CONCEPTION DE MONGÁN

Mythes, légendes, textes mythologiques
Titre Original: Compert Mongán
Cycle(s): Cycle d'Ulster
Type(s): Compert
Manuscrit(s): Lebor na hUidre, Yellow Book of Lecan, H.3.18, 23.N.10, Egerton 88

La conception de Mongan (Compert Mongán) — Récit irlandais médiéval conservé dans plusieurs témoins manuscrits. Il raconte la conception de Mongán mac Fíachnai, dans des circonstances qui mettent en jeu Manannán mac Lir. Le récit est conservé dans les manuscrits suivants : Lebor na hUidre, p. 133a, fragmentaire ; Yellow Book of Lecan, II.2.16, pp. 911–912 ; H.3.18, p. 555 ; 23.N.10 (Royal Irish Academy), pp. 63–64 ; Egerton 88, fol. 15b.

Ce récit se rattache à la tradition ulate, tout en faisant intervenir des motifs et personnages relevant de la tradition mythologique. Les différents témoins présentent des états du récit qui peuvent différer dans leur formulation et leur développement. La version donnée ici est celle établie par Kuno Meyer en 1895 à partir de leur collation.

Résumé

Ce texte raconte la conception et la naissance de Mongán mac Fíachnai en jouant sur une double identité paternelle. Alors que Fíachna est menacé par un adversaire redoutable, une intervention surnaturelle permet de sauver la situation : Manannán mac Lir intervient dans les événements et obtient que la femme de Fíachna lui accorde ses faveurs, afin qu’elle enfante un fils exceptionnel. Après la victoire, Fíachna retourne dans son pays ; son épouse, enceinte, donne naissance à Mongán, officiellement présenté comme fils de Fíachna. Le récit révèle ensuite que Mongán est en réalité le fils de Manannán mac Lir, tout en conservant pour lui la désignation de mac Fíachnai.

Le récit articule ainsi deux formes de filiation. La filiation humaine et sociale rattache Mongán à Fíachna et l’intègre à sa lignée ; la filiation surnaturelle le rattache à Manannán mac Lir. Le texte ne présente donc pas ces deux filiations comme nécessairement incompatibles : il fait précisément de leur coexistence le principe de l’identité de Mongán. La révélation finale de Manannán vient expliquer rétrospectivement pourquoi celui qui est appelé « Mongán mac Fíachnai » est en même temps présenté comme le fils de Manannán.

Fíachna Lurga, le père de Mongán, était l’unique roi de la province. Il avait un ami en Alba, à savoir Áedán mac Gabráin. Un message partit de lui vers Áedán ; un message partit d’Áedán vers Fíachna pour qu’il vienne à son secours. Il était en guerre contre les Saxons. Un guerrier redoutable leur fut amené pour tuer Áedán dans la bataille. Fíachna partit donc pour l’y rejoindre. Il laissa sa reine chez lui.

Tandis que les armées étaient en guerre en Alba, un homme remarquable se rendit auprès de sa femme dans sa forteresse de Ráith Mór de Mag Line. Il n’y avait pas beaucoup de monde dans la forteresse lorsqu’il y arriva. Il lui demanda de préparer un lieu de rencontre. La femme dit qu’il n’y avait au monde ni biens ni trésors pour lesquels elle ferait quoi que ce soit qui fût une honte pour l’honneur de son époux. Il lui demanda si elle le ferait pour sauver la vie de son mari. Elle répondit que, si elle le voyait en danger, elle lui porterait secours de tout ce qui serait en son pouvoir. Il lui dit alors de le faire, car son époux était en grand danger. Un homme redoutable avait été amené contre lui, qu’ils ne pouvaient […], et il mourrait de sa main. Si nous, toi et moi, nous nous unissons, tu enfanteras un fils de cette union. Ce fils sera célèbre : ce sera Mongán. J’irai moi-même au combat qui aura lieu demain, à la troisième heure, afin de le sauver, et je vaincrai le guerrier sous les yeux des hommes d’Écosse. Je raconterai à ton mari toute notre aventure, et que c’est toi qui m’as envoyé à son secours.

Il en fut ainsi. Lorsque les armées furent rangées face à face, les troupes virent quelque chose : un homme remarquable devant l’armée d’Áedán et de Fíachna. Il se rendit en particulier auprès de Fíachna et lui raconta l’entretien qu’il avait eu la veille avec son épouse, ainsi que la promesse qu’il lui avait faite de venir à son secours à cette heure-là. Puis il se porta devant l’armée, à la rencontre de l’autre, et vainquit le guerrier. Et l’armée ennemie fut mise en déroute devant Áedán et Fíachna.

Fíachna retourna alors dans son pays. La femme était enceinte et enfanta un fils, à savoir Mongán mac Fíachnai. Il remercia son épouse de ce qu’elle avait fait pour lui, et elle lui révéla toute son aventure. Ainsi, ce Mongán est fils de Manannán mac Lir, bien qu’il soit appelé Mongán fils de Fíachna. Car, lorsqu’il la quitta au matin, il laissa à la mère de Mongán un quatrain, disant :

Je suis retourné en ma demeure,
car est venue l’aube claire et lumineuse.
Je suis Manannán mac Lir,
l’homme qui est venu à toi.

Traduit par nos soins d'après la version de K. Meyer (1895)

Sources:
• Ph. Jouët, (2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• K. Meyer, (1895) -The Voyage of Bran, Son of Febal, to the Land of the Living, London, D. Nutt, 331p.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique