La lettre oghamique (ruis ), correspondant à la lettre R de l'alphabet latin, est régulièrement associée au sureau (sambucus nigra). Le sureau est un arbuste largement répandu de l'Europe occidentale à l'Europe centrale et méridionale. Il affectionne, les haies, les lisières, et les terrains vagues.
Son bois n'a pas d'utilité spécifique ; seules ses baies et ses fleurs peuvent avoir des usages alimentaires et médicinaux. L'arbuste sert régulièrement de plante ornementale.
L'irlandais ruis peut avoir de nos jours l'acceptation de "sureau", mais son sens initial est "rougeur, rougissement". De fait, comme pour bon nombre d'oghams, il s'agit d'une étymologie "ad hoc", visant à aligner les oghams sur un alphabet des arbres, même lorsque le mot original n'avait rien à voir avec un arbre.
Dans la littérature irlandaise ancienne, les oghams sont décrits par des bríatharogaim (singulier : bríatharogam). Chaque bríatharogam (kenning en anglais) est composé de deux mots expliquant la signification de chaque ogham. Trois versions nous sont parvenues : Le Bríatharogam Morainn mac Moín, le Bríatharogam Maic ind Óc, Le Bríatharogam Con Culainn.
Les bríatharogaim (ou "kennings") sont vraiment des joyaux de la poésie ancienne irlandaise, permettant de capturer de manière concise et imagée des significations profondes liées aux lettres et aux symboles. Le travail des copistes médiévaux a vraiment contribué à transmettre cette culture ancienne, mais on peut se demander si ces associations sont le fruit d'une vision plus mystique et poétique du langage.
Bríatharogaim de ruis
Dans le cas de ruis (le sureau), on voit bien ici que la comparaison avec un arbuste n'est pas recevable. Si on s'en tient strictement aux Bríatharogaim et au sens premier du mot, c'est bien la rougeur qui est mis en avant, celle de la colère, de la fureur guerrière.
Bríatharogaim
Gaélique
Traduction
Bríatharogam Morainn mac Moín
tindem rucci
rouge intense
Bríatharogam Maic ind Óc
rúamnae drech
rougeur du visage
Bríatharogam Con Culainn
brut fergae
lueur de colère
📌 (*) Remarque historique : L'assimilation des Ogham aux arbres a été établie par les copistes médiévaux, et ce n'est pas une caractéristique originelle de l'écriture oghamique elle-même. En fait, parmi les 20 caractères de base et les 5 ajouts plus tardifs, seulement 8 sont réellement liés à des arbres.
Sources: • Ph. Jouët,(2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• D. McManus, (1988) - "Irish letter-names and their kennings", Ériu n°39 (1988), pp. 127-168.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique