LLEU LLAW GYFFES

Les personnages celtes
Nom: Lleu Llaw Gyffes
Rôle: Héros
Étymologie: Lleu à la main habile
Attesté(e): Mabinogi de Math fils de Mathonwy

Lleu Llaw Gyffes/ LLeu— Un des grands héros de la mythologie galloise, principalement connu par la quatrième branche du Mabinogion,le Mabinogi de Math fils de Mathonwy. Il appartient à la lignée divine de Dôn et son récit présente plusieurs motifs caractéristiques des mythes celtiques : naissance extraordinaire, interdits, épreuves, métamorphose et restauration de la souveraineté.

Son nom est généralement traduit par « Lleu à la main habile » ou « Lleu aux mains expertes » (Llaw Gyffes étant compris comme « main adroite, habile »). Il est le fils d’Arianrhod, sœur de Gwydion. Sa naissance est problématique : Arianrhod refuse de reconnaître l’enfant et lui impose des interdits (tyngedau), notamment celui de ne pouvoir recevoir un nom que d’elle et de ne jamais porter d’armes données par elle. Gwydion réussit cependant à contourner ces interdictions par ruse et magie.

Lleu devient ensuite un guerrier exceptionnel, mais son destin est marqué par la trahison de sa femme Blodeuwedd et de son amant Gronw Pebyr. Blodeuwedd tente de le faire tuer ; Lleu est frappé par une lance dans des conditions particulières et se transforme en aigle. Gwydion le retrouve, lui rend sa forme humaine et permet sa restauration. Lleu affronte ensuite Gronw Pebyr et récupère sa place.

Dans la mythologie galloise, Lleu occupe ainsi une place comparable à celle des grands héros civilisateurs : il incarne l’habileté, la maîtrise technique et la restauration de l’ordre après le désordre provoqué par les conflits familiaux et les ruptures de destin.

Le récit de Lleu présente des parallèles souvent relevés avec d’autres traditions indo-européennes : le héros soumis à une épreuve de mort symbolique, la souveraineté retrouvée après une période de crise, ou encore le motif du guerrier invulnérable sauf dans certaines conditions précises. Des rapprochements ont aussi été proposés avec des figures irlandaises comme Lugh, notamment en raison de la similitude des noms (Lleu/Lugh) et de certains traits héroïques. Le rapprochement est également renforcé par leurs épithètes associées à la main : Lleu Llaw Gyffes (« Lleu à la main habile ») et Lugh Lámhfhada (« Lugh à la longue main »), qui semblent conserver un ancien motif celtique lié à l’excellence et à la maîtrise des arts, même si les épithètes ne sont pas tout à fait identiques.

Les fonctions présentent également des points communs. Lugh est le dieu « aux multiples talents » (Lámhfhada, « à la longue main »), maître de nombreux arts et compétences. Lleu Llaw Gyffes (« Lleu à la main habile ») possède lui aussi une association avec l’habileté exceptionnelle et la maîtrise des techniques. Le motif de la « main » renforce le parallèle, même si les épithètes ne sont pas identiques.

Sur le continent la divinité Lugus est issu d’une forme gauloise ancienne Lugus (ou Lugū-), apparentée au vieil irlandais Lug. Cette correspondance linguistique est largement admise. Le nom gaulois Lugus, attesté notamment par des inscriptions et des toponymes comme Lugdunum (Lyon), appartient vraisemblablement à la même famille onomastique.

Si l’association entre Lleu, Lugh et Lugus est très solide sur le plan linguistique, elle doit être abordée avec davantage de prudence sur le plan mythologique. Il convient de distinguer les différents niveaux de documentation : Lugus est une divinité gauloise attestée par des inscriptions, des dédicaces et la toponymie ; Lugh est une figure divine de la tradition mythologique irlandaise médiévale ; Lleu est un héros surnaturel de la tradition galloise médiévale. Les trois noms sont généralement considérés comme issus d’une même ancienne figure divine celtique, dont les traditions insulaires ont développé des représentations distinctes. Cette figure est souvent désignée par commodité sous le nom de Lugus, bien que cette appellation corresponde d’abord à la forme gauloise attestée.

Le dossier de Lugus dans le monde continental, quoique extrêmement fragmentaire, constitue un référent majeur du comparatisme celtique. Toutefois, les rapprochements avec Lugh et Lleu doivent être maniés avec prudence : si la parenté linguistique est solidement établie, la correspondance des fonctions et des récits relève d’une reconstruction comparative, et non d’une continuité documentée.



Sources:
• G. Hily, (2010) "Conflits au sein de familles royales : Les cas d'Eochaid Feidlech et de Math", in Deuogdonion, CRBC, pp. 335-348
• G. Hily, (2012) - Le dieu celtique Lugus, Lannion, TIR, 506p.
• P. Lajoye, (2025) - Lugus et le panthéon gaulois, PHAE, Longues/Mer, 232p.
• P.-Y. Lambert, (1993) - Les Quatres Branches du Mabinogi, Gallimard, 432p.
• F. Le Roux - Ch.-J. Guyonvarc'h, (1986) - Les Druides, Ouest-France, 448p.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique