Aesis — Nom antique de la ville de Jesi. Située dans la région des Marches, dans la province d’Ancône, elle se trouve dans la vallée du fleuve Esino, à une vingtaine de kilomètres de la mer Adriatique. À vol d’oiseau, Jesi est proche du cours de l’Esino, auquel elle est vraisemblablement liée par son nom, les deux pouvant dériver d’une même dénomination ancienne.
Pourquoi cet éloignement du fleuve éponyme ? En contexte gaulois, l’implantation sur une hauteur dominant la vallée de l’Esino s’explique d’abord par une logique de contrôle territorial, particulièrement en zone de contact ou de frontière. Le choix du site implique un éloignement relatif du lit actif du fleuve, car une occupation directement en bord de berge aurait exposé l’habitat aux contraintes hydrologiques d’un cours d’eau potentiellement irrégulier (crues saisonnières, variations du lit dans une vallée non aménagée). La hauteur permet donc de résoudre cette tension initiale : elle conserve l’accès à la vallée et à ses ressources tout en plaçant l’habitat principal hors des zones les plus instables du système fluvial.
Une tradition légendaire attribue la fondation de Jesi au roi pélasgique Esio, vers 1500 av. J.‑C., ancêtre mythique des Étrusques et des Picéniens. Le nom de la ville, comme son emblème du lion rampant, serait issu de ce personnage. Cette tradition relève toutefois de l’étiologie légendaire et ne possède pas de valeur historique.
Selon une tradition historique plus tardive, le site aurait d’abord été occupé par les Ombriens à la frontière du territoire picénien. Au IVᵉ siècle av. J.‑C., la région passe sous le contrôle des Sénons, peuple gaulois installé dans l’Ager Gallicus. Ceux-ci occupaient une bande côtière des Marches comprise approximativement entre les vallées de l’Utens au nord et de l’Aesis au sud, ce dernier fleuve étant souvent considéré comme la limite méridionale de leur territoire.
Après la victoire romaine à la Bataille de Sentinum en 295 av. J.‑C. puis surtout après la campagne de 283 av. J.‑C., les Sénons furent soumis ou expulsés et l'Ager Gallicus fut intégré au domaine romain. Dans ce contexte, la ville d’Aesis apparaît comme un centre romanisé dans une région anciennement sénone (Fondation de la colonie d'Aesis).
C'est probablement ce cadre historique qui explique la remarque de Pomponius Mela selon laquelle Ancône marque la séparation entre peuples « gaulois » et « italiques » : à l’époque impériale, persistait encore le souvenir d’une frontière ancienne située sur l’Aesis.
Pour la cité correspondant à Jesi, la forme normalement attestée en latin est Aesis. Les habitants sont les Aesinates ou Aesinenses. Les sources latines classiques, notamment Pline l’Ancien et Ptolémée, connaissent la ville sous ce nom.
Le nom Aesis est également celui du fleuve voisin (l’actuel Esino), ce qui montre une forte cohérence entre hydronyme et toponyme dans la région. Il s’agit très probablement d’un nom ancien, antérieur à la romanisation, relevant d’un substrat pré-latin de l’Italie adriatique, ensuite intégré au latin sans étymologie transparente.
En revanche, la forme Aesium est beaucoup plus problématique. Elle ne constitue pas une variante latine solidement attestée pour la ville, mais relève d’une tradition indirecte et discutée. Dans certaines analyses modernes de la tradition de Strabon, la forme grecque Αἴσιος / Αἴσιον (généralement comprise comme désignant le fleuve) a été rapprochée ou réinterprétée, ce qui a conduit à évoquer un hypothétique toponyme Aesium. Le Dictionary of Greek and Roman Geography signale toutefois que cette forme n’est pas solidement établie et qu’elle ne repose que sur une transmission textuelle incertaine, probablement fautive ou secondaire dans la tradition manuscrite de Strabon. Il s’agit donc moins d’une forme attestée indépendante que d’une reconstruction ou d’une dérivation moderne sans statut propre dans les sources antiques.
Très hypothétiquement, Xavier Delamarre (2012) a proposé de rapprocher l’hydronyme Aesis du théonyme Esus, sous la forme d’un possible « fleuve d’Esus ». Cette hypothèse repose sur une ressemblance phonétique et sur des parallèles celtisants en hydronymie, mais elle demeure conjecturale, sans attestation antique ni démonstration historique, l’explication par un substrat pré-latin restant la lecture la plus prudente.
Tite-Live, Histoire romaine, VI, 35 :"Enfin, les Sénons, qui viennent en dernier, prennent possession de la contrée qui est située entre le fleuve Utens et l'Aesis."
Pomponius Mela, Description de la Terre, II, 57 :"Du Pô à Ancône on rencontre Ravenne, Ariminum, Pisaure, la colonie de Fanestris, les fleuves Métaurus et Aesis. Ancône, ainsi nommée par les Grecs à cause de sa position dans l'angle formé par deux promontoires, dont la direction oblique fait une espèce de coude, est comme le point de séparation des peuples gaulois et italiques."