Vanesia — Sur l’itinéraire de Bordeaux à Jérusalem (550, 8), entre Elusa (Eauze) et Auscius (Auch), figure le toponyme Vanesia, correspondant à ce que l’on connaît aujourd’hui comme le lieu-dit La Molère, ancienne seigneurie aujourd'hui rattachée à la commune de Saint‑Jean‑Poutge, dans le Gers. Ce relais routier se trouvait dans la plaine de la Baïse, hydronyme dont l’ancienne forme celtique supposée serait Banitia, et semble être à l'origine du nom antique de cette étape routière.
L’étude publiée par Colleoni (2016) présente les résultats d’une fouille programmée du relais routier antique de Vanesia, identifié à La Molère (Saint‑Jean‑Poutge, Gers). L’article décrit en détail l’architecture et l’évolution du site entre la fin du Iᵉʳ s. et le début du Vᵉ s. ap. J.‑C., révélant un ensemble soigneusement aménagé avec bâtiments de façade, cours, logis, latrines, portique et surtout des thermes, organisés autour de cours et destinés à l’accueil des voyageurs. Les thermes, remaniés à plusieurs reprises, montrent un entretien continu, et l’abondance de monnaies et de céramiques suggère une fréquentation soutenue, tant par des voyageurs privés que par des agents officiels du cursus publicus. Cette infrastructure, bien plus élaborée qu’une simple étape, laisse entendre l’existence d’un relais important, proche d’un statut de mansio, pourvu d’équipements confortables et adaptés au repos des voyageurs comme des équipages routiers.
Selon Delamarre (2012), Vanesia pourrait être un composé *vo-nes-o-, dans lequel le thème *nes- , bien qu'attesté, reste difficile à interpréter. Cependant le même auteur pour la rivière Baïse, qui est à l'origine du toponyme, propose une forme antique Banitia, ce qui est contradictoire avec l'hypothèse précédente. Cette deuxième interprétation ouvre deux hypothèses pour son radical initial : *bano-, signifiant « femme », ce qui donnerait le sens poétique de « rivière aux femmes », ou, moins probablement, *banno-, désignant l’osier, plante indissociable des cours d’eau, donnant alors « rivière où pousse l’osier ».
Sur le plan phonétique, une spirantisation pourrait expliquer le passage de "B" à "V" dans Vanesia. Cependant, le retour du "B" initial dans la forme moderne laisse penser qu’il s’agit plutôt d’une graphie fautive, probablement introduite par le transcripteur bordelais. Ainsi, Vanesia ne reflète pas le nom originel de la rivière, mais désigne le relais routier installé sur la Banitia, avec une forme latinisante ou déformée pour l’usage administratif et cartographique.
En somme, la chaîne toponymique se lit ainsi : la rivière Banitia, dont le radical évoque soit la féminité soit l'osier, a conservé son nom dans la forme romane moderne Baïse, tandis que Vanesia, documentée sur l’Itinéraire, témoigne d’une adaptation corrompue liée au relais routier de La Molère.
Sources: • F. Colleoni, (2016) - "Vanesia (Saint-Jean-Poutge, Gers) : une mutatio aquitaine de l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem", in Gallia, 73-1, pp. 71-90.
• X. Delamarre, (2012) - Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne, Errance, Paris, 384p.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique