La langue gauloise (et autres langues celtiques de l'antiquité)
Indo-Européen :
h₁enter-h₂po- : (île ; qui se trouve entre les eaux)
Sanskrit :
antarīpa-(अन्तरीप) : (île ; (qui se trouve) entre les eaux) ; dvīpa- : (deux eaux, entouré d'eau)
antro- / entarabo- — Plusieurs toponymes relevés dans des sources antiques et médiévales sont issus d'un même radical, antro- : Ἄδρου / Andros (la péninsule de Howth, Irlande)(1), Antros (le plateau de Cordouan, Gironde), Antrum (les îles d'Indre, Loire-Atlantique)(2), ou encore Antrum (une rivière de Grande-Bretagne). Suivant X. Delamarre (2012 ; 2015), il pourrait s'agir d'une forme courte ou métonymique d'un plus ancien *entar-abo(n), que l'on retrouve dans le théonyme Entarabus / Intarabus. Ce dernier composé s'explique par entar-, qui signifie "entre", associé à -abu-, "eau / rivière", et se traduit par "entre les eaux", soit plus précisément "île".
Cette explication semble néanmoins se heurter à deux objections notables, puisque selon la Cosmographie de Ravenne (V, 31), Antrum est une rivière, et non une île, tandis que l'île d'Ἄδρου de Ptolémée (Géographie, II, 2, 10), l'Andros de Pline (Histoire naturelle, IV, 103), serait finalement une péninsule. X. Delamarre (2015), estime que l'Antrum de la Cosmographie de Ravenne comme une erreur de copie du cosmographe, qui aurait confondu une rivière, avec le nom d'une île de son cours. Quant à la la péninsule de Howth, que X. Delamarre identifie comme étant Ἄδρου / Andros, celle-ci n'est reliée à l'Irlande que par un maigre tombolo(3), probablement récent. Il est tout à fait envisageable que cette péninsule n'était encore qu'une île au cours de l'antiquité.
Cette idée selon laquelle une île serait un territoire entre deux eaux semble assez commune dans les langues indo-européennes et un parfait équivalent de cette dénomination gauloise pourrait être identifiée dans le sanskrit antarīpa- (अन्तरीप), "île", ou plus littéralement "(qui se trouve) entre les eaux". Notons à ce titre que dans cette même langue, la dénomination la plus commune pour désigner une île est dvīpa- (द्वीप), "deux eaux, entouré d'eau" et qu'en vieux-slave, ostrovŭ "île", signifie littéralement "(où l'eau) coule autour" (Delamarre, 2012 ; 2015 ; 2019).
(1) Andros (Ptolémée / Pline) : identification géographique discutée. (2) Rivet & Smith dans leur The Place-Names of Roman Britain, considèrent Antrum comme une forme secondaire dégradée ou corrigée de manière fautive dans la tradition de la Cosmographia de Ravenne. (3) Langue de sable reliant deux terres (îles et/ou continents).
Sources: • X. Delamarre, (2012) - Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne, Errance, Paris, 384p.
• X. Delamarre, (2015) - "'La terre entre les eaux' : Antros, Antrum, deus Entarabus, sanskrit antarīpa- et le nom de l'île en vieux-celtique et en indo-européen", Historische Sprachforschung / Historical Linguistics, vol.128, pp.23-27
• X. Delamarre, (2019) - Une généalogie des mots. De l'indo-européen au français : introduction à l'étymologie lointaine (100 racines et 800 mots français), Editions Errance, 240p.
• B. Petit, (2016) - "La toponymie charentaise d'époque gallo-romaine : l'expression de différentes strates historiques", Nouvelle revue d'onomastique, n°58, pp.67-91
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique