Iseult (la reine d’Irlande) / Yseult — Personnage secondaire mais important dans la légende de Tristan et Iseult. Elle est la mère d’Iseult la Blonde et l’épouse du roi d’Irlande, Gormond. Sœur de Morholt, elle appartient à une famille étroitement liée aux principaux événements qui précèdent la rencontre de Tristan et d'Iseult.
Figure d'autorité et de savoir, elle possède des connaissances réputées en médecine et en préparation de remèdes. C'est elle qui prépare le poison dont est enduite la pointe de l'épieu de son frère Morholt, un champion redouté envoyé pour exiger un tribut du royaume de Cornouailles. Lors du combat singulier entre Morholt et Tristan, qui voit la défaite et la mort de Morholt, ce poison contribue à la blessure du héros. Incapable de guérir en Cornouailles, Tristan se rend alors en Irlande sous le nom de Tantris, se faisant passer pour un ménestrel, afin d'être soigné par la reine, dont la renommée de guérisseuse est connue jusqu'à l'étranger. Sans reconnaître immédiatement l'homme qui a causé la mort de son frère, elle le soigne et le ramène à la santé. Paradoxalement, elle contribue indirectement à blesser Tristan, puis elle le sauve en le guérissant.
Elle est également et surtout connue pour son rôle dans la fabrication du philtre d'amour, breuvage sensé sceller l’union de sa fille avec le roi Marc, qu'elle confie à sa servante Brangien. Mais le philtre, en agissant comme une force de destin indépendante des volontés humaines, échappe à sa finalité première Le philtre est ensuite bu par erreur par Tristan et Iseult la Blonde lors du voyage en mer, ce qui déclenche leur passion tragique.
L’étymologie d’Iseult (Essylt en gallois) reste incertaine et discutée. Certaines hypothèses rapprochent le nom de formes galloises telles que eissilydd / esilydd (celt. silo-), associées à l’idée de « descendant » ou de « postérité » (Delamarre, 2019). Dans cette perspective, le nom pourrait renvoyer à une notion de lignée ou d’« enfant attendu », hypothèse également discutée par Lambert, cité par Delamarre (2019 ; 2023). D’un autre côté, il y a une analyse plus verbale qui relie le nom au verbe gallois syllu (celt. ad-sillio-/assilo-/axilo-) « regarder, observer, fixer du regard ». On obtiendrait un sens proche de « celle qui est regardée », « la remarquable », ou même « l’admirable », que l'on peut comparer au latin mirandus (« digne d’admiration ») (Delamarre, 2019).
Dans le contexte de la légende de Tristan et Iseult, ce type d’étymologie est intéressant parce qu’il rejoint assez bien le statut du personnage : Iseult la blonde est à la fois « celle qu’on désire », « celle qu’on regarde », et au centre d’un récit fondé sur l’attraction irrésistible du regard et du désir. Cependant, ces reconstructions restent hypothétiques et s'appliquent d'ailleurs davantage à Iseult la Blonde qu'à ses deux homonymes.
Sources: • J. Bédier, (1900) - Le Roman de Tristan et Iseut. Paris, Hachette.
• X. Delamarre, (2019) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (I. Ab- / Ixs(o)-), Les Cent Chemins, 398p.
• X. Delamarre, (2023) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (II. Lab- / Xantus), Les Cent Chemins, 570p.
• R. Louis, (1950) - Tristan et Iseult, Paris, Librairie José Corti.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique