Annóit mac Ethióir / Andóit / Andóid — Personnage de la mythologie irlandaise à fonction cosmogonique. Dans le Cethri Arda in Domain (Les Quatre points cardinaux du monde), il est l’un des quatre hommes associés aux quatre points cardinaux et chargés de conserver le senchas d’une partie du monde, les trois autres étant Fintán mac Bóchrai, Ferén mac Sistén et Fors mac Electra. Contrairement à Fintán, explicitement associé à l’Espagne et à l’Irlande, Annóit n’est jamais présenté dans le Cethri Arda in Domain comme ayant séjourné en Irlande. Le texte l’associe au Sud du monde, dont il conserve le senchas — l’histoire et la tradition — de cette partie du monde, depuis l’Océan Cantabrique(1) jusqu’à la mer Torrén(2). Il meurt ensuite en Corse(3) du temps de Cormac mac Airt (3ᵉ s. ap J.‑C.) (Best & Bergin, 1929, p.305 ; Le Roux & Guyonvarc'h, 1981, pp.304-305 ; Jouët, 2012, p.842). Annóit est présenté comme fils de Ethiór, fils de Cais, fils de Caïn, fils de Noé : il est donc arrière-petit-fils de Caïn et arrière-arrière-petit-fils de Noé. Cette généalogie inscrit directement Annóit dans la lignée biblique antédiluvienne, ce qui donne au personnage une profondeur généalogique et chronologique particulière : il n’est pas seulement le gardien du Sud, mais un personnage rattaché à la descendance de Noé. Cela renforce précisément l’idée, présente dès l’ouverture du texte, de quatre gardiens chargés de conserver l’histoire du monde issu de la race d’Adam. Pour R. A. S. Macalister, une même quaternité sous-jacente se retrouve dans la liste des quatre personnages qui auraient survécu au Déluge, chacun représentant l’une des quatre régions du monde : Fionntáin, Fearon, Fors et Andóid mac Eathóir. Il relève qu’Eathóir/Ethór réapparaît dans la tradition comme l’un des personnages qui clôturent la lignée dynastique des Túatha Dé Danann et propose, en raison des altérations que les noms propres ont pu subir au cours de leur transmission, de reconnaître dans Ferén et Andóit deux des prétendus fils de Nemed, appelés Fergus et Ainnind(Macalister, LGE II, p. 175). Macalister présente ce rapprochement comme un exemple du « terrible imbroglio » résultant de la transmission et de la superposition de ces traditions (Macalister, LGE III, p.87). Cette hypothèse fournit ainsi un possible rattachement de Ferén et d’Andóit à la tradition des Túatha Dé Danann, mais elle ne résout pas pour autant la composition de la quaternité : Fintán, figure d’une antiquité exceptionnelle, relève d’une tradition qui lui est propre, tandis que Fors ne paraît pas davantage pouvoir être intégré à ce cadre. La remarque de Macalister doit donc être comprise comme une tentative d’identifier certaines strates généalogiques et onomastiques sous-jacentes à la liste, plutôt que comme une explication générale de la quaternité ; l’hétérogénéité des quatre personnages pourrait au contraire témoigner du caractère composite des traditions réunies dans le récit. Le Roux et Guyonvarc’h interprètent les quatre personnages comme les « régents » des quatre régions du monde. Le nom Annóid est par ailleurs attesté comme nom commun en vieil-irlandais, avec le sens de « ancienne fondation ecclésiastique, église contenant des reliques » (Le Roux & Guyonvarc’h, 1986, p.364), ou « église-mère, église prééminente, liée à un saint patron et à l'origine d'autres fondations » (eDIL, andóit). Une troisième hypothèse, peu convaincante, émanant du Cóir Anmann, explique le surnom de Fergus Andót par an-dóit, « aux bras courts », voire « qui n’a pas d’avant-bras ». Cette étymologie, de caractère manifestement spéculatif, n’est pas à retenir. On remarquera toutefois que ce personnage, qui n’est attesté nulle part ailleurs, porte précisément l’association des deux noms Fergus et Andóit, soit les deux formes que Macalister rapproche respectivement de Ferén et Ainnind dans son hypothèse sur les fils de Nemed (Cóir Anmann, Entrée 236).
Les noms des quatre qui pratiquaient la justice, et que Dieu sauva au temps du Déluge, sont Fintán, Feron, Fors, le doux et le juste, et Andóid, fils d’Ethór.
Fors, il l’établit dans les contrées de l’Est, Feron fut préservé dans le froid du Nord, Fintán demeura sain et sauf près du couchant, et Andóid dans le Sud.
Bien que les seanchaithe(4) les comptent parmi ceux-ci, les Canons sacrés enseignent pourtant qu’aucun autre, sinon Noé et ses fils, avec lui dans l’arche, et les épouses de ceux-ci, ne fut sauvé.
Ce poème cité par Keating ne semble pas pouvoir être attribué avec certitude à un auteur ou à une œuvre identifiés : Keating le présente comme un texte déjà composé par un auteur antérieur, qu’il rapporte pour mettre en regard la tradition des quatre survivants du Déluge et la doctrine chrétienne. Les deux premiers quatrains exposent une tradition structurée selon les quatre régions du monde — Fors à l’Est, Ferén au Nord, Fintán à l’Ouest et Andóit au Sud — tandis que le dernier la réfute au nom des Canons sacrés, qui ne reconnaissent comme survivants du Déluge que Noé, ses fils et leurs épouses. Le poème paraît ainsi conserver une tradition distincte que son cadre chrétien cherche précisément à corriger, mais son origine et sa date restent indéterminées (Keating, 1857, p.109-110).
Notes: (1)Désignation ancienne de la partie de l’océan Atlantique située au nord de la péninsule Ibérique, correspondant approximativement à l’actuelle mer Cantabrique et au secteur méridional du golfe de Gascogne. (2)Mer Tyrrhénienne (3)Corsic — Probablement la Corse. Le Cethri Arda in Domain situe la mort d’Annoit « en Corsic, sur la mer Torrén », c’est-à-dire dans le cadre géographique de la mer Tyrrhénienne. L’identification paraît naturelle, même si la géographie générale du passage reste en partie traditionnelle et difficile à superposer exactement à la géographie moderne. (4)Les antiquaires.
Sources: • R. I. Best, O. Bergin, Osborn (1929) - Lebor na hUidre: Book of the Dun Cow, Dublin, Royal Irish Academy, 340p.
• Ph. Jouët, (2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• G. Keating, (1857) - The history of Ireland from the earliest period to the English invasion, (Trad: J. O'Mahony), P. M. Haverty, 746p.
• F. Le Roux - Ch.-J. Guyonvarc'h, (1986) - Les Druides, Ouest-France, 448p.
• R.A.S. Macalister, (1939) - Lebor Gabala Erenn. The Book of the Taking of Ireland II
• R.A.S. Macalister, (1940) - Lebor Gabala Erenn. The Book of the Taking of Ireland III, 214 p.
• W. Stokes, (1891) "Cóir Anmann". in W. Stokes & E. Windisch (eds.), Irische Texte mit Wörterbuch, Dritte Serie, Heft 1. Leipzig, Verlag von S. Hirzel, pp. 285–411
• Electronic Dictionary of the Irish Language (http://www.dil.ie.\)
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique
LIENS ANALOGIQUES
• Annind mac Nemid [personnages de la mythologie irlandaise (de Abba à Aurthacht)]
• Cormac mac Airt [personnages de la mythologie irlandaise (de Caelbad à Cutra)]
• Ethiór mac Cais [personnages de la mythologie irlandaise (de Eang à Eua)]
• Ferén mac Sistén [personnages de la mythologie irlandaise (de Fachtna à Furbaide)]
• Fergus Lethderg mac Nemid [personnages de la mythologie irlandaise (de Fachtna à Furbaide)]
• Fintán mac Bóchrai [personnages de la mythologie irlandaise (de Fachtna à Furbaide)]
• Fors mac Electra [personnages de la mythologie irlandaise (de Fachtna à Furbaide)]
• Noe mac Lamiach [personnages de la mythologie irlandaise (de Naoise à Nuadhat Neacht)]
• Quatre points cardinaux du monde (Les) [textes mythologiques irlandais (Les)]