PAGUS APOLLINIS

Pagus Apollinis —  Chez les Allobroges, l’expression pagus Apollinis est généralement comprise comme la désignation d’un pagus placé sous l’influence ou la protection d’Apollon. Cela renvoie très probablement à une organisation territoriale à l’époque gallo-romaine, où certaines zones rurales pouvaient être associées à un culte dominant ou à un sanctuaire important dédié à une divinité. Dans ce cas, Apollon aurait joué un rôle central dans la romanisation religieuse de la région allobroge. Autrement dit, il ne s’agit pas d’un « pays d’Apollon » au sens politique, mais plutôt d’un territoire administratif et religieux structuré autour d’un culte apollinien, dans un contexte où les traditions gauloises et romaines se superposent.

Les chercheurs situent généralement ce pagus dans l’orbite de Vienne, plutôt dans le nord de l’Isère ou le Bas-Dauphiné, sans pouvoir aller plus précisément. L’idée centrale est donc celle d’un territoire allobroge romanisé dont l’identité locale était marquée par un culte d’Apollon, sans que l’on puisse en tracer les limites exactes aujourd’hui.

Le nom apparait dans une inscription (CIL XII, 2526) découverte à Annecy (Haute-Savoie), une lecture p(agi) Apollinis repose sur une abréviation développée. Le p peut être développé en pagus, et c’est l’expansion la plus logique dans un contexte territorial, mais il faut reconnaître que ce n’est pas écrit en toutes lettres. Autrement dit, on a une restitution quasi certaine, mais pas explicitement formulée. Ce qui est encore plus fragile, c’est tout le reste : à partir d’un simple P Apollinis, on infère un district, un sanctuaire, voire une structuration territoriale. Là, on passe clairement de la lecture épigraphique à l’interprétation historique.


Annecy (CIL XII, 2526)
CASTORI ET POLLVC(I) G(AIVS!) ATEIVS PECVLIAR(IS) P(RAEFECTVS?) P(AGI?) APOLLIN(IS?) EX STIPE DVPLA FACIENDVM CVRAVIT

"À Castor et Pollux, Gaius Ateius Peculiaris, préfet (?) du pagus Apollinis (?), a fait réaliser [ce monument] à partir d’une contribution, en en doublant le montant".


Cette unique inscription conservée est une dédicace à Castor et Pollux. Si on cherchait une preuve directe d’un « territoire organisé autour d’un culte apollinien », ce n’est clairement pas ça. Mais en réalité, ce n’est pas incohérent dans le contexte gallo-romain. Le nom d’un pagus peut dériver d’un sanctuaire, d’un lieu-dit ou d’une tradition antérieure, sans que toutes les inscriptions locales reflètent ce culte précis. Les pratiques religieuses sont plurielles : un même espace peut très bien porter un nom lié à Apollon tout en accueillant des dédicaces à d’autres divinités.

Cependant, on ne peut pas utiliser cette inscription pour prouver l’existence ou l’importance d’un culte apollinien local. Elle atteste seulement deux choses sûres : l’existence d’un P(agi) Apollinis (si on accepte le développement), et une dévotion aux Dioscures dans ce cadre. Donc, parler d’un « pagus dédié à Apollon » est déjà une extrapolation. Le dossier réel est beaucoup plus mince : un nom possiblement théophore, et une pratique cultuelle attestée… mais pour d’autres dieux.

Sources:
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique