Aliso / Alisone — Ce toponyme nous est attesté dans plusieurs sources antiques. Velleius Paterculus mentionne, sans le nommer, le camp d'hiver de Tibère « près de la source de la Lippe » (Historia Romana, II, 105), puis le fort d'Aliso, où les troupes romaines commandées par Lucius Caedicius résistent après le désastre de Varus (Historia Romana, II, 120). Tacite mentionne à son tour le castellum aliso dans le contexte de la campagne de Germanicus et des fortifications établies entre Aliso et le Rhin (Annales, II, 7). Dion Cassius évoque enfin une forteresse établie par Drusus au confluent de la Lippe et de l’Elison (Histoire Romaine, LIV, 33) ; toutefois, Elison est présenté comme un hydronyme et ne doit pas être assimilé automatiquement à Aliso.
L'identification longtemps proposée était Elsen (Paderborn), notamment Th. Mommsen , qui rapprochait également ce secteur du camp d’hiver de Tibère mentionné par Velleius Paterculus (Historia Romana, II, 105). Cette hypothèse reposait notamment sur la proximité de la Lippe et sur le rapprochement toponymique Aliso / Elsen (Mommsen, 1885). X. Delamarre maintient d'ailleurs cette localisation (Delamarre, 2012, p.47 ; 2019, p.48). La découverte du camp romain d’Anreppen, à proximité, a toutefois fourni une autre localisation archéologiquement attestée pour le camp de Tibère, tandis que Haltern am See est aujourd’hui généralement privilégié pour Aliso.
L'hypothèse Elsen = Aliso est ancienne. Elle remonte notamment à Ferdinand von Fürstenberg au XVIIᵉ siècle et a ensuite été défendue par des chercheurs importants, dont Th. Mommsen. Elle reposait notamment sur la proximité de la Lippe et la correspondance entre les noms Elsen / Aliso / Elison (www.paderborn.de, Hellweg-Original jetzt zu sehen). Mais l'archéologie d'Elsen pose un problème majeur : aucun camp romain correspondant à Aliso n'y a été découvert. Les recherches menées dans le secteur n'ont pas livré les installations militaires attendues. En revanche, le camp romain d'Anreppen, découvert en 1968, se trouve à seulement quelques kilomètres d'Elsen.
À l'inverse, Haltern possède un ensemble archéologique exceptionnellement compatible avec le récit antique. Le complexe militaire est important, et surtout les fouilles ont révélé des indices correspondant à une occupation après la défaite de Varus en 9 apr. J.‑C. et à un épisode de siège : dispositifs défensifs supplémentaires, projectiles et autres indices. C'est précisément ce qui a conduit Rudolf Aßkamp et la Commission archéologique de Westphalie à considérer en 2010 que les indices archéologiques renforçaient fortement l'identification Haltern = Aliso(www.lwl.org, Haltern war wohl das antike Alison). Le site de Haltern est d'ailleurs aujourd'hui présenté par le LWL(1) sous le nom de « Römerbaustelle Aliso », même si la formulation scientifique reste « Haltern war wohl das antike Aliso » — autrement dit, « Haltern était probablement l'antique Aliso », et non une démonstration épigraphique absolue (www.lwl-roemermuseum-haltern.de, Research and history). Wikipédia présente Aliso → Haltern comme un fait établi (Wikipedia, Haltern am See), alors que la page spécialisée Aliso (camp romain) est déjà plus prudente : elle rappelle que la localisation a fait l’objet de plusieurs hypothèses et que la publication de 2010 conclut en termes de probabilité.
Notes: (1)Landschaftsverband Westfalen-Lippe : c’est l’organisme territorial public qui intervient notamment dans le patrimoine, l’archéologie et les musées de Westphalie-Lippe.
Sources littéraires antiques
Velleius Paterculus, Histoire Romaine, II, 105 : "...] Cette année-là, la campagne d'été, prolongée jusqu'au mois de décembre nous apporta l'avantage d'une immense victoire. Alors que l'hiver rendait les Alpes presque impraticables, l'amour de sa famille attira César à Rome. Au début du printemps, le souci de défendre l'empire le ramena en Germanie, et c'est au milieu même du territoire de ce pays, près de la source de la Lippe, qu'avant son départ il avait établi ses quartiers d'hiver.
Velleius Paterculus, Histoire Romaine, II, 120 : "...] Il faut louer aussi le courage du préfet du camp, Lucius Caedicius et celui des soldats que d'immenses troupes de Germains cernèrent et assiégèrent avec lui à Alison. Ils surmontèrent toutes les difficultés que le manque de tout et la puissance des ennemis rendaient intolérables et insurmontables et, évitant à la fois toute résolution téméraire et toute lâche prévoyance, ils guettèrent l'occasion favorable et s'ouvrirent par le fer le chemin du retour. Comme on le voit par cet exemple, c'est bien parce qu'il n'avait pas l'esprit de décision d'un général et non parce que ses soldats manquaient de courage que Varus qui était par ailleurs un homme sérieux et plein d'excellentes intentions, se perdit lui-même avec la plus belle des armées. [...
Tacite, Annales, II, 7 : "En attendant que sa flotte fût rassemblée, César envoya Silius avec un camp volant faire une incursion chez les Chattes. Lui-même, instruit qu'on assiégeait un fort établi sur la Lippe (1), y mena six légions. Silius, à cause des pluies qui survinrent, ne réussit qu'à enlever un peu de butin, avec la femme et la fille d'Arpus, chef des Chattes. Quant à César, les assiégeants ne lui fournirent pas l'occasion de combattre, s'étant dispersés à la nouvelle de son approche. Cependant ils avaient détruit le tombeau élevé dernièrement aux légions de Varus et un ancien autel consacré à Drusus. César releva l'autel, et rendit honneur à son père en défilant alentour à la tête des légions : il ne crut pas devoir rétablir le tombeau. Tout le pays situé entre le fort Aliso et le Rhin fut retranché et fermé par de nouvelles barrières.
Dion Cassius, Histoire Romaine, LIV, 33 : "...] Vaincus par suite de ce désordre, ils perdirent leur audace et se contentèrent de harceler de loin les Romains sans approcher; de sorte que Drusus, les méprisant à son tour, éleva contre eux une forteresse au confluent de la Lippe et de l'Elison et une autre chez, les Cattes sur le bord même du Rhin.[..."
Sources: • X. Delamarre, (2012) - Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne, Errance, Paris, 384p.
• X. Delamarre, (2013) - "Une récurrence de la toponymie vieille-celtique : les formations en nasale -(h3)on- faites sur un théonyme du type Vesontiō (locus) ← Vesontis (deus)", in : J. L. García Alonso (ed.), Continental Celtic word formation : the onomastic data, Ediciones Universidad de Salamanca, Salamanca, pp.175-180
• Th. Mommsen, (1885) - "Les provinces de César à Dioclétien." Histoire romaine. Vol 5, Weidmann, Berlin
• X. Delamarre, (2019) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (I. Ab- / Ixs(o)-), Les Cent Chemins, 398p.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique