Arrabona — Toponyme figurant sur l'itinéraire d'Antonin de Vienne à Ptuj (261, 8), entre Sabaria (Szombathely) et Alicano (Sveti Martin na Muri). Généralement, Arrabona est identifiée à Györ, mais cette localisation est difficilement compatible avec le tracé d’un itinéraire transversal pannonien tel que celui décrit dans ce segment. Le positionnement proposé dans cet itinéraire correspond beaucoup mieux à Körmend.
Körmend est aujourd’hui une ville de Hongrie située dans le comitat de Vas, traversée par la rivière Rába (nom antique Arrabo), laquelle se jette dans le Danube à Györ (l’autre Arrabona). La présence de cet axe fluvial en fait une candidate plausible pour un relais routier romain (mansio ou mutatio). Cependant, l’archéologie y révèle une présence romaine relativement modeste : il s’agit surtout de trouvailles dispersées, sans mise en évidence d’une structure urbaine clairement identifiée.
L’homonymie d’Arrabona s’explique par le fait que ce nom est normalement associé à Györ, en lien direct avec la rivière Rába (Arrabo). Or, il est possible que cet hydronyme ait servi à désigner non seulement le grand centre situé à son embouchure sur le Danube, mais aussi plusieurs points situés en amont le long de son cours, dont un éventuel relais à Körmend. Dans ce contexte, la transmission des itinéraires antiques, notamment ceux de l’Itinerarium Antonini, joue un rôle crucial : les listes, copiées et recopiées au fil du temps, ont pu entraîner des glissements de noms d’un site à un autre. Il en résulte la coexistence de deux réalités possibles sous une forme toponymique proche, celle d’un centre majeur bien attesté à Györ et celle d’un relais secondaire plus discret à Körmend, tous deux potentiellement rattachés, directement ou indirectement, au même substrat hydronymique.
Dans le cas d’Arrabona, la tentation de lire un composé gaulois suffixé en *-bona au sens de “fondation” est trompeuse : la forme renvoie très probablement avant tout à l’hydronyme Arrabo (la rivière Rába), auquel s’ajoute un suffixe ancien de type -na / -ona, typique des formations hydronymiques héritées du substrat celtique ou pré-latin. On obtient ainsi une dérivation d’abord liée au nom du cours d’eau, comme dans d’autres exemples européens où les hydronymes structurent la toponymie locale, avant que le nom ne soit réinterprété comme désignant un site humain installé sur ses berges. Arrabona n’est donc pas une “fondation” au sens de *-bona, mais plutôt un toponyme secondaire issu d’un hydronyme, ensuite stabilisé et réutilisé dans les traditions administratives et routières romaines.
Sources: • Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique