SONGE DE RHONABWY

Mythes, légendes, textes mythologiques
Titre Original: Breuddwyd Rhonabwy
Manuscrit(s): Livre rouge de Hergest

Le Songe de Rhonabwy
(Breuddwyd Rhonabwy)

Le Songe de Rhonabwy est un texte gallois particulièrement singulier et difficile à cerner, généralement daté de la fin du XIIᵉ ou du XIIIᵉ siècle. Il n’en existe qu’une seule version conservée, transmise dans le Livre rouge d’Hergest.

Résumé

Ce récit suit Rhonabwy, un homme de Powys envoyé avec d’autres dans un contexte de troubles politiques provoqués par Iorwerth. Épuisé par son voyage, il s’endort dans la maison maison d'Heilyn Goch, qui est en très mauvais état, marquée par la saleté et la négligence. Les occupants y sont bien présents et actifs, mais accueillent les voyageurs de manière sommaire et peu loquace, avant que ne s’engage la séquence onirique du récit.

En s’endormant sur une peau de bœuf , il entre dans un rêve très long et détaillé où il est transporté à l’époque du roi Arthur. Dans ce rêve, Arthur prépare une guerre contre les Saxons et réunit une grande assemblée de héros et de conseillers. Rhonabwy observe cette cour arthurienne, à la fois prestigieuse et étrange, où les figures héroïques sont parfois décalées et où les décisions politiques se prennent dans un climat qui semble absurde ou ironique.

Arthur joue au gwyddbwyll contre Owain. Au début des trois premières parties, des messagers viennent avertir Owain que les hommes d’Arthur attaquent ses « corbeaux », mais Arthur refuse d’interrompre le jeu et demande de continuer. Owain fait alors lever sa bannière, et le rapport de force s’inverse : les « corbeaux » prennent l’avantage sur les hommes d’Arthur. Lors des trois parties suivantes, de nouveaux messagers informent Arthur des pertes subies par ses troupes, mais Owain maintient à son tour le jeu et refuse toute interruption. Finalement, Arthur met fin à la partie en réduisant les pièces du gwyddbwyll en poussière, ce qui entraîne l’arrêt du conflit.

Le rêve s’interrompt brutalement et Rhonabwy se réveille sans explication définitive sur le sens de ce qu’il a vu. L’ensemble du texte est souvent compris comme une réflexion sur la mémoire arthurienne, une forme de satire des récits héroïques ou une vision volontairement ambiguë et onirique du passé brittonique.

Interprétation

On pourrait être tenté d’interpréter le plateau de gwyddbwyll comme une représentation du champ de bataille, et les « corbeaux » et les hommes d’Arthur comme deux armées opposées. Cependant, cette lecture se heurte au déroulement du Songe de Rhonabwy, dans lequel Owain appartient au camp d’Arthur et où l’armée adverse n’est pas encore présente à ce moment du récit, n’apparaissant qu’ultérieurement. Cette configuration produit alors un effet particulier : l’affrontement et les destructions semblent se dérouler au sein même du camp arthurien, avant toute confrontation directe avec un ennemi extérieur, ce qui contribue à donner à la scène une tonalité de décalage, voire d’absurde, dans la mesure où la violence interne précède l’arrivée des véritables adversaires.

le texte peut se lire selon deux orientations principales : soit comme une critique implicite de l’époque de Rhonabwy (XIIᵉ siècle), mise en contraste avec une époque arthurienne idéalisée (VIᵉ siècle) ; soit, à l’inverse, comme une mise à distance de l’époque arthurienne elle-même, représentée de façon étrange, excessive et parfois difficilement cohérente, ce qui conduirait à y voir une forme de satire ou de déconstruction du modèle héroïque.

Dans tous les cas, le récit est très particulier dans la littérature galloise médiévale : il est extrêmement détaillé, très visuel, avec une accumulation de descriptions de couleurs, d’objets et de personnages, et construit de manière si complexe qu’une petite note à la fin du texte précise qu’il ne peut pas être mémorisé sans livre. Cette remarque est curieuse, les bardes étaient réputés pouvoir retenir des textes d'une très grande complexité. Est-ce une remarque d’un copiste médiéval, évoquant un temps révolu où la transmission était exclusivement orale, alors même que cette oralité coexiste encore avec l’écrit mais tend à être supplantée par lui, comme le suggère l’insistance sur la nécessité d’un livre pour conserver le récit ?

Breuddwyd Rhonabwy

Madog ap Maredudd possédait tout le Powys dans ses limites, de Porfoed jusqu’à Gwauan dans les hauteurs d’Arwystli. Et à cette époque il avait un frère, Iorwerth ap Maredudd, qui ne lui était pas égal en rang. Iorwerth éprouvait une grande tristesse et un profond ressentiment à cause de l’honneur et du pouvoir dont jouissait son frère, et qu’il ne partageait pas. Il alla trouver ses compagnons et ses frères de lait, et prit conseil avec eux sur ce qu’il devait faire en cette affaire. Ils décidèrent alors d’envoyer certains d’entre eux chercher pour lui de quoi assurer sa subsistance. Alors Madog lui proposa de devenir maître de sa maison et d’avoir chevaux, armes et honneur, et de vivre comme lui-même. Mais Iorwerth refusa cette proposition.
Iorwerth fit une incursion en Loegria, tuant les habitants, brûlant les maisons et emmenant des prisonniers. Alors Madog consulta les hommes de Powys, et ils décidèrent de placer cent hommes dans chacun des trois cantons de Powys afin de le rechercher. Ainsi firent-ils dans les plaines de Powys, depuis Aber Ceirawc, et à Allictwn Ver, et à Rhyd Wilure sur la Vyrnwy, les trois meilleurs cantons du Powys. Mais cela n’améliora en rien leur situation, ni celle de sa maison, dans le Powys, ni dans les plaines du pays. Ils déployèrent ces hommes dans les plaines jusqu’à Nillystwn Trevan.
Rhonabwy, l’un des hommes de cette expédition, était du nombre. Rhonabwy, Cynwrig Vrychgoch, un homme de Mawddwy, et Cadwgan Vras, un homme de Moelvre en Cynlleith, arrivèrent ensemble à la maison de Heilyn Goch, fils de Cadwgan fils d’Iddon. Lorsqu’ils s’approchèrent de la maison, ils virent une vieille salle très noire, avec un pignon élevé, d’où s’échappait une grande fumée. En entrant, ils trouvèrent le sol couvert de flaques et de monticules, et il était difficile d’y tenir debout, tant il était glissant de boue de bétail. Là où se trouvaient les flaques, un homme pouvait enfoncer jusqu’aux chevilles dans l’eau et la saleté. Des branches de houx étaient répandues sur le sol, dont le bétail avait brouté les jeunes pousses. Lorsqu’ils arrivèrent dans la salle principale de la maison, ils virent des recoins pleins de poussière et très sombres, et, d’un côté, une vieille femme occupée à faire du feu. Chaque fois qu’elle avait froid, elle jetait une brassée de balle sur le feu, ce qui produisait une fumée si épaisse qu’elle était à peine supportable, montant jusqu’aux narines. De l’autre côté se trouvait une peau de bœuf jaune étendue sur le sol ; c’était un privilège considérable pour quiconque pouvait s’asseoir sur cette peau.
Et lorsqu’ils se furent assis, ils demandèrent à la vieille femme où se trouvaient les gens de la maison. La vieille ne répondit pas, mais marmonna. Alors les gens de la maison entrèrent : un homme roux, rustre et aux cheveux bouclés, portant une charge de fagots sur son dos, et une femme pâle et maigre, portant elle aussi un fardeau sous son bras. Ils ne firent qu’un accueil sommaire aux visiteurs, et allumèrent le feu avec les branches. La femme fit cuire quelque chose et leur donna à manger : du pain d’orge, du fromage, ainsi que du lait et de l’eau.
Et il s’éleva une tempête de vent et de pluie, de sorte qu’il était à peine possible de sortir sans danger. Et, fatigués par leur voyage, ils s’étendirent et cherchèrent à dormir. Lorsqu’ils regardèrent le lit, il leur sembla qu’il n’était fait que de paille grossière, pleine de poussière et de vermine, avec des tiges de branches qui en dépassaient, car le bétail avait mangé toute la paille placée à la tête et aux pieds. Sur ce lit était étendu un vieux tapis de couleur roussâtre, usé et en lambeaux ; une grossière couverture, pleine de fentes, recouvrait le tapis, ainsi qu’un coussin mal rembourré, et une couverture usée recouvrait le tout. Après avoir beaucoup souffert de la vermine et de l’inconfort de leur couchage, un lourd sommeil s’empara des compagnons de Rhonabwy. Mais Rhonabwy, ne pouvant ni dormir ni se reposer, pensa qu’il souffrirait moins s’il allait s’étendre sur la peau de bœuf jaune étendue sur le sol. Et là, il s’endormit.
Aussitôt que le sommeil eut fermé ses yeux, il lui sembla qu’il voyageait avec ses compagnons à travers la plaine d’Argyngroeg, et il crut se diriger vers Rhyd y Groes sur la Severn. Alors qu’il avançait, il entendit un bruit puissant, tel qu’il n’en avait jamais entendu auparavant. Se retournant, il aperçut un jeune homme aux cheveux jaunes et bouclés, la barbe fraîchement taillée, monté sur un cheval alezan dont les jambes étaient grises depuis le haut des membres antérieurs et, à partir du pli des membres postérieurs, jusqu’en bas. Le cavalier portait un manteau de satin jaune brodé de soie verte, et à sa cuisse pendait une épée à poignée d’or, dans un fourreau de cuir neuf de Cordoue, ceint d’une courroie de peau de cerf et fermée par de l’or. Par-dessus, il portait une écharpe de satin jaune brodée de soie verte, dont les bordures étaient également vertes. Le vert du harnachement du cheval et de son cavalier était aussi vert que les feuilles du sapin, et le jaune aussi jaune que la fleur du genêt. L’aspect du chevalier était si farouche que la peur saisit les compagnons de Rhonabwy, qui se mirent à fuir. Et le chevalier les poursuivit. Quand le cheval expirait, les hommes s’éloignaient de lui ; et lorsqu’il inspirait, ils étaient attirés vers lui, jusqu’à la poitrine du cheval. Et lorsqu’il les eut rejoints, ils implorèrent sa miséricorde. « Vous l’avez volontiers », dit-il, « n’ayez aucune crainte. » « Ah, chef, puisque tu as eu pitié de moi, dis-moi aussi qui tu es », dit Rhonabwy. « Je ne te cacherai pas ma lignée : je suis Iddawg, fils de Mynyo, mais ce n’est pas par mon nom que je suis le plus connu, c’est par mon surnom. » « Et veux-tu nous dire quel est ton surnom ? » « Je vous le dirai : on m’appelle Iddawg Cordd Prydain. » « Ah, chef », dit Rhonabwy, « pourquoi es-tu ainsi nommé ? » « Je vais te le dire. J’étais l’un des messagers entre Arthur et Medrawd, son neveu, lors de la bataille de Camlan. Et j’étais alors un jeune homme irréfléchi, et, par mon goût du combat, j’ai attisé la discorde entre eux et suscité leur colère, alors que j’avais été envoyé par Arthur l’Empereur pour raisonner Medrawd et lui montrer qu’il était son père nourricier et son oncle, et pour rechercher la paix, afin que les fils des rois de l’île de Bretagne et des nobles ne soient pas tués. Et tandis qu’Arthur m’avait confié les plus belles paroles qu’il pouvait imaginer, je transmis à Medrawd les plus dures que je pus inventer. C’est pourquoi je suis appelé Iddawg Cordd Prydain, car c’est de cela que naquit la bataille de Camlan. Trois nuits avant la fin de la bataille de Camlan, je les quittai et me rendis au Llech Las, en Bretagne du Nord, pour faire pénitence. Et j’y restai sept ans en pénitence, après quoi j’obtins mon pardon. »
Alors voilà ! ils entendirent un bruit puissant, bien plus fort que celui qu’ils avaient entendu auparavant, et, se retournant vers ce bruit, ils aperçurent un jeune homme roux, imberbe et sans moustache, d’une noble allure, monté sur un cheval superbe. Depuis les épaules et depuis l’avant des genoux jusqu’en bas, le cheval était bai. L’homme portait un vêtement de satin rouge brodé de soie jaune, et les bordures de son écharpe étaient jaunes. Et toutes les parties de ses habits et des harnais de son cheval qui étaient jaunes étaient aussi jaunes que la fleur du genêt, et celles qui étaient rouges étaient aussi rouges que le sang le plus vif du monde.
Alors voilà que le cavalier les rejoignit, et il demanda à Iddawg de lui donner une partie des petits hommes qui étaient avec lui. « Ce qu’il m’est convenable d’accorder, je l’accorderai, et tu seras leur compagnon comme je l’ai été », répondit Iddawg. Et le cavalier s’éloigna. « Iddawg », demanda Rhonabwy, « qui était ce cavalier ? » « Rhuvawn Pebyr, fils du prince Deorthach. »
Et ils voyagèrent à travers la plaine d’Argyngroeg jusqu’au gué de Rhyd y Groes sur la Severn. Et, sur un mille autour du gué de part et d’autre de la route, ils virent des tentes et des campements, et l’on entendait le tumulte d’une immense armée. Ils arrivèrent au bord du gué, et là ils virent Arthur assis sur une île plate en aval du gué, ayant auprès de lui Bedwini l’évêque d’un côté et Gwarthegyd ap Caw de l’autre. Un jeune homme grand, aux cheveux châtains, se tenait devant lui, tenant une épée dans son fourreau, et vêtu d’un manteau et d’un bonnet de satin noir comme le jais. Son visage était blanc comme l’ivoire, ses sourcils noirs comme le jais, et la partie de son poignet visible entre son gant et sa manche était plus blanche que le lis et plus épaisse que la cheville d’un guerrier.
Alors Iddawg et ceux qui étaient avec lui vinrent, se tinrent devant Arthur et le saluèrent. « Que le ciel te soit favorable », dit Arthur. « Et où as-tu trouvé ces petits hommes, Iddawg ? » « Je les ai trouvés, seigneur, là-haut sur la route. » Alors l’Empereur sourit. « Seigneur », dit Iddawg, « pourquoi ris-tu ? » « Iddawg », répondit Arthur, « je ne ris pas ; mais je suis peiné de voir que des hommes de cette taille puissent avoir la garde de cette île, après les hommes qui la protégeaient autrefois. » Alors Iddawg dit : « Rhonabwy, vois-tu l’anneau orné d’une pierre que porte l’Empereur à la main ? » « Je le vois », répondit-il. « L’une des propriétés de cette pierre est de te permettre de te souvenir de ce que tu vois ici cette nuit ; et si tu n’avais pas vu la pierre, tu n’aurais jamais pu te rappeler quoi que ce soit de tout cela. »
Après cela, ils virent une troupe s’avancer vers le gué. « Iddawg », demanda Rhonabwy, « à qui appartient cette troupe là-bas ? » « Ce sont les compagnons de Rhuvawn. Et ces hommes sont honorablement servis en hydromel et en boisson au miel, et ils sont librement aimés des filles des rois de l’île de Bretagne. Et cela leur est dû, car ils furent toujours à l’avant et à l’arrière dans tous les périls. » Et il ne voyait qu’une seule couleur sur les hommes et les chevaux de cette troupe, car ils étaient tous rouges comme le sang. Et lorsqu’un des chevaliers sortait de la troupe à cheval, il ressemblait à une colonne de feu traversant le ciel. Et cette troupe campa au-dessus du gué.
Alors ils virent une autre troupe s’avancer vers le gué, et ceux-ci étaient, depuis la poitrine de leurs chevaux jusqu’en haut, plus blancs que le lis, et en dessous plus noirs que le jais. Et ils virent l’un de ces chevaliers passer en avant des autres et pousser son cheval dans le gué avec une telle force que l’eau jaillit sur Arthur et l’évêque, ainsi que sur ceux qui délibéraient avec eux, de sorte qu’ils furent aussi trempés que s’ils avaient été plongés dans la rivière. Et tandis qu’il tournait la tête de son cheval, le jeune homme qui se tenait devant Arthur frappa le cheval sur les naseaux avec son épée encore dans le fourreau, si violemment que, si la lame avait été nue, il aurait été étonnant que l’os n’ait pas été blessé autant que la chair. Alors le chevalier tira à moitié son épée de son fourreau et lui demanda… « Pourquoi as-tu frappé mon cheval ? Était-ce une insulte ou un conseil que tu me donnais ? » « Tu manques assurément de raison. Quelle folie t’a poussé à entrer si furieusement dans le gué, au point d’éclabousser Arthur, l’évêque consacré et leurs conseillers, de sorte qu’ils furent aussi trempés que s’ils avaient été tirés de la rivière ? » « Je le prends donc pour un conseil », répondit-il. Et il tourna la tête de son cheval vers son armée. « Iddawg », dit Rhonabwy, « qui était ce chevalier-là ? » « Le plus éloquent et le plus sage des jeunes hommes de cette île : Afaon ap Taliesin. » « Et qui était l’homme qui frappa son cheval ? » « Un jeune homme au caractère emporté : Elffin ap Gwyddno. »
Alors s’exprima un homme grand et majestueux, au langage noble et abondant, disant qu’il était prodigieux qu’une armée si vaste fût réunie dans un espace si restreint, et qu’il était encore plus prodigieux que se trouvent là, en ce moment, ceux qui avaient promis d’être à midi à la bataille de Badon, combattant contre Osla Gyllellfawr. « Que tu choisisses de poursuivre ou non, moi, je poursuivrai. » « Tu parles bien », dit Arthur, « et nous irons tous ensemble. » « Iddawg », dit Rhonabwy, « qui était l’homme qui a parlé si merveilleusement à Arthur tout à l’heure ? » « Un homme qui peut parler aussi hardiment qu’il le souhaite : Caradog Freichfras, fils de Llyr Marini, son principal conseiller et son cousin. »
Alors Iddawg plaça Rhonabwy derrière lui sur son cheval, et cette immense armée s’ébranla, chaque troupe en ordre, vers Cevndigoll. Et lorsqu’ils arrivèrent au milieu du gué de la Severn, Iddawg tourna la tête de son cheval, et Rhonabwy regarda le long de la vallée de la Severn. Il aperçut alors deux belles troupes s’avançant vers le gué. L’une était entièrement éclatante de blanc, et chacun de ses hommes portait une écharpe de satin blanc aux bordures noir de jais. Les genoux et le sommet des épaules de leurs chevaux étaient noir de jais, bien qu’ils fussent d’un blanc pur sur tout le reste du corps. Leurs bannières étaient d’un blanc pur, toutes terminées par des pointes noires. « Iddawg », dit Rhonabwy, « quelle est cette troupe toute blanche là-bas ? » « Ce sont les hommes de Norvège, et March ap Meirchion est leur prince. Et il est cousin d’Arthur. » Et plus loin il aperçut une troupe dont chacun portait des vêtements de jais noir, avec des bordures de blanc pur à chaque écharpe ; les sommets des épaules et les genoux de leurs chevaux étaient d’un blanc pur. Leurs bannières étaient de jais noir, terminées par du blanc pur à chacune de leurs pointes. « Iddawg », dit Rhonabwy, « quelle est cette troupe toute noire là-bas ? » « Ce sont les hommes de Danemark, et Edeyrn ap Nudd est leur prince. »
Et lorsqu’ils eurent rejoint l’armée, Arthur et son host de guerriers descendirent de cheval au-dessous de Caer Badon, et Rhonabwy comprit qu’il suivait le même chemin qu’Arthur avec Iddawg. Et après qu’ils furent descendus de cheval, il entendit un grand tumulte et une confusion dans l’armée, et ceux qui étaient aux ailes se portèrent vers le centre, tandis que ceux qui étaient au centre se déplaçaient vers les ailes. Et alors, voilà qu’il vit un chevalier s’avancer, lui et son cheval entièrement cuirassés, dont les anneaux étaient plus blancs que le lis le plus pur, et les rivets plus rouges que le sang le plus vif. Et il s’avança au milieu de l’armée. « Iddawg », dit Rhonabwy, « cette armée va-t-elle fuir ? » « Le roi Arthur ne fuit jamais, et si ce que tu disait était entendu, tu serais un homme perdu. Mais quant au chevalier que tu vois là-bas, c’est Cai. Le plus beau cavalier de toute la cour d’Arthur est Cai ; et les hommes qui sont à l’avant de l’armée se précipitent vers l’arrière pour le voir chevaucher, et ceux qui sont au centre fuient vers les côtés à cause de l’impact de son cheval. Et telle est la cause de la confusion de l’armée. »
Alors ils entendirent appeler Cadwr, conte de Cornouailles, et voici qu’il se leva, tenant à la main l’épée d’Arthur. Sur l’épée étaient figurées deux serpents en or. Et lorsque l’épée fut tirée de son fourreau, il sembla que deux flammes jaillissaient des gueules des serpents, et, tant elle était merveilleuse, il était difficile pour quiconque de la regarder. Et l’armée redevint silencieuse, le tumulte cessa, et le comte retourna à sa tente. « Iddawg », dit Rhonabwy, « qui est l’homme qui portait l’épée d’Arthur ? » « Cadwr, comte de Cornouailles, dont le devoir est d’armer le roi les jours de bataille et de guerre. »
On entendit alors appeler Eirynwych Amheibyn, serviteur d’Arthur, un homme roux, rude et d’aspect peu agréable, avec des moustaches rousses et des poils hérissés. Et voilà qu’il arriva monté sur un grand cheval rouge, la crinière partagée de chaque côté, et qu’il apportait avec lui un grand et beau bât de somme. Le grand jeune homme roux descendit devant Arthur, tira du bât une chaise d’or et un tapis de satin à motifs. Il étendit le tapis devant Arthur, et il y avait à chacun de ses coins une pomme d’or rouge, puis il plaça la chaise sur le tapis. Et cette chaise était si grande que trois guerriers armés auraient pu s’y asseoir. Le tapis s’appelait Gwenn, et il possédait cette propriété que quiconque s’y trouvait ne pouvait être vu de personne, tandis qu’il pouvait voir tout le monde. Et il ne retenait aucune autre couleur que la sienne propre.
Arthur s’assit sur le tapis, et Owain ap Urien se tenait devant lui. « Owain », dit Arthur, « veux-tu jouer aux échecs ? » « Je le veux, seigneur », répondit Owain. Alors le jeune homme roux apporta le jeu pour Arthur et Owain : des pièces d’or et un échiquier d’argent. Et ils commencèrent à jouer.
Et tandis qu’ils étaient ainsi occupés, et qu’ils étaient au plus fort de leur divertissement, voilà qu’ils virent une tente blanche avec une couverture rouge, et, au sommet de la tente, la figure d’un serpent de jais, avec des yeux rouges flamboyants et venimeux, et une langue rouge enflammée. Et vint un jeune page aux cheveux jaunes et bouclés, aux yeux bleus, et à la barbe à peine naissante, portant une cotte et une surcotte de satin jaune, et des chausses de tissu vert-jaunâtre très fin, et par-dessus ses chausses des souliers de cuir multicolore, fermés sur le cou-de-pied par des boucles d’or. Il portait une lourde épée à trois tranchants, à poignée d’or, dans un fourreau de cuir noir terminé par de l’or fin. Et il arriva à l’endroit où l’Empereur et Owain jouaient aux échecs.
Et le jeune homme salua Owain. Et Owain s’étonna que le jeune homme le salue lui, et n’ait pas salué l’Empereur Arthur. Arthur savait ce qu’Owain pensait. Et il lui dit : « Ne t’étonne pas que le jeune homme te salue maintenant, car il m’a déjà salué auparavant ; et c’est vers toi que porte son message. » Alors le jeune homme dit à Owain : « Seigneur, est-ce avec ta permission que les jeunes pages et serviteurs de l’Empereur harcèlent, tourmentent et poursuivent tes corbeaux ? Et si ce n’est pas avec ta permission, fais en sorte que l’Empereur leur interdise cela. » « Seigneur », dit Owain, « tu entends ce que dit le jeune homme ; s’il te semble bon, interdis-leur de s’en prendre à mes corbeaux. » « Continue ton jeu », dit-il. Alors le jeune homme retourna à la tente.
Ils terminèrent cette partie et en commencèrent une autre, et tandis qu’ils étaient au milieu du jeu, voilà qu’apparut un jeune homme roux aux cheveux châtains bouclés et aux grands yeux, bien formé et la barbe fraîchement taillée, sortant d’une tente jaune brillante, au sommet de laquelle se trouvait la figure d’un lion rouge éclatant. Il était vêtu d’une cotte de satin jaune descendant jusqu’au bas de la jambe, brodée de fils de soie rouge. À ses pieds il portait des chausses de fine toile blanche, et par-dessus, des brodequins de cuir noir munis de boucles d’or. Il tenait à la main une grande épée lourde à trois tranchants, dans un fourreau de peau de cerf rouge, terminé par de l’or. Et il vint à l’endroit où Arthur et Owain jouaient aux échecs, et il le salua. Owain fut troublé par cette salutation, mais Arthur n’y prêta pas plus d’attention que précédemment. Et le jeune homme dit à Owain : « N’est-ce pas contre ta volonté que les serviteurs de l’Empereur harcèlent tes corbeaux, en en tuant certains et en en malmenant d’autres ? Si cela est contre ta volonté, prie-le de leur interdire cela. » « Seigneur », dit Owain, « interdis-le à tes hommes, s’il te plaît. » « Continue ton jeu », dit l’Empereur. Et le jeune homme retourna à la tente.
Et cette partie fut terminée et une autre commencée. Et alors qu’ils commençaient le premier coup de la partie, ils aperçurent à une petite distance une tente mouchetée de jaune, la plus grande qu’ils eussent jamais vue, et, au sommet, la figure d’un aigle d’or portant une pierre précieuse sur la tête. Et sortant de la tente, ils virent un jeune homme aux épais cheveux jaunes, beau et bien fait, portant une écharpe de satin bleu, avec une broche d’or fixée sur l’écharpe à son épaule droite, aussi grande que le doigt médian d’un guerrier. À ses pieds il portait des chausses de fine étoffe de Totnes et des chaussures de cuir multicolore fermées par des boucles d’or. Le jeune homme était de noble allure, le visage beau, les joues rouges et les yeux grands comme ceux d’un faucon. Dans la main du jeune homme se trouvait une puissante lance mouchetée de jaune, à la pointe nouvellement affûtée, et sur la lance était déployée une bannière.
Furieux et d’un pas rapide, le jeune homme arriva à l’endroit où Arthur jouait aux échecs avec Owain. Et ils virent qu’il était en colère. Alors il salua Owain et lui annonça que ses corbeaux avaient été tués pour la plupart, et que ceux qui n’avaient pas été tués étaient si blessés et meurtris qu’aucun d’eux ne pouvait élever ses ailes à une seule brasse au-dessus de la terre. « Seigneur », dit Owain, « interdis-le à tes hommes. » « Joue », dit-il, « si cela te plaît. » Alors Owain dit au jeune homme : « Retourne en arrière, et là où tu trouveras la mêlée la plus dense, dresse la bannière, et qu’il advienne ce qu’il plaira au ciel. »
Alors le jeune homme retourna à l’endroit où la mêlée frappait le plus durement les corbeaux, et il leva la bannière ; et aussitôt ils s’élevèrent tous dans les airs, pleins de colère, de fougue et d’ardeur, battant des ailes dans le vent et secouant la fatigue qui les accablait. Et, retrouvant leur force et leur courage, avec fureur et exultation, ils s’abattirent d’un seul élan sur les têtes des hommes qui auparavant leur avaient causé colère, douleur et dommage. Ils en saisirent certains par la tête, d’autres par les yeux, d’autres par les oreilles, d’autres par les bras, et les emportèrent dans les airs. Et dans les airs s’éleva un grand tumulte, avec le battement des ailes des corbeaux triomphants et leurs croassements ; et il y eut un autre grand tumulte, celui des gémissements des hommes qui étaient déchirés et blessés, et dont certains furent tués.
Et Arthur et Owain s’étonnaient du tumulte tout en jouant aux échecs ; et, en regardant, ils aperçurent un chevalier s’avançant vers eux sur un cheval de couleur isabelle. Et la teinte de ce cheval était merveilleuse : son épaule droite était d’un rouge éclatant, et depuis le haut de ses jambes jusqu’au milieu de ses sabots, il était d’un jaune vif. Le chevalier et son cheval étaient entièrement équipés d’une lourde armure étrangère. Le harnachement du cheval, depuis l’ouverture frontale vers le haut, était de sendal rouge éclatant, et de là vers le bas de sendal jaune éclatant. Le jeune homme portait sur la cuisse une grande épée à un seul tranchant, à poignée d’or, dans un fourreau bleu clair terminé de laiton d’Espagne. Le baudrier de l’épée était de cuir vert foncé avec des boucles d’or, et une agrafe d’ivoire, fermée par une boucle de jais noir. Un casque d’or se trouvait sur la tête du chevalier, serti de pierres précieuses d’une grande vertu, et au sommet du casque se trouvait l’image d’un léopard couleur de flamme, avec deux pierres rouge rubis dans la tête, de sorte qu’il était étonnant, pour un guerrier si courageux fût-il, de regarder le visage du léopard, et plus encore celui du chevalier. Il tenait à la main une lance à hampe bleue, mais depuis la hampe jusqu’à la pointe elle était teinte d’un rouge cramoisi par le sang des corbeaux et de leurs plumes.
Le chevalier arriva à l’endroit où Arthur et Owain étaient assis en train de jouer aux échecs. Et ils virent qu’il était harassé, irrité et fatigué en s’approchant d’eux. Le jeune homme salua Arthur et lui dit que les corbeaux d’Owain tuaient ses jeunes hommes et ses serviteurs. Arthur regarda Owain et dit : « Interdis à tes corbeaux. » « Seigneur », répondit Owain, « continue ton jeu. » Et ils continuèrent à jouer. Et le chevalier retourna vers la mêlée, et les corbeaux ne furent pas plus empêchés qu’auparavant.
Ils achevèrent donc la partie et en commencèrent une autre. Tandis qu'ils achevaient celle-ci, ils entendirent un grand tumulte, le vacarme d'hommes armés, le croassement des corbeaux et le battement d'ailes, tandis qu'ils jetaient à terre les armures, les hommes et les chevaux les uns après les autres. Alors ils virent venir un chevalier monté sur un cheval pie à l’encolure haute. Et l’épaule gauche du cheval était d’un rouge éclatant, et sa jambe droite, depuis le poitrail jusqu’au creux du sabot, était d’un blanc pur. Et le chevalier et son cheval étaient équipés d’armes de couleur jaune mouchetée, bigarrées de laiton d’Espagne. Il portait une robe d’honneur, ainsi que son cheval, divisée en deux parties, blanche et noire, et les bordures de cette robe d’honneur étaient d’un pourpre doré. Et par-dessus la robe, il portait une épée brillante à trois tranchants, à poignée d’or. Le baudrier de l’épée était d’ouvrage d’or jaune, portant une agrafe faite de la paupière d’un hippocampe noir, et une languette d’or jaune fixée à cette agrafe. Sur la tête du chevalier se trouvait un casque éclatant de laiton jaune, serti de pierres de cristal étincelantes, et, au sommet du casque, la figure d’un griffon, avec une pierre aux nombreuses vertus dans sa tête. Il tenait à la main une lance de frêne, à hampe ronde, colorée d’un bleu azur. Et la pointe de la lance était fraîchement tachée de sang et recouverte d’argent fin.
Après avoir joué un moment, ils entendirent un fracas terrible, les lamentations des hommes et le croassement des corbeaux qui, emportant les hommes dans les airs, les déchiraient et les laissaient retomber un à un sur le sol. Au milieu du tumulte, ils virent un chevalier s'approcher, monté sur un cheval gris clair dont l'antérieur gauche était d'un noir d'ébène jusqu'au sabot. Le chevalier et sa monture étaient revêtus d'une lourde armure bleue. Le chevalier portait une robe d'honneur en satin jaune à losanges, bordée de bleu. La jaquette du cheval était d'un noir d'ébène, bordée de jaune vif. À la cuisse du jeune homme reposait une longue épée à trois tranchants, lourde et à la ceinture de cuir rouge neuf, ornée de nombreux galons d'or et d'une boucle en os d'hippocampe dont la langue était d'un noir d'ébène. Un casque d'or coiffait la tête du chevalier, orné de saphirs aux vertus exceptionnelles. À son sommet figurait un lion couleur de flamme, à la langue rouge feu dépassant de sa gueule, et aux yeux d'un rouge cramoisi venimeux. Le chevalier s'avança, brandissant une épaisse lance de cendre dont la pointe, fraîchement trempée dans le sang, était recouverte d'argent.
Et le jeune homme salua l’Empereur : « Seigneur », dit-il, « ne te soucies-tu donc pas du massacre de tes pages, de tes jeunes gens et des fils des nobles de l’île de Bretagne, par lequel il deviendra difficile de défendre cette île désormais et à jamais ? » « Owain », dit Arthur, « interdis à tes corbeaux. » « Joue cette partie, Seigneur », dit Owain.
Ils achevèrent donc cette partie et en commencèrent une autre ; et tandis qu’ils terminaient ce nouveau jeu, voilà qu’ils entendirent un grand tumulte, un vacarme d’hommes armés, des croassements de corbeaux et un battement d’ailes dans les airs, tandis qu’ils précipitaient au sol les armures entières, ainsi que les hommes et les chevaux, morceau par morceau. Alors ils virent venir un chevalier monté sur un cheval pie à la tête élevée. L’épaule gauche du cheval était d’un rouge vif, et sa jambe droite, depuis le poitrail jusqu’au creux du sabot, était d’un blanc pur. Le chevalier et son cheval étaient équipés d’armes jaunes mouchetées, bigarrées de laiton d’Espagne. Il portait une robe d’honneur, ainsi que son cheval, divisée en deux parties, blanche et noire, dont les bordures étaient d’un pourpre doré. Par-dessus cette robe, il portait une épée brillante à trois tranchants, à poignée d’or. Le baudrier de l’épée était d’ouvrage d’or jaune, avec une agrafe faite de la paupière d’un hippocampe noir, et une languette d’or jaune fixée à cette agrafe. Sur la tête du chevalier se trouvait un casque brillant de laiton jaune, serti de pierres de cristal étincelantes, et au sommet du casque la figure d’un griffon, portant dans sa tête une pierre aux nombreuses vertus. Il tenait à la main une lance de frêne, à hampe ronde, colorée d’un bleu azur. Et la pointe de la lance était récemment tachée de sang et recouverte d’argent fin.
Furieux, le chevalier vint à l’endroit où se trouvait Arthur, et il lui dit que les corbeaux avaient massacré sa maison et les fils des principaux hommes de cette île ; et il le supplia de demander à Owain d’interdire ses corbeaux. Et Arthur supplia Owain de les interdire. Alors Arthur prit les pièces d’échecs en or qui se trouvaient sur l’échiquier et les écrasa jusqu’à ce qu’elles deviennent poussière. Puis Owain ordonna à Gwres ap Rheged d’abaisser sa bannière. Elle fut abaissée, et tout redevint paisible.
Alors Rhonabwy demanda à Iddawg qui étaient les trois premiers hommes venus trouver Owain pour lui dire que ses corbeaux étaient massacrés. « Ce sont des hommes », dit Iddawg, « qui déploraient qu’Owain subisse une perte : ses compagnons et chefs alliés, Selyf ap Cynan Garwyn de Powys, Gwgawn Gleddyfrudd, et Gwres ap Rheged, celui qui porte la bannière au jour de bataille et de combat. » « Et qui », dit Rhonabwy, « étaient les trois derniers hommes venus trouver Arthur pour lui dire que les corbeaux massacraient ses hommes ? » « Les meilleurs des hommes », dit Iddawg, « et les plus braves, et ceux qui déploraient profondément que rien ne puisse nuire à Arthur : Blathaon ap Mawrheth, Rhuvawn ap Deorthach, et Hyfaidd Unllen. »
Et voilà que vingt-quatre chevaliers vinrent de la part d’Osla Gyllellfawr demander à Arthur une trêve de quinze jours et un mois. Arthur se leva et alla prendre conseil. Et il se rendit à un endroit où se tenait, un peu à l’écart, un homme grand, roux et aux cheveux bouclés, et là il rassembla ses conseillers : Bedwini l’évêque, Gwarthegyd ap Caw, March ap Meirchion, Caradog Freichfras, Gwalchmai ap Gwyar, Edeyrn ap Nudd, Rhuvawn ap Deorthach, Rhiogan fils du roi d’Irlande, Gwenwynwyn ap Nav, Howel ap Emyr Llydaw, Gwilym ap Rhwyf Freine, Daned ap Ath, Goren Custennin, Mabon ap Modron, Peredur Paladr Hir, Hyfaidd Unllen, Twrch ap Perif, Nerth ap Cadarn, Gobrwy ap Echel Vorddwyttwll, Gwair ap Gwestyl, Gadwy ap Geraint, Trystan ap Tallwch, Moryen Manawc, Granwen ap Llyr, Llacheu ap Arthur, Llawfrodedd Varvawc, Cadwr, prince de Cornouailles, Morfran ap Tegid, Rhyawd ap Morgant, Dyvyr ap Alun Dyved, Gwrhyr Gwalstawd Ieithoedd, Adaon ap Taliesin, Llary ap Casnar Wledig, Fflewddur Fflam, Greidawl Galldovydd, Gilbert ap Cadgyffro, Menw ap Teirgwaedd, Gwrthmwl Wledig, Cawrdaf ap Caradog Freichfras, Gildas ap Caw, Cadyriaith ap Saidi, ainsi que de nombreux hommes de Norvège, de Danemark, de Grèce, et une foule des gens de l’armée vinrent à ce conseil. « Iddawg », dit Rhonabwy, « qui était l’homme aux cheveux roux vers lequel ils se sont rendus tout à l’heure ? » « Rhun ap Maelgwn Gwynedd, un homme dont le privilège est de pouvoir prendre part au conseil avec tous. » « Et pourquoi admettent-ils au conseil, parmi des hommes de si haut rang, un si jeune garçon que Cadyriaith ? » « Parce qu’il n’y a pas en toute Bretagne d’homme plus habile en conseil que lui. »
Alors voilà que des bardes vinrent et déclamèrent des vers devant Arthur, et nul ne comprenait ces vers sauf Cadyriaith seul, si ce n’est qu’ils étaient à la louange d’Arthur.
Et voilà qu’arrivèrent vingt-quatre ânes portant des charges d’or et d’argent, chacun accompagné d’un homme las et harassé par la route, apportant un tribut à Arthur depuis les îles de Grèce. Alors Cadyriaith supplia qu’une trêve fût accordée à Osla Gyllellfawr pour une durée de quinze jours et un mois, et que les ânes et leurs charges fussent donnés aux bardes, afin de leur servir de récompense pour leur séjour, et que leurs vers fussent rémunérés pendant la durée de la trêve. Et ainsi fut-il décidé. « Rhonabwy », dit Iddawg, « ne serait-il pas injuste d’empêcher un jeune homme capable de donner un conseil aussi généreux d’assister aux conseils de son seigneur ? »
Alors Cai se leva et dit : « Que tous ceux qui veulent suivre Arthur soient avec lui cette nuit en Cornouailles, et que ceux qui ne le veulent pas soient contre Arthur, même durant la trêve. » Et à cause du grand tumulte qui s’ensuivit, Rhonabwy s’éveilla. Et lorsqu’il s’éveilla, il était sur la peau de bœuf jaune, ayant dormi trois nuits et trois jours.
Et cette histoire est appelée le Songe de Rhonabwy. Et c’est pour cela que personne ne connaît ce songe sans livre, ni barde ni voyant doué : à cause des couleurs diverses des chevaux, et des nombreuses couleurs merveilleuses des armes et des armures, des riches étoffes, et des pierres aux vertus.

Sources:
• C. Guest, (1838-1849) - The Mabinogion, Translated from the Welsh manuscripts of the Red Book of Hergest, 3 vol., Londres
• Ph. Jouët, (2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• P.-Y. Lambert, (1993) - Les Quatres Branches du Mabinogi, Gallimard, 432p.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique