La convenance des noms (Coir Anmann) - Texte du XIIe siècle contenant des notices étymologiques de personnages mythiques ou pseudo-historiques. Il en existe une version longue contenue dans le manuscrit H. 3. 18. du Trinity College de Dublin, et trois versions courtes contenues dans le livre de Ballymote, le livre jaune de Lecan et le manuscrit Edinburg Kilbride III.
Compte tenu de la taille du texte de la Convenance des noms, nous avons scindé ce projet en deux parties distinctes : • La présente partie : ne traite que l’aspect mythologique et onomastique. Le texte est ici complet. • La deuxième partie : ne reprend que l’aspect linguistique (voir "Table des matières", en bas de page). Pour des raisons de taille, elle a été coupée en 15 sections.
(en construction)
De 001 à 020
Mumu (Munster) — d'où vient ce nom ? Ce n'est pas difficile à dire : du nom d'un roi qui la gouverna, à savoir Eochaid Mumo, fils de Nia Febis. Eochaid Mumo — pourquoi ce nom ? Ce n'est pas difficile à dire : Eochaid "mó-mó", c'est-à-dire "le plus grand-grand", car sa force et sa puissance surpassaient celles de tous ceux qui vivaient en Érin à son époque. C'est de lui que vient le nom de Mumu (Munster). Ou bien Muma vient de mó (plus grand) et de ána (richesse), c'est-à-dire : une richesse plus grande que celle de toute autre province d'Érin ; car c'est là qu'on adorait la déesse de la prospérité, nommée Ána, et c'est d'elle que viennent les Deux Mamelles d'Ána au-dessus de Luachair Degad.
Muimnig (Munstérien) : Ce nom signifie : les plus grands de tous, car chacun d'eux était plus grand que quiconque en Irlande à cette époque.
Enna Airgthech, fils d'Eochaid Mumo : C'est-à-dire Enna Airgdide, "l'argenté". On fabriqua pour lui des boucliers d'argent à Airget-ross. On lui conféra la souveraineté de l'Irlande.
Modgaeth Mór-ólach (grand buveur) ; Il est l'un des deux fils de Nia Febis. C'est lui dont la soif coûtait le plus cher à son époque, car il désirait toujours une quantité excessive de boisson. Ou bien Modgaeth Mór-óilech : "à la grosse joue", car ses joues étaient très grosses.
Conmhael : C'est-à-dire con-mhál : "mál", c'est-à-dire "roi", donc roi des chiens, car il était le roi qui aimait le plus les chiens, et il possédait tous les chiens d'Irlande.
Eochaid Faebur-glas ("au tranchant bleu") : Ses deux javelots et son épée étaient bleus et aiguisés.
Nuada Deg-lám "Nuada à la bonne main" : Ses deux mains étaient fortes et habiles.
Glas, fils de Nuada Deglám : Son visage et son aspect étaient habituellement bleus. Au début de sa vie, on l'appelait Anbechtach, jusqu'à ce que le nom Glas lui soit donné.
Cas Clotbach fils de Fir Ardda. Cloth (renommée) i.e. enech (face) : c'est lui dont l'image était la plus grande et la meilleure pour tout ce que quiconque pouvait lui demander.
Muineamon, fils de Cas Clothach. C'est lui qui, en Irlande, fut le premier à mettre un collier d'or autour du cou des hommes, c'est-à-dire une chaîne d'or. D'où son nom Muinemon : muin-máin, "trésor (máin) sur les cous (muinéoil)". Auparavant, il s'appelait Maine le Grand, jusqu'à ce que le nom Muinemon lui soit attribué.
Fail-derg-dóit : C'est lui qui fut le premier en Érin à mettre des anneaux d'or rouge autour des bras : car tous les bras étaient rouges et très beaux à cette époque. D'où le nom Fail-derg-dóit. Son autre nom était Aed le Rouge.
Roan rí Oilech: C'est un roi qui érigea des pierres en piliers, et il obtint le nom Aillech à cause des pierres qu'il plaça.
Rothechtaid Rotha, fils du roi Roan Ailech : C'est lui qui eut le premier des petits rouets sur des chars à quatre chevaux. Son surnom fut Án-roth, car c'est de la petite roue du char que vient ce nom. Son nom premier était Eochaid Úrchain, mais le surnom supplanta le nom d'origine.
Eochaid Úrchain : "Úr" = "frais", "cáin" = "beau" : il fut ainsi tant qu'il vécut.
Failbe Fál-choirthech : C'est le premier qui érigea un pilier comme borne.
Ou bien Failbe Ilchórach, du fait de la paix abondante qui régnait à son époque.
Cass Cét-chuimnech : C'est lui qui commença les histoires et la poésie à Tara.
Elim Oll-fín-snechta ("grand-vin-neige") : Il est ainsi nommé car une grande neige de vin tomba pendant son règne. Ou bien Elim Ól-étechiaide, car il buvait énormément.
Art Imlech (ou Art Inḟlig) : C’est sur le terrain près de l’eau, à l'enclos de l'homme à l'unique vache, à Cliu, que son fort fut d’abord situé. D'où son nom.
Bres rí : Il fut roi par royauté : son action, son honneur, son règne furent royaux, et il battit les Fomoriens en plusieurs batailles.
Sétna Indarraid, fils de Bres : C'est lui qui, le premier, donna des soldes aux soldats.
De 021 à 040
Enna Derg, fils de Dúach Finn, c’est-à-dire : son visage était rouge, d’où le nom d’Enna Derg lui fut donné.
Lugaid Iardonn : il était noir et brun, car iarn signifie "obscurité".
Rechtaid Rig-derg : il avait un avant-bras rouge. Ou bien : Rechtaid Ríg-derc, c’est-à-dire : grands et royaux étaient ses deux yeux dercs, c’est-à-dire ses deux yeux (súil).
Adammair Flidais Foltcaín, Flidais, reine de la Túatha Dé Danann ; elle était l’épouse d’Adamair mac Fir Cuirp, et c’est d’elle qu’on appelait Buar Flidhaisi, et d’elle aussi Adamair Flidhaisi Foltchain, selon qu’on le disait à propos du roi.
Nia Ségamain : ség="cerf" et a máin="son trésor". Pendant son règne, vaches et biches étaient traites chaque jour de la même manière, si bien que pour lui, au-dessus des autres rois, le trésor de ces choses était immense. Flidais, était la mère de Nia Ségamain, fils d’Adammair. Durant le règne de Nia Ségamain, ces troupeaux étaient traits — c’est-à-dire les doubles troupeaux, vaches et biches — et c’est sa mère qui lui donna ce pouvoir féerique. Le poète chantait à son sujet :
Le chef était bon, avec la grandeur de ses trésors, Que fit l’ancien Nia Ségamain. Pour lui, les biches devenaient vaches, Pour Nia Ségamain, le siabra,
C’est-à-dire qu’il était enchanteur ou magique. Ou encore, c’est le peuple des fées qui contraignait les biches à être traites durant son règne.
Lughaidh Lúaighni : des Lúaighnibh de Tara où il fut élevé ; et c’est avec lui que furent fabriqués les lances et les émaux en Irlande.
Coirpri Losc, fils de Luigdech Lúaigni. ainsi qu’il reçut le nom de Coirpri Losc. Un jour, le roi d’Irlande, Congal Claringnech, fils de Rudraige, après avoir tué Lugaid Luaigne, alla prendre les otages de Munster. Cairbre, fils de Lugaid Luaigne, était alors roi de Munster. La bataille de Carn en Ḟéineda, à l’ouest des Rossach Ruaig, fut alors livrée entre eux. Dans cette bataille, les Munsteriens furent défaits et massacrés. Forthenn, fils de Cerb, blessa Cairbre au combat, si bien qu’il resta boiteux toute sa vie : c’est pourquoi on l’appelle Cairbre Losc, c’est-à-dire Cairbre le Boiteux.
Duach Dallta Degaid : d’où vient ce nom ? Facile à dire. Cairbre Losc eut deux fils, nommés Duach et Degad. Entre eux éclata un grand conflit pour la royauté, car chacun d’eux, par son apparence et sa force d’action, était digne d’être roi d’Irlande. Il n’y avait pas en Irlande de paire plus belle ou plus pure de couleur que ces deux fils de Cairbre. Degad était le plus jeune, et il surpassait Duach dans la course à la royauté. Duach en fut mécontent et envoya des émissaires à son frère pour savoir où il se trouvait. Alors Degad se rendit à l’endroit où habitait Duach, et là il fut saisi par son frère, qui lui creva les yeux, le rendant ainsi aveugle. C’est pourquoi on l’appelle « Duach Dallta de Degad » (« Duach, l’aveuglé de Degad »). Et c’est ainsi le premier aveugle d’Irlande. Le poète a chanté à son sujet :
Degad fut saisi dans sa maison Par Duach, son propre frère, Et fut rapidement rendu aveugle Ce Degad, bien que ce fût un acte cruel.
Eochaid Uarches, d’où vient ce nom ? Facile à dire : uara « frais », cesa « chaloupes ». Il avait dans ses flottes ces chaloupes lorsqu’il attaqua la Grèce ; et c’est dans les proue et poupes de ses navires qu’il gardait tout ce qu’il avait saisi de toutes parts à travers le monde.
Eochaid Fer Fuirmhe mac Dúach : « l’homme de l’abaissement », fils de Dúach — c’est-à-dire un homme remarquable par sa constance, sa loyauté et sa grande fiabilité. Cette fermeté appartenait en particulier au Clann Degad, fils de Sin. Lorsque Dúach Dalta Degaid alla en Ulster, il soumit les Érna et le Clann Degad au service d’Eochaid mac Dúach. C’est à partir de cet abaissement qu’Eochaid Fer Fuirmhe affirma ensuite son autorité.
Muiredhach Muchna : il fut élevé à Muchna, et Muiredhach était appelé Le Gris de Dairbre, l’île de Dairbre en mer. Et dans les pointes côtières et les îles de la mer, les clans de Degad le bannirent, si bien que Muiredhach Muchna devint gris, car les pointes et limites de Munster étaient désormais les terres de la Clann Ebir après qu’elles eurent été occupées par les Enfants de Degad.
Enna Munchaín : « au beau cou » : il avait un cou gracieux. Car muin désigne le cou, et il avait un cou élégant, autour duquel se trouvait un collier d’or ; c’est de là qu’il reçut le nom de Muincháin.
Deirgthine, fils d’Enna Muncháin : aucune rougeur ni feu ne lui monta jamais au visage, à cause de la chaleur ardente et rayonnante, flamboyante, qu’il possédait. Et c’est pour cette raison qu’on l’appelait Corb Úlum, c’est-à-dire « à l'oreille nue », car ses oreilles avait été arrachée de sa tête ; en effet, il n’avait pas d'oreilles sur la tête lorsqu’il naquit. C’est pourquoi donc il fut Corb Olom, et c’est d’eux qu’on disait les Deirg, à savoir lui-même et son fils, à savoir Derg fils de Dergthine.
Mog Néid : Nét était le nom du père nourricier qui l’éleva. Il se tenait ordinairement auprès de son nourricier pour le servir, lorsqu’il était jeune. De là lui vint le nom de Mog Néit (« le serviteur / disciple de Nét »). Aengus était son nom originel, et il était plus habituel de l’appeler par ce surnom que par son nom véritable, comme l’a dit le poète :
Aengus fut d’abord le premier nom de Mog Néid, au commencement de sa vie, sans mensonge ; et Mog Néit fut son nom par la suite, lorsqu’il eut tué Goll par ses hauts faits.
C’est-à-dire : le fils de Morna.
Eoghan mac Moga Néit, portait quatre noms : Eogan Mór, Eogan Fidhfeccach, Eogan Taidhlech et Mog Nuadat, comme le dit le poète dans ce poème explicatif :
Quatre noms sans reproche furent attribués à Eogan Mór, Eogan Fidhfeccach, courageux et vaillant, Eogan Taidhlech, Mog Nuadat.
Eógan : tient son nom de ses origines familiales, c’est-à-dire de la bonne naissance (noblesse) de ses parents, de eó, c'est à dire εὐ, c'est à dire bon, et γένεσις, en vérité la génèse d'Eógan. Eógan eut réellement une descendance parfaite. C’est de là que vient le terme Eoganacht, qu’on applique à ses descendants, en raison des bénédictions que les hommes d’Irlande leur accordèrent pour leur générosité, leur hospitalité et pour les avoir sauvés de la famine. Eoganacht, c’est-à-dire Eogan-icht, c’est-à-dire la race d’Eógan pour les hommes d’Irlande. Ou encore Eogan-necht, c’est-à-dire les purs d’Eógan, c’est-à-dire que les sept branches de l’Eóghanacht sont les purs d’Eógan.
Eogan Táidlech fut ainsi nommé : Il arriva qu’Eógan Mór se rendit en Espagne lors d’une visite. Le roi d’Espagne à cette époque était Éber le Grand, fils de Midna. Lors de ce voyage, Eógan fut accueilli avec une grande affection en Espagne. Le roi avait alors une fille imposante et non mariée, nommée Bera, fille d’Éber. En raison des grandes louanges portées à Eógan, elle lui avait déjà offert un amour à distance avant son départ pour l’Espagne. Eógan épousa donc la jeune femme, et elle lui donna une descendance noble, comprenant un fils extraordinaire, Ailill Ólomm, et deux filles, Scothniam et Caimell. À cette époque, chaque année venait un saumon magnifique et multicolore : il remontait du Fleuve des Éléments au Paradis jusqu’au Tibre, puis du Tibre jusqu’à l’Èbre en Espagne. Ce saumon portait un manteau de laine d’une beauté exceptionnelle, aux couleurs variées. Alors qu’Eógan se trouvait en Espagne, Éber captura ce saumon, et la laine qui le recouvrait fut détachée et donnée à la fille d’Éber. À partir de cette laine, la jeune fille confectionna pour Eógan un splendide manteau étincelant, qui fut celui qu’Eógan portait lorsqu’il revint en Irlande. À cette époque, Conn Cétchathach régnait sur l’Irlande. Splendide et éclatante était la lumière qui rayonnait d’Eógan grâce à ce manteau. C’est pourquoi le surnom Eogan Táidlech (« le Splendide ») lui resta attaché.
Eogan Fidhfeccach : lui fut également attribué. Pourquoi ce surnom ? La réponse est simple. Eógan possédait trois forteresses, chacune portant le nom de Fidhfecc. Lorsqu’il s’y trouvait, il avait pour habitude de poser, plier et tresser le bois, travaillant ainsi chaque structure avec soin et habileté. C’est de cette maîtrise qu’il reçut son surnom : Fidhfeccach, c’est-à-dire « celui qui plie le bois », ou encore Figfecc, « celui qui tresse le bois ». Le nom rappelle à la fois sa dextérité et la virtuosité avec laquelle il façonnait les arbres et le bois, un trait digne des héros de la tradition irlandaise.
Mogh Nuadat : d’où vient ce nom ? La réponse est simple. Dáire Barrach, fils de Catháir Mór, fut celui qui éleva Mog Nuadat, c’est-à-dire Eógan, fils de Mog Néit. Il arriva qu’à cette époque la fortification de Dún Aillinne fut entreprise par Dáire Barrach. À ce moment, il existait en Irlande un célèbre constructeur de remparts, Nuada Sálfada, fils d’Oengus, fils de Fer dá chrích, dans le district de Cuailnge. Il possédait la force d’une centaine d’hommes, et pouvait manger à sa faim autant que cinquante hommes. Ce serviteur fut envoyé à Dáire pour participer à l’édification de Dún Aillinne. Lorsqu’ils creusèrent la tranchée, ils tombèrent sur une énorme pierre, que le serviteur ne parvint pas à soulever. Les jeunes gens de la forteresse, parmi lesquels Eógan, se tenaient sur le rempart de terre, observant le serviteur fléchir sous l’effort. Le serviteur demanda aux jeunes hommes de sortir la pierre de la tranchée, mais tous refusèrent, sauf Eógan. Alors Eógan entra dans la tranchée, enserra la pierre de ses deux bras, et seul il parvint à la soulever, puis la jeta dans l’angle sud du fort, où elle resta pour toujours. Le druide alors dit au serviteur : « Noble est ton serviteur aujourd’hui, Ô Nuada ! ». C’est pourquoi Mog Nuadat, fut attaché à Eógan, et c’est de Nuada qu’il reçut son nom, selon cette version de l’histoire.
De 041 à 060
Oilill Olomm : pourquoi l’appelle-t-on ainsi ? Ce n’est pas difficile à expliquer. Il est aisé de le dire. Parce qu’il ne restait ni peau ni chair sur son oreille après qu’elle eut été arrachée par Áine, fille d’Eogabal, à Druim Eogabail. Il n’y avait plus ni peau ni chair sur son oreille après qu’elle eut été rasée par Aíne, fille d’Eogabal, à Druim Eogamail. Or Ailill dormait lorsque la jeune fille lui arracha l’oreille de la tête, et de son oreille elle ne laissa à Ailill que la peau seulement. Alors Ailill s’éveilla de son sommeil et s’aperçut clairement que son oreille avait été arrachée par la jeune fille, et cela lui parut très douloureux. Ailill dit : « Cruel est ce baiser, ô jeune fille ! Tu as laissé mon oreille nue sur ma tête ! ». Áine répondit à Ailill : « Tu as tué mon père cette nuit, ô Ailill" — Eogabal Sídhach — "et voici sur toi, ô Ailill, ma part de vengeance pour mon père ; et Ailill Oreille-nue sera ton nom pour toujours. ». C’est de là qu’Ailill Olom reçut son nom. Ou bien Ailill Aulomm, c’est-à-dire aula regis, « le palais du roi », et lomm signifie « nu » : nue était son aula, c’est-à-dire sa demeure royale, sa maison de roi, car en raison de sa bravoure il n’y avait pas de couverture au-dessus d’elle ; c’est-à-dire qu’en raison de la crainte qu’il inspirait à tous, il n’y avait ni clôture ni fortification autour de sa maison. Ailill — d’où vient ce nom ? Il est aisé de le dire. Ailill était courroucé contre Áine, fille d’Eogabal, à cause de l’affront qu’elle lui avait infligé, et il jugeait sa demi-tête fort douloureuse après que son oreille eut été arrachée. Alors il lança contre elle sa lance à cinq pointes et la transperça jusqu’au sol ; la cinquième pointe frappa une pierre et s’en trouva tordue. Or c’était un geis pour cette lance de frapper une pierre. Trois tabous pesaient sur la lance d’Ailill : il était tabou de la frapper contre une pierre ; il était tabou de la placer sous une dent pour la redresser ; il était tabou de tuer une femme avec elle. Tous ces tabous furent enfreints par Ailill en cette occasion : après avoir tué Áine et heurté la pierre, il plaça sous l’une de ses dents la pointe tordue de la lance afin de la redresser. Le poison et la corruption qui se trouvaient dans la pointe de la lance pénétrèrent dans la dent d’Ailill. Cela lui parut funeste et lui causa grand dommage : son haleine se corrompit, sa dent noircit, et — tandis qu’il dormait — la jeune fille lui avait arraché l’oreille. Telles furent les trois hontes d’Ailill tant qu’il vécut. C’est pourquoi on l’appela Ailill, c’est-à-dire Ail-oll, « grande est la honte qui est sur cet homme ». Dès lors, tous le nommèrent Ailill Oreille-nue. Auparavant, il s’appelait Mais, fils de Mog Nuadat. C’est ainsi aussi qu’il eut ensuite la dent empoisonnée. Le venin qui se trouvait dans la pointe de la lance pénétra dans sa dent et corrompit son haleine. Le mal de cette dent affligea grandement Ailill par la suite : il devint souvent fou à cause de ce poison, et finalement il devint aveugle.
Fíacha Muillethan : d’où vient ce nom ? Il n’est pas difficile de le dire. Munchai, fille de Díll, fils d’Uí Chreag, le druide, était la mère du fils d’Eógan. Or Munchai était enceinte d’Eógan, fils d’Ailill, avant qu’il ne partît pour la bataille de Mag Muccruma. La nuit précédant son accouchement, elle se rendit au fleuve Suir et s’assit sur un rocher au bord de la, rivière. Car son père lui avait dit qu’elle enfanterait un fils, et que si elle le mettait au monde cette nuit-là, il serait un druide accompli ; mais si elle le mettait au monde le lendemain, il serait roi, et la royauté s’étendrait sur deux provinces pour lui et pour ses descendants après lui. Alors Munchai répondit : « À moins qu’il ne vienne par mon flanc, il ne viendra pas par la voie naturelle. ». Ce que dit la jeune femme était vrai. Elle demeura ainsi toute la nuit, assise sur la pierre, jusqu’au matin suivant. La jeune femme enfanta ensuite un fils au petit matin, et le sommet de sa tête s’élargit contre la pierre. De là lui vint le nom de Fíacha Muillethan.
Fíacha Fear Dá Líach ; d’où vient ce nom ? Il n’est pas difficile de le dire. Liách signifie « récit » ou « récit de tragédie », c’est-à-dire quelque chose de pénible pour le jeune garçon, le fils, qui avait entendu deux histoires tragiques : la mort de son père ce jour-là, la mort de sa mère à sa naissance. C’est à cause de cela que Fíacha reçut le nom de Fíacha Fear Dá Líach.
Ailill Flann Beg et Ailill Flann Mór, c’est-à-dire, ils sont appelés « flann ruadh », c’est-à-dire Ailill le Petit et Ailill le Grand. C’est ainsi qu’on nomma les deux fils de Fíacha Muillethan.
Nat Fráich et Mac Brocc et Mac Iáir, d'où viennent ces noms ? c'est facile à dire. Nat-Fráich, à Áth Fráich (« le gué de Fraech »), il naquit, et c'est de là qu'il reçut son nom. Mac Brocc, « fils des blaireaux » : dans un terrier de blaireaux il naquit ; c'est de là qu'il reçut son nom. Mac Íair : íar signifie « tout ce qui est final », et il est le dernier fils que la reine conçut. C'est de là qu'il reçut son nom.
Traduction française par nos soins d'après la version bilingue de W. Stokes (1891).
Sources: • X. Delamarre, (2003) - Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, Paris, 440p.
• X. Delamarre, (2019) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (I. Ab- / Ixs(o)-), Les Cent Chemins, 398p.
• X. Delamarre, (2023) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (II. Lab- / Xantus), Les Cent Chemins, 570p.
• F. Le Roux - Ch.-J. Guyonvarc'h, (1986) - Les Druides, Ouest-France, 448p.
• W. Stokes, (1891) "Cóir Anmann". in W. Stokes & E. Windisch (eds.), Irische Texte mit Wörterbuch, Dritte Serie, Heft 1. Leipzig, Verlag von S. Hirzel, pp. 285–411
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique