Comanus - Roi légendaire des Ségobriges, connu uniquement par Justin, qui abrège Trogue Pompée. Comanus tenta de détruire par la ruse Massalia, mais fut trahi par une parente qui s'était éprise d'un jeune Grec de la ville.
Ce récit ne relève pas de l'histoire factuelle, mais d'une construction historiographique destinée à illustrer les dangers de l'hospitalité mal maîtrisée et à légitimer la méfiance marseillaise envers les populations indigènes. Son discours et son comportement relèvent de τόποι "topoi" grecs bien établis, faisant de lui moins un personnage ethnique qu'un support narratif et idéologique.
Comanus est présenté comme le successeur de Nannus, roi des Ségobriges. Il avait une soeur, nommée Gypsis chez Justin, ou Petta chez Athénée. Son nom est parfaitement celtique, issu du composé adverbialco-mano- ("avecbonté", "bienveillant"), ce qui peut donner une impression de vraisemblance historique. Toutefois, cet argument onomastique ne suffit pas à garantir l'authenticité du personnage. Trogue Pompée, lui-même d'origine gauloise, maîtrisait suffisamment l'onomastique celtique pour inventer des noms plausibles, indépendamment de toute tradition indigène. Dans les environs de Marseille, le peuple des Comanes est attesté par Pline et Varron. Il n'est donc pas impossible que ce peuple ait inspiré le nom du roi légendaire, sans qu'il soit possible de l'affirmer catégoriquement.
L'apologue de la chienne appartient à un répertoire de fables grecques attestées indépendamment de Trogue Pompée, notamment dans la tradition ésopique antérieure. Son insertion dans le récit de Justin ne saurait donc être interprétée comme un témoignage celtique ou ligure, mais comme l'usage d'un τόπος "topos" rhétorique grec appliqué a posteriori à un contexte indigène.
Justin, Abrégé des Histoires philippiques de Trogue Pompée, XLIII :"Le roi Comanus tente de détruire Marseille - Alors qu'après la mort de Nanus, le roi des Ségobriges, de qui l'emplacement pour fonder la ville avait été reçu, son fils Comanus lui avait succédé au pouvoir, un prince royal lui déclare qu'un jour viendrait où Marseille causerait la perte des peuples voisins et qu'il fallait l'écraser à sa naissance même de peur que bientôt plus forte que lui, elle ne le détruisit lui-même ; il ajoute également cet apologue : un jour, une chienne pleine pria un berger de lui accorder, à titre précaire, un lieu pour mettre bas ; ce qu'ayant obtenu, elle le pria à nouveau de lui permettre d'y élever ses petits ; à la fin, une fois les petits élevés, soutenue par sa garde familiale, elle revendiqua la propriété du lieu. Il n'en est pas autrement des Marseillais, eux qui apparaissent maintenant comme des locataires : ils seront un beau jour les maîtres du pays. Poussé par ces arguments, le roi prépara aux Marseillais un coup fourré. Ainsi, le jour de la fête des Floralies, il envoya en ville, selon le droit de l'hospitalité, beaucoup d'hommes courageux et résolus ; il ordonne qu'un plus grand nombre d'hommes, cachés dans des mannes et recouverts de feuillages, soient amenés sur des chariots ; il se dissimule lui-même avec son armée sur les hauteurs toutes proches, afin que, quand les portes seraient ouvertes pendant la nuit par les hommes qu'il avait envoyés en avant, il soit là à point pour son coup fourré et puisse envahir avec ses soldats la ville ensevelie dans le sommeil et le vin. Mais une femme, parente du roi, qui avait une liaison avec un jeune Grec, trahit le coup fourré : pendant que le jeune homme l'enlaçait, s'apitoyant sur sa beauté, elle lui dévoila le coup fourré, et elle lui demande de se soustraire au danger. Le jeune homme rapporte aussitôt l'affaire aux magistrats ; et le piège ainsi découvert, tous les Ligures sont arrêtés et on tire hors des mannes ceux qui s'y cachaient. Après leur exécution à tous, une embuscade est tendue au roi en embuscade. Sept mille ennemis furent massacrés avec le roi lui-même. À la suite de cela, les Marseillais fermaient les portes les jours de fête, faisaient des rondes de nuit, mettaient des observateurs sur les remparts, fichaient les étrangers, les surveillaient, et ils gardaient la ville en temps de paix comme s'ils avaient été en état de guerre. À quel point les choses bien instituées pour l'occasion sont conservées par habitude de bien faire, non par une nécessité liée aux circonstances !"