Findabair ingen Ailella / Finnabair — Personnage de la mythologie irlandaise. Findabair est la fille d’Ailill mac Mata et de Medb, le couple royal du Connacht. Elle apparaît dans trois récits majeurs de la littérature irlandaise où elle assume des rôles sensiblement différents. Cette diversité fait d’elle un personnage particulièrement intéressant du cycle héroïque.
Táin Bó Fráich
Dans la Razzia des vaches de Fráech (Táin Bó Fráich), Findabair est avant tout l’amante de Fróech. Elle tombe amoureuse du héros en raison de sa renommée et de sa beauté, lui remet un anneau en gage de leur amour et prend même le risque de désobéir à ses parents pour lui sauver la vie. Elle apparaît ici comme une jeune femme capable d'exprimer ses propres sentiments et d'agir pour celui qu'elle aime. Son histoire avec Fróech constitue une véritable intrigue amoureuse, dans laquelle elle joue un rôle actif. Findabair n’est donc pas simplement la fille de Medb et d’Ailill destinée à épouser Fróech. Elle est une véritable actrice de l’intrigue : son amour pour Fróech provoque une partie des événements et elle intervient directement pour lui sauver la vie. Le récit oppose également deux conceptions du mariage. Ailill et Medb envisagent l’union de leur fille principalement sous un angle politique et matériel, à travers la dot, les troupeaux et l’alliance militaire. Findabair, au contraire, l’envisage avant tout comme une affaire d’amour et de choix personnel. Le texte insiste enfin sur l’admiration de Findabair pour la beauté de Fróech. Lorsqu’elle le voit traverser la rivière, elle décrit longuement son corps, son visage, ses cheveux, ses yeux et sa jeunesse. Le récit inverse ainsi en partie le schéma traditionnel du héros admirant la beauté de l’héroïne : ici, c’est Findabair qui contemple et désire le héros (Byrne & Dillon, 1937).
Fled Bricrenn
Dans le Festin de Bricriu (Fled Bricrenn), son rôle est beaucoup plus secondaire et lié à la cour d’Ailill et de Medb. Elle apparaît aux côtés de sa mère lorsque les héros d’Ulster — Cú Chulainn, Conall Cernach et Lóegaire Búadach — arrivent à Crúachain et participe à leur accueil. Elle observe notamment les champions et décrit leur apparence, leurs chars, leurs chevaux et leur équipement. Elle appartient ainsi au cadre de l’hospitalité royale et contribue à la mise en valeur des héros. Son rôle est celui d'une princesse et d'une hôtesse, intégrée au cérémonial de la cour (Henderson, 1899).
Táin Bó Cúailnge
Dans la Razzia des vaches de Cooley (Táin Bó Cúailnge), son personnage prend une dimension beaucoup plus sombre. Findabair devient un enjeu matrimonial et diplomatique entre les mains de sa mère Medb. Sa beauté et sa position de fille du couple royal sont utilisées pour attirer, récompenser ou retenir différents guerriers. Elle est notamment promise à plusieurs hommes afin de favoriser les intérêts militaires de Medb. Ses relations avec les guerriers contribuent ainsi à provoquer rivalités, combats et morts. Dans cette perspective, Findabair peut être qualifiée, dans une lecture moderne, de « femme fatale », non parce qu’elle chercherait délibérément à provoquer la mort des hommes, mais parce que sa beauté et les promesses matrimoniales qui lui sont associées deviennent un facteur de destruction. Prenant finalement conscience des conséquences tragiques des promesses faites en son nom, Findabair meurt de honte. Son destin dans la Táin Bó Cúailnge contraste ainsi fortement avec celui qu'elle connaît dans la Táin Bó Fráich : d'amante choisissant librement Fróech, elle devient progressivement une monnaie matrimoniale et diplomatique, avant de devenir elle-même victime de la politique de sa mère (Guyonvarc'h, 1995).
Ces trois représentations dessinent donc trois figures différentes de Findabair : l’amante dans la Razzia des vaches de Fráech, la princesse-hôtesse dans le Festin de Bricriu, et la figure féminine dangereuse et instrumentalisée dans la Razzia des vaches de Cooley. Cette évolution est d’autant plus intéressante que, dans les trois récits, son identité reste fondamentalement liée à sa position de fille d’Ailill et de Medb. Elle passe ainsi d’une femme qui choisit elle-même son amour à une princesse intégrée au cérémonial royal, puis à une femme dont le mariage et la sexualité sont utilisés comme instruments de pouvoir.
Findabair est étymologiquement rapproché de Gwenhwyfar (Guenièvre). Vendryes met explicitement en parallèle les deux formes Findabair et Gwenhwyfar, en rapprochant notamment l’irlandais siabhar, « charme, enchantement », et son dérivé siabartha, « fantômal », du gallois bwyfar (Vendryes, 1929, p.264). Cette comparaison a conduit à rapprocher sémantiquement les deux noms, traditionnellement interprétés comme « blanc fantôme » ou « blanche apparition ». Le vieil-irlandais siabair signifie « fantôme, esprit, fée » (eDIL, siabair). Jouet (2012, p.451) relève également la correspondance entre Findabair et Gwenhwyfar.
Sources: • M. E. Byrne, M. Dillon, (1937) - "Táin Bó Fraích", Études celtiques, 2-3, pp. 1-27
• Ch.-J. Guyonvarc'h, (1995) - La razzia des vaches de Cooley, Gallimard, 326p.
• G. Henderson, (1899) - "The Feast of Bricriu", Irish Society, 2, Dublin, 217p.
• Ph. Jouët, (2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• J. Vendryès, (1929) -,"Remarques de vocabulaire", Revue Celtique, XLVI, p. 252–267.