la production de miel, qui commence avec la floraison précoce des saules.
Bríatharogaim
Gaélique
Traduction
Bríatharogam Morainn mac Moín
lí ambi
paleur d'un être sans vie
Bríatharogam Maic ind Óc
lúth bech
subsistance des abeilles
Bríatharogam Con Culainn
tosach melah
début du miel
📌 (*) Remarque historique : L'assimilation des Ogham aux arbres a été établie par les copistes médiévaux, et ce n'est pas une caractéristique originelle de l'écriture oghamique elle-même. En fait, parmi les 20 caractères de base et les 5 ajouts plus tardifs, seulement 8 sont réellement liés à des arbres.
Sources: • Ph. Jouët,(2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• D. McManus, (1988) - "Irish letter-names and their kennings", Ériu n°39 (1988), pp. 127-168.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique