Fer Caille - Figure brève mais très significative de la mythologie irlandaise apparaissant dans le Togail Bruidne Dá Derga. Il est présenté comme une figure profondément anormale et liminaire : homme à l’aspect sauvage, aux cheveux noirs coupés courts, il n’a qu’une main, qu’un œil et qu’un pied, et son corps est décrit de manière grotesque et disproportionnée (jambes massives comparées à des jougs, fesses comparées à des fromages suspendus, traits fixes et quasi inertes). Il porte un bâton de fer noir à la pointe sombre et transporte sur son dos une truie noire aux poils roussis poussant des cris continus, ce qui en fait une figure de marginalité radicale et de désordre, insérée dans la série de présages inquiétants entourant Conaire Mór. Il s’inscrit dans un imaginaire de figures chaotiques proches, par leurs traits, de l’univers des Fomoire sans y être explicitement rattachée dans le texte.
Dans l’épisode de Fer Caille et Cichuil, le récit met en jeu le geis de Conaire Mór interdisant qu’après le soir une compagnie composée d’un seul homme ou d’une seule femme entre dans l'Auberge : leur apparition comme couple isolé correspond à cette condition sans que le texte la formule explicitement, tandis que le porc noir du festin est généralement compris comme relevant d’une acquisition par razzia, en contradiction avec l’un des interdits royaux de Conaire, le texte ne nommant jamais ces transgressions mais les laissant déduire de la configuration des événements.
Narrativement, il est présenté comme un personnage étrange et dissonant dans l’ordre royal : il apparaît en couple avec Cichuil, est interrogé par Conaire, et son nom même le situe en dehors du monde civilisé de l'Auberge. Comme pour d’autres personnages du récit, sa fonction est moins psychologique que structurelle : il contribue à l’accumulation de signes d’anomalie et de rupture de l’ordre qui entourent le roi.
Fer Caille n’est pas construit comme un combattant actif dans le Togail Bruidne Dá Derga : il apparaît surtout dans la séquence des rencontres et de l’hébergement, où sa fonction est de contribuer à la chaîne des anomalies qui activent les geasa de Conaire Mór. Une fois intégré à la bruiden (auberge), il est simplement présent parmi les occupants et n’est pas individualisé dans l’action du combat final, ce qui confirme son rôle essentiellement narratif et structurel plutôt que guerrier.
Son nom signifie littéralement « homme des bois, du vieil-irlandais fer « homme » (celt. viro-) et de caill « bois » (celt. calli-). Il appartient ainsi à un type bien connu de la littérature irlandaise médiévale : celui des figures marginales liées à la forêt, à la sauvagerie ou à l’espace hors social.
Sources: • Ph. Jouët, (2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• W. Stokes, (1901-1902) - "The Destruction of Dá Derga's Hostel", Revue Celtique, 22, pp. 9–61, 165–215, 282–329, 390–437 ; 23, pp. 1–88.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique