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Re: Alésia

MessagePosté: Lun 08 Sep, 2025 22:24
de Kambonemos
Bonjour,

Ma publication porte principalement sur l'extrait de César que l'on retrouve dans votre «contre-lecture critique». Là où César cherche à insuffler à ce point du récit un rythme haletant, propre à captiver ses lecteurs, en restant plus ou moins confus sur le déroulement exact des évènements, Polyen, lui, démonte tranquillement le mécanisme stylistique en révélant la tactique réelle du stratège romain, à savoir une «ruse de guerre». Seulement voilà, comment faire sortir au nez et à la barbe de l'ennemi autant d'hommes équipés de pied en cap et de chevaux ? J'avance l'hypothèse que l'immense camp des Gaulois devait être, même à une heure tardive, une véritable «ruche» et _ comme le suggère Polyen _, les Gaulois confiants et sûrs de leur grand nombre, «fiers de leur multitude», avaient négligé de prendre les dispositions nécessaires pour éviter une sortie en catimini de troupes ennemies ; j'estime à défaut d'autre explication que le bruit ambiant de milliers de guerriers Gaulois se préparant à prendre d'assaut les fortifications romaines, a couvert le bruit du déplacement des Romains la nuit... L'heure du début de la nuit est donné à titre indicatif, à la mauvaise saison, on admet que pour les Romains, la nuit tombait vers 17h30 (heure solaire) [Philo-Lettres : Les heures de la journée et de la nuit (chez les Romains)]...
@+

Re: Alésia

MessagePosté: Lun 15 Sep, 2025 11:16
de dromeuf
Kambonemos a écrit: Polyen, lui, démonte tranquillement le mécanisme stylistique en révélant la tactique réelle du stratège romain, à savoir une «ruse de guerre». ... j'estime à défaut d'autre explication que le bruit ambiant de milliers de guerriers Gaulois se préparant à prendre d'assaut les fortifications romaines, a couvert le bruit du déplacement des Romains la nuit...
@+


Polyen c'est environ 200 ans après le BG et en réécriture tardive interprétée, comme nous. Ses Stratagèmes (Strategemata) sont interprétés et orientés sous l'angle de la ruse militaire.

Donc pour le bruit vous avancez une grande défaillance du "renseignement" Gaulois.

Pour info, Lanchester explique que "Dans le combat antique, où chaque homme ne pouvait affronter qu’un seul adversaire à la fois, la force d’une armée était proportionnelle au nombre d’hommes. Dans le combat moderne, où chaque homme peut diriger son feu sur n’importe quel ennemi, la force d’une armée est proportionnelle au carré du nombre d’hommes.". Pour les armes blanches, on applique sa loi linéaire : l’armée la plus faible est pratiquement condamnée à partir d’un rapport de 1 contre 2 ou 1 contre 3 en terrain ouvert. Le résultat est une usure beaucoup plus rapide pour la force la plus petite. À 3 contre 1, l'attrition est si rapide que le "point de rupture" (la déroute) est atteint presque immédiatement. à Alésia le ratio serait plutôt 1 "Romain" pour 5 Gaulois sur la totalité de l'armée de secours.

Re: Alésia

MessagePosté: Ven 19 Sep, 2025 14:39
de Kambonemos
Bonjour,

Assurément, Polyen s'intéresse à la «ruse de guerre», pas forcément à son résultat néanmoins il apporte des précisions crédibles à mon avis au récit de César, notamment pour le siège de Gergovie mais hors sujet ici...
En ce qui concerne le combat antique, je n'en ferai pas une généralité mais j'évoquai plus haut la bataille de Gaugamèles en octobre 331 avant J.-C. au cours de laquelle les quarante mille hommes d'Alexandre le Grand battirent à plate couture les cent mille hommes (estimation contemporaine) de Darius III ; l'éclipse de Lune ayant eu lieu dix jours avant la bataille, les devins et les prêtres qui accompagnaient Alexandre eurent le temps d'expliquer à ses soldats que c'était un bon présage : «Le Soleil, c'est la Grèce ; la Lune, c'est l'astre des Perses»... J'y vois au moins un point commun avec l'armée de secours gauloise, cette multitude n'avait pas de cohésion assez forte car venant des quatre coins de l'empire perse et pas les mêmes habitudes du combat en bataille rangée. Donc, je nuancerai en guise de conclusion humoristique :wink: les propos du comte de Bussy-Rabutin (1618-1693) _ repris deux fois par Michel Audiard (1920-1985), dialoguiste de cinéma _ qui notait : «Dieu est d'ordinaire pour les gros escadrons contre les petits.»

@+

Re: Alésia

MessagePosté: Mar 07 Oct, 2025 22:34
de Kambonemos
Bonjour,

L'on peut se demander pourquoi César ne parle pas de son stratagème à Alésia. César ne s'adressait pas particulièrement à des gens au courant de la chose militaire et même s'il peut paraître concis, il n'en demeure pas moins sur ce point un peu flou. Pour essayer de comprendre, l'on doit revenir à la bataille de Gaugamèles citée plus avant dans ce fil. En effet, César vouait une admiration mêlée d'envie à Alexandre le Grand _n'avait-il pas dit un jour devant une statue du conquérant en Espagne : «Si Alexandre pouvait accomplir tant de choses en si peu de temps alors pourquoi ne pourrais-je pas en faire autant ?» (d'après Suétone)_, et comme les Compagnons et généraux d'Alexandre avant cette bataille, devant la disproportion des effectifs, lui suggérèrent une attaque nocturne de façon à surprendre les ennemis dans leur camp, Alexandre se serait récrié : «Je préfère le preux Achille au rusé Ulysse !»... Le personnage d'Ulysse eut bien mauvaise réputation chez les Romains et pour César être comparé ne serait-ce qu'un instant au roi d'Ithaque, aurait été dévalorisant à ses propres yeux et une sorte de trahison à son idéal de conquérant, aussi supposerons-nous qu'il préférât passer sous silence certaines manoeuvres et ruses dont il était l'initiateur... En ce qui concerne l'éclipse de Lune, en relisant Lucrèce (vers 98 - 55 avant J.-C.), l'on s'aperçoit que ce phénomène même s'il ne s'expliquait pas complétement à cette époque était l'objet de spéculations et d'hypothèses de la part de gens curieux et instruits. Notons également qu'en 168 avant J.-C., avant la bataille de Pydna qui opposera les Macédoniens aux Romains, Caius Sulpicius Gallus avait expliqué à ses soldats superstitieux l'éclipse de Lune dont ils furent témoins. Il est vrai que Caius Sulpicius Gallus était versé dans l'astronomie...