La lettre oghamique (queirt , correspondant à la lettre Q de l'alphabet latin, est régulièrement associée au pommier (malus domestica). Le pommier n'est pas vraiment "sauvage" : il descend de croisements entre plusieurs espèces sauvages d'Asie centrale. Il est donc originaire d'Asie centrale, en particulier du Kazakhstan, mais a été domestiqué et cultivé très tôt.
Le bois du pommier est dur et fin, il n'a jamais eu d'usage économique ou artisanal majeur comme le chêne ou le frêne. De texture irrégulière et noueuse, il ne permet que la confection de petits objets, de manière marginale.
L'irlandais ceirt a effectivement de nos jours l'acceptation de "pommier", mais son sens initial est "buisson, petit arbuste", avec une seconde acceptation "chiffon". De fait, comme pour bon nombre d'oghams, il s'agit d'une étymologie "ad hoc", visant à aligner les oghams sur un alphabet des arbres, même lorsque le mot original n'avait rien à voir avec un arbre.
Dans la littérature irlandaise ancienne, les oghams sont décrits par des bríatharogaim (singulier : bríatharogam). Chaque bríatharogam (kenning en anglais) est composé de deux mots expliquant la signification de chaque ogham. Trois versions nous sont parvenues : Le Bríatharogam Morainn mac Moín, le Bríatharogam Maic ind Óc, Le Bríatharogam Con Culainn.
Les bríatharogaim (ou "kennings") sont vraiment des joyaux de la poésie ancienne irlandaise, permettant de capturer de manière concise et imagée des significations profondes liées aux lettres et aux symboles. Le travail des copistes médiévaux a vraiment contribué à transmettre cette culture ancienne, mais on peut se demander si ces associations sont le fruit d'une vision plus mystique et poétique du langage.
Bríatharogaim de queirt
Dans le cas de queirt (le pommier), on voit bien ici que l'alignement sur un "arbre" est totalement artificiel. En se cantonnant strictement aux Bríatharogaim et au sens premier du mot : clithar baiscill "abri de fou", un buisson peut faire office d'abri, bien mieux qu'un pommier, et des guenilles ne protégent pas un fou des intempéries. dígu fethail "force d'insignifiant" cela évoque quelque chose de fragile ou de dérisoire, comme des chiffons, mais sans rapport avec l'arbre. lúth cethraeh "lambeaux de vêtement", forme poètique ne pouvant désigner rien d'autre qu'un chiffon.
Il est évident que queirt ne peut pas être le pommier. Les métaphores sont toutes négatives ou marginales, alors que le pommier mythologique est un arbre majeur et nourricier. La "forgerie médiévale" qui fait de qeirt un arbre fruitier relève bien d'une construction artificielle pour l'alignement oghamique.
Bríatharogaim
Gaélique
Traduction
Bríatharogam Morainn mac Moín
clithar baiscill
abri de fou
Bríatharogam Maic ind Óc
dígu fethail
force d'insignifiant
Bríatharogam Con Culainn
lúth cethraeh
lambeaux de vêtement
📌 (*) Remarque historique : L'assimilation des Ogham aux arbres a été établie par les copistes médiévaux, et ce n'est pas une caractéristique originelle de l'écriture oghamique elle-même. En fait, parmi les 20 caractères de base et les 5 ajouts plus tardifs, seulement 8 sont réellement liés à des arbres.
Sources: • Ph. Jouët,(2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• D. McManus, (1988) - "Irish letter-names and their kennings", Ériu n°39 (1988), pp. 127-168.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique