Echtra Ambacuc (L'Aventure d'Ambacuc) — Texte irlandais relativement court dont le témoin principal et le plus ancien de Echtra Ambacuc est le Livre du Leinster (Lebar na Núachongbála), conservé à Dublin, Trinity College, sous la cote MS 1339 / H.2.18. Le manuscrit date du XIIᵉ siècle, généralement vers 1150–1190. Le récit se trouve au f. 274a, où apparaît notamment le passage sur la tombe d'Ambacuc et les trois navires dans le ciel. Une communication de Trinity College indique que Echtra Ambacuc survit sous deux versions, dans six témoins manuscrits, allant du XIIᵉ au XVIIᵉ siècle (Trinity College, Silva Gadelica revisited). Echtra Ambacuc n’appartient pas à proprement parler à un « cycle » ; c’est un récit de merveille à coloration hagiographique, greffé sur la tradition de Tailtiu. C’est cette superposition entre un lieu de la tradition préchrétienne (Tailtiu), un saint chrétien (Ciarán) et une merveille extraordinaire (Ambacuc) qui fait l'intérêt de ce texte.
Dans les Annála Ríoghachta Éireann, l’épisode est réduit à une notice très brève et placé sous l’année 539 : il est question de la décollation d’Ambacuc/Abacuc à la foire de Tailtiu, à la suite de son faux serment sous la main de Ciarán(AQM, 539). Les AQM ne racontent pas les développements ultérieurs du récit — ses sept années de survie, son fils, sa mort et sa tombe. Le Chronicon Scotorum conserve également une notice sur l’événement, mais sous 544 (CS, 544). Là encore, il s’agit d’une mention annalistique très condensée, et non du récit développé d’Echtra Ambacuc.
Nous avons utilisé et traduit ici la version gaélique publiée par Standish Hayes O’Grady dans Silva Gadelica (1892), vol. I, p. 416, sous le titre Ambacuc(O'Grady, 1892, p.416).
À la foire de Tailtiu, un homme surpris en adultère prête un faux serment sous la main de Ciarán. Son mensonge provoque la séparation de sa tête et de son corps, mais il ne meurt pas. Devenu le « Sans-Tête », Ambacuc est emmené à Clonmacnoise, où il vit encore sept ans, engendre un fils, puis meurt. Sa tombe est conservée comme le souvenir de cette « merveille » de Tailtiu.
Le personnage, Ambacuc, n'est nommé qu’à la fin. Le personnage, d’abord désigné comme in fer (« l’homme »), puis in díchennach (« le Sans-Tête »), est finalement identifié par lige Ambacuc : « la tombe d’Ambacuc ».
La décollation est directement liée au faux serment. L’homme jure fó láim Chiaráin, « sous la main de Ciarán », mais son serment est mensonger : ocus ba bréc dó. Aussitôt, quelque chose atteint ou saisit son cou (geibid ... for muineol) et téit a chenn de : « sa tête se détache de lui ». Le texte ne dit donc pas que Ciarán le décapite ; la séparation de la tête est présentée comme un phénomène extraordinaire.
Le véritable prodige vient ensuite. Ambacuc ne meurt pas : devenu in díchennach, « le Sans-Tête », il est emmené par Ciarán à Clonmacnoise et reste vivant sept ans parmi les moines. Il conserve même une existence corporelle normale au point de s’unir à une femme et d’engendrer un fils, identifié comme Sogan de Meath, avec la réserve ut alii dicunt, « comme d’autres le disent ».
Enfin, le récit est explicitement classé parmi les inganta, les « merveilles ». Id ingnad d’ingantaib oenaig Tailten : « c’est une merveille parmi les merveilles de la foire de Tailtiu ». Le narrateur enchaîne aussitôt avec une seconde merveille : trois navires naviguant dans les airs. Ambacuc appartient donc moins à une biographie de Ciarán qu'à une collection de merveilles associées à Tailtiu.
L’une des merveilles de la foire de Tailtiu
Une foire de Tailtiu est tenue par Diarmait mac Cerbaill. Ciarán mac an tsaoir, son confesseur, est à la foire avec lui. Des jeux sont organisés et des courses sont disputées à la foire. Une femme vient trouver son mari à la foire et le surprend en train de coucher avec une autre femme ; et l'homme était en train de nier cet acte. « Je prendrai son serment sous la main de Ciarán », dit la femme. L'homme prête donc son serment sous la main de Ciarán, jurant qu'il n'était pas coupable de l'acte dans lequel sa propre femme l'avait surpris, et c'était un mensonge. Alors un ulcère apparaît sur son cou, à l'endroit où se trouvait la main du clerc ; et sa tête tombe de son corps, de sorte qu'il reste en présence des hommes d'Irlande, allant à travers la foire, sans tête. Et le nom de Dieu et celui de Ciarán furent grandement glorifiés par ce miracle.
Après cela, Ciarán emmena le décapité à Clonmacnoise, afin de le soigner aussi longtemps qu'il pourrait rester en vie. Et il demeura sept années en vie parmi les moines, à la suite de Ciarán. Une femme lui fut amenée un jour ; il s'unit à elle, et la femme conçut de lui et enfanta un fils — ce serait Sogan de Meath, comme d'autres le racontent. Mais après avoir eu des rapports avec cette femme, il mourut aussitôt. Les clercs l'ensevelirent alors dans le coin oriental de l'aire de Comgall, là où se trouve aujourd'hui la croix de Comgall. Il y a là une pierre et la tombe d'Ambacuc, en souvenir de l'histoire pour tous. C'est l'une des merveilles de la foire de Tailtiu.
Une autre merveille encore, parmi les merveilles de cette même foire, est celle-ci : voir trois navires naviguant dans les airs au-dessus d'eux, tandis que les hommes d'Irlande, sous Domnall mac Murchada, tenaient la foire.
Fin.
Traduit par nos soins à partir de la version gaélique de O'Grady (1892).