Bassianae – Ce toponyme apparaît dans les sources antiques sous la forme Bassiana dans l’itinéraire d'Antonin de Szombathely à Szöny (262, 10), sur la route reliant Sabaria (Szombathely) à Mursella (Kisárpás). Il apparait également sous la même forme dans le Géographie de Ptolémée (Pannonie inférieure par Ptolémée).
Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, certains auteurs ont proposé une localisation vers Sárvár, sur la base d’interprétations larges ou approximatives des sources anciennes. Aujourd’hui, la recherche archéologique et historique s’accorde sur une localisation à Donji Petrovci (Syrmie, Voïvodine, Serbie), appuyée par les inscriptions antiques, les vestiges urbains et la cohérence avec le réseau routier de la Pannonie inférieure.
Les inscriptions découvertes à Donji Petrovci montrent que Bassianae avait le statut de colonie romaine (colonia Bassianensium). Cela implique une romanisation très avancée, une intégration complète dans le système impérial, ainsi qu’une élite municipale pleinement romanisée et une organisation civique structurée. On y observe également la vénération de Jupiter Optimus Maximus, la pratique du culte impérial et une administration municipale développée.
La cité est intégrée initialement dans la province de Pannonie, puis rattachée à la Pannonie inférieure vers 105 apr. J.-C., avant d’être intégrée à la Pannonie seconde vers 296 apr. J.-C. à la suite des réformes tétrarchiques. Elle est finalement détruite lors des invasions des Vᵉ et VIᵉ siècles.
Bassianae était située entre le Danube et la Save, dans une zone de plaine alluviale humide, sur des terrains légèrement surélevés et plus stables. Aujourd’hui, Donji Petrovci est un village rural de moins de mille habitants qui n’a plus de continuité urbaine avec la cité antique.
INSCRIPTIONS DE DONJI PETROVCI MENTIONNANT BASSIANAE
Donji Petrovci (CIL III, 10197) I(OVI) O(PTIMO) M(AXIMO) PRO SA[L]VT[E] ET REDITV IMP(ERATORIS) MARC(I) AVR(ELI) ANTONINI AVG(VSTI) ET [I]VL[I]AE AVG(VSTAE) MATRIS CASTRORVM [ET SENA]TVS (A)EL(IVS) [S]VRVS DEC(VRIO) COL(ONIAE) BASS(IANARVM) [ET(?)] IIVI[R ...] V(OTVM) M(ERITO) [P(OSVIT)]
"À Jupiter Très Bon et Très Grand, pour le salut et le retour de l’empereur Marc Aurèle Antonin Auguste et de Julia Augusta, mère des camps et du Sénat, Aelius Surus, décurion de la colonie de Bassianae, et (probablement) les duumvirs [...] ont accompli leur vœu comme il se doit."
Donji Petrovci (CIL III, 10203) I(OVI) O(PTIMO) M(AXIMO) I(VNONI) R(EGINAE) M(ARCVS) ANT(ONIVS) PROCVLIANVS DEC(VRIO) COL(ONIAE) BASS(IANAE) V(OTVM) P(OSVIT) L(IBENS) M(ERITO)
"À Jupiter Très Bon et Très Grand et à Junon Reine, Marcus Antonius Proculianus, décurion de la colonie de Bassianae, a accompli son vœu volontiers comme il se doit."
"À Cornelia Salonina, très sainte Auguste, épouse de notre empereur invincible, la res publica des Bassianenses, très dévouée à sa divinité, (a dédié ce monument)."
Donji Petrovci (CIL III, 10207) COL(ONIA)] BAS(SIANA) [...]S
"Colonie de Bassianae, [...]s."
Donji Petrovci (CIL III, 15135) C(AIO) NON(IO) MARCELLO Q(VAESTORI) D(ESIGNATO) C(AI) NON(I) MARCI DEC(VRIONIS) FIL(IO) VIX(IT) AN(NOS) XX ET C(AIO) NON(IO) PRISCIANO Q(VAESTORI) D(ESIGNATO) NEPOTI VIX(IT) ANN(OS) IX C(AIVS) NON(IVS) MARCVS DEC(VRIO) COL(ONIAE) BAS(SIANENSIVM) ET VLP(IA) VALENTINA MATER VIVI POSVERVNT
"À Caius Nonius Marcellus, questeur désigné, fils de Caius Nonius Marcus, décurion, qui vécut 20 ans, et à Caius Nonius Priscianus, questeur désigné, petit-fils, qui vécut 9 ans, Caius Nonius Marcus, décurion de la colonie des Bassianenses, et Ulpia Valentina, leur mère encore vivante, ont fait élever (ce monument)."
Donji Petrovci (AE-2005, 1240) I(OVI) O(PTIMO) M(AXIMO) P(VBLIVS) AE(LIVS) CE(N)SORINVS D(ECVRIO) COL(ONIAE) BAS(SIANENSIVM) EX VOTO POSVIT
"À Jupiter Très Bon et Très Grand, Publius Aelius Censorinus, décurion de la colonie des Bassianenses, a accompli son vœu."
CORPUS ÉPIGRAPHIQUE DE DONJI PETROVCI
Le corpus épigraphique provenant de Donji Petrovci, identifié à l’ancienne Bassianae, est constitué d’un ensemble important d’inscriptions principalement conservées sur support lapidaire, appartenant à la province de Pannonie inférieure, puis intégrées dans les cadres administratifs ultérieurs de la Pannonie tardive.
L’ensemble des textes recensés dans les bases modernes (CIL III, ILJug, AE, Dautova-Ruševljan et autres catalogues) montre une remarquable homogénéité thématique et institutionnelle. La majorité des inscriptions sont des dédicaces religieuses adressées à Jupiter Optimus Maximus, souvent associées à des formules votives classiques telles que votum solvit libens merito. Ces textes sont fréquemment émis par des individus occupant des fonctions militaires ou administratives, comme des beneficiarii consularis, des vétérans ou des décurions de la colonie.
Un second groupe important est constitué par les inscriptions funéraires, qui témoignent de la structure sociale de la cité. On y observe des familles de statut élevé, incluant des décurions, des vétérans, des membres de l’administration locale et des individus destinés aux charges publiques (quaestores designati, duumviri), ce qui confirme l’existence d’une élite municipale pleinement intégrée au modèle civique romain.
Les inscriptions impériales et publiques occupent également une place significative, notamment les dédicaces à la famille impériale et à la res publica Bassianorum, qui attestent du rôle actif de la cité dans le culte impérial et dans la représentation officielle de la loyauté municipale envers l’empereur.
Sur le plan religieux, le culte de Jupiter Optimus Maximus domine très largement, parfois associé à Junon Regina ou à des divinités secondaires comme Silvanus. Cette centralité du culte capitolin, associée aux formules votives standardisées, indique une forte intégration dans la religion civique romaine.
Sur le plan institutionnel, la mention récurrente de la colonia Bassianensium confirme le statut colonial de la cité et l’existence d’une organisation municipale structurée, avec des décurions et des magistratures locales clairement attestées.
Enfin, le corpus comprend quelques inscriptions fragmentaires ou lacunaires, souvent difficiles à restituer, mais qui confirment néanmoins l’existence continue d’un environnement épigraphique actif entre le IIᵉ et le IIIᵉ siècle, avec des prolongements au IVe siècle dans certains cas.
L’ensemble des inscriptions de Donji Petrovci ne présente pas une diversité exceptionnelle de types épigraphiques, mais une forte cohérence interne. Il s’agit d’un corpus typique d’une colonie romaine de Pannonie, caractérisée par une élite municipale romanisée, une domination du culte de Jupiter Optimus Maximus, une présence marquée du culte impérial et une organisation civique stable. La répétition des formules, des fonctions et des structures sociales confirme l’image d’une cité pleinement intégrée au système administratif et religieux de l’Empire romain.