ACAUNUS

Les divinités celtiques
Nom: Acaunus
Fonction: rivière divinisée ?
Étymologie: La pierreuse


Acaunus — Possible théonyme apparaissant dans une inscription votive découverte à Vienne (Autriche). La mention des consuls Aspasius Paternus II et Egnatius Marinianus permet de dater l’inscription en 268 ap. J.-C., probablement au mois de mai. L’inscription se limite à indiquer simplement « Maias », sans préciser Kalendas, Idus ou Nonas ; il est donc possible que la dédicace ait été réalisée à la fin d’avril, mais comptabilisée comme « dans le mois de mai » selon la logique romaine. La dédicace a été réalisée par les vexillaires de la VIIIᵉ légion Augusta, qui prirent en charge la construction ou la consécration du monument, agissant sous la supervision de leurs supérieurs, notamment le centurion ou le « vice agente » du légat.

Cette dédicace est très lacunaire et en partie effacée (litterae erasae), de sorte que de nombreuses restitutions ont été proposées, avec une part importante d’incertitude. Si le nom Acaunus est lisible, le mot qui le précède ne conserve plus que ses deux dernières lettres, « [...]io ».

La restitution Danuvio fut la première envisagée. Elle s’explique facilement par le contexte : la dédicace se situe sur les rives du Danube, fleuve fréquemment divinisé et associé à une divinité majeure dans le panthéon romano-militaire. Cependant, cette lecture présente plusieurs difficultés. Elle laisse sans explication la présence d’Acaunus, qui ferait alors double emploi avec Danuvius, et implique que Danuvius serait mentionné après des divinités mineures telles que les Nymphes, ce qui correspond mal à l’ordonnancement habituel des dédicaces.

Une autre restitution proposée est Genio Acauno. Cette lecture pose cependant encore plus de difficultés. Que représenterait ce toponyme Acaunus ? (Acaunum aurait d’ailleurs été plus logique.) Et quelle justification y aurait-il pour qu’une divinité topique se trouve insérée au milieu d’un groupe de divinités hydrauliques, comme Neptune, Salacie et les Nymphes ?

Aujourd’hui, la restitution Fluvio est le plus souvent retenue. Elle permet d’identifier un cours d’eau divinisé, nommé Acaunus. Cette lecture n’est toutefois pas exempte d’ambiguïté, car il est également possible de comprendre l’expression comme désignant les Nymphes de la rivière Acaunus, plutôt qu’un fleuve divinisé distinct. D’autant plus que cette lecture est isolée : il s’agirait de la seule attestation connue de ce théonyme, renforçant l’incertitude de son interprétation.

Concernant les théonymes, l’inscription commence par Jupiter, père des dieux et des hommes, suivi d’une série de divinités hydrauliques : Neptune, dieu des eaux vives et des sources, sa conjointe Salacie, les Nymphes (peut-être du fleuve Acaunus) et/ou la rivière divinisée Acaunus, puis l’invocation s’étend à toutes les divinités (deabusque omnibus).

Acaunus, dont le nom signifie « la pierreuse » (*acauno- « pierre »), serait en réalité la rivière Vienne, affluent du Danube à Vienne. Bien qu’il s’agisse d’un cours d’eau modeste, il est surprenant que ce soit lui qui soit divinisé, surtout en présence du puissant Danube. Quoi qu’il en soit, ce petit fleuve laissera son nom à la ville qui se développera à son embouchure.

Attestations épigraphiques.

PaysRégionLocalitéNomAssimilationCompagnon
(Parèdre)
Autriche
VienneAcaunus
IOM, Neptune, Nymphes, Danuvius(1), Salacie

Vienne (CIL III, 14359, 27).
[I(OVI)] O(PTIMO) M(AXIMO) NEPTVNO [AVG(VSTO)] [S]ALACEAE NIMPH[IS FLV][V]IO ACAVNO DIS [DEAB][VS]Q(VE) OMNIB(VS) V[EXILL(ARII) LEG(IONIS)] [VI]II AVG(VSTAE) SVB C[VRA ...] A[V]RE[LI] SECVN[DI(?) |(CENTVRIONIS)] [P]R(AEPOSITI) TRA(NS)LATI A LE[G(IONE) X G(EMINA) VII] [P(IA)] V[II] F(IDELI) IN LEG(IONEM) I[I ITALICAM] [[[GALLIENAM VII P(IAM) VII F(IDELEM)]]] AVREL(IO) MONTA[NO] [V(ICES)] A(GENTE) LEG(ATI) L[E]G(IONIS) S(VPRA) S(CRIPTAE) [... SA]T[V]RN[I]N[O ...] [E]T AVREL(IO) [...] [.]NAVMA[...] EQ(VITVM) F[EC(ERVNT) MARINIANO ET] PATERNO CO(N)[S(VLIBVS) ...] [...] MAIAS

"À Jupiter Très Bon Très Grand, à Neptune Auguste, à Salacie, aux Nymphes, au fleuve Acaunus, et à tous les dieux et déesses, les vexillaires de la légion VIII Augusta, sous la direction de [...] Aurelius Secundus, centurion préposé, transférés de la légion X Gemina Pia Fidelis dans la légion II Italica Galliena Pia Fidelis, sous l’autorité d’Aurelius Montanus, agissant en lieu et place du légat de la légion susdite, [...] Saturninus [...] et Aurelius [...] Nauma [...], officier de cavalerie, ont fait (ce monument), sous le consulat de Marinianus et Paternus, [...] mai.

(1) La reconstruction [Danuv]io Acauno est aujourd'hui remise en cause, une reconstruction [fluv]io Acauno semble plus appropriée. De fait la rivière Vienne, affluent du Danube à Vienne,

Sources:
• Patrice Lajoye pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique