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Encyclopédie Celtique

Le périple d'Himilcon [-500 / -380 ?]

Le périple d'Himilcon (Ve / IVe s. av. J.-C.)

Himilcon était un navigateur carthaginois connu pour avoir entrepris une expédition au-delà du monde connu par les méditerranéens, et atteint l'Europe occidentale. Pline et Aviénus sont les seuls auteurs de l'antiquité à évoquer le périple d'Himilcon. Leurs témoignages reprennent certainement des sources plus anciennes, les annales puniques notamment (Rivages maritimes, v.409) et peut-être un écrit d'Himilcon lui-même. Aviénus précise qu'une partie de ses sources proviennent de voyages anciens effectués par les Tartessiens et d'autres navigateurs carthaginois dont le nom ne nous est pas parvenu (Rivages maritimes, v.112-118). Ainsi, il est parfois délicat de distinguer les apports propres des découvertes d'Himilcon, de ceux des autres périples organisés certainement entre le VIIe et le IIIe s. av. J.-C. relatés par le poète. Pythéas n'est mentionné nul part chez Aviénus, garantissant le fait qu'il n'y a pas de confusion avec cet autre périple plus tardif du Massaliote. Enfin, il est difficile de dater avec précision l'expédition d'Himilcon, bien qu’une datation approchée puisse être proposée.

Les quelques fragments de ce périple qui nous sont parvenus fournissent une description d'une valeur inestimable, voire des clefs de compréhension importantes dans la connaissance de l'histoire ancienne des Celtes. Ces éléments sont d'autant plus intéressants qu'ils constituent les plus anciens témoignages connus relatifs aux Celtes occidentaux.

Aviénus, Rivages maritimes, v.409-410 : "Ces détails, transmis à travers les siècles par les annales puniques les plus anciennes, nous te les transmettons à notre tour."

Aviénus, Rivages maritimes, v.112-118 : "C'était la coutume des Tartessiens de faire du commerce sur les limites des Oestrymnides : de même les colons de Carthage et la multitude répandue autour des colonnes d'Hercule visitaient ces mers. Le carthaginois Himilcon, qui rapporte avoir fait lui-même l'expérience de cette navigation, affirme qu'on peut à peine les parcourir en quatre mois : ainsi nul souffle, ne vient pousser le vaisseau, ainsi les eaux de cette mer paresseuse demeurent immobiles."

I. - Le contexte du lancement de cette expédition

Les Phéniciens, puis les Carthaginois nouvellement indépendants, excellents marins, entreprirent dés le IXe/VIIIe s. av. J.-C. de nombreuses expéditions à la découvertes de terres inconnues. On retiendra par exemple le périple de ces Phéniciens envoyés par le pharaon Nechao II (609-595/594 av. J.-C. - Νεκω chez Hérodote, Histoires, IV, 42) qui, à la transition entre le VIIe et le VIe s. av. J.-C., firent le tour de la Λιβυην ("Libye", c’est à dire l’Afrique) depuis la mer Ερυθρην ("Erythrée", la mer Rouge).

Le périple d'Himilcon s'inscrit probablement dans le même contexte. Dans un passage de son Histoire naturelle, Pline laisse supposer qu'il pourrait être contemporain de celui d'Hannon, "roi" navigateur qui se lança dans un périple le long de la côte occidentale de l'Afrique (Histoire naturelle, II, 169). On notera néanmoins une erreur notable, puisque dans ce même passage, Pline prête à Hannon un voyage "jusqu'aux limites de l'Arabie", indiquant une probable confusion avec le périple des Phéniciens employés par le pharaon Nechao II.

La principale source relative à cet autre périple s’intitule la Relation d'Hannon. Connue par un unique manuscrit du IXe s. ap. J.-C. provenant de Heidelberg, il s’agît de la retranscription de la traduction grecque d'une inscription punique conservée au temple de Cronos (Baal) à Carthage. Hannon y est qualifié de Βασιλέως "roi" des Carthaginois. Il est seulement qualifié de dux "chef" par Pline (Histoire naturelle, V, 8). Ce qui est intéressant ici, c'est que Carthage a été gouvernée par des rois du IXe / VIIIe s. av. J.-C., jusque vers 380 av. J.-C., avant de laisser place à une oligarchie. L'archéologie a effectivement confirmé l'existence de comptoirs sur les côtes ouest de l'Afrique dont les plus anciens remontent au VIIIe s. av. J.-C. Peut-être est-ce l'âge de ce périple ? Les périples d'Hannon et d'Himilcon furent plus certainement postérieurs à l'émancipation de Carthage vis à vis de Tyr (seconde moitié du VIIe s. av. J.-C.), époque au cours de laquelle, concurrencée par les Grecs, la cité punique s’est recentrée sur la Méditerranée occidentale. Sa suprématie n’y fut que ponctuelle. Les Grecs entamèrent l’exploration et la colonisation de la Méditerranée occidentale au VIIe-VIe s. av. J.-C. et commencèrent à prendre le dessus sur les Carthaginois au Ve s. av. J.-C., à partir de la bataille d'Himère (480 av. J.-C.) notamment. C’est probablement dans ce cadre que furent organisées des expéditions au-delà des colonnes d'Hercule, là où nul ne songeait à les concurrencer. Ainsi, il est tout à fait envisageable de situer les périples d'Hannon et d'Himilcon après la bataille d'Himère (480 av. J.-C.) et avant la fin de la monarchie (vers 380 av. J.-C.).

La Relation d'Hannon indique qu’au cours de l’expédition menée le long des côtes africaines, une flotte de soixante vaisseaux fut mobilisée, avec à leur bord 30 000 colons (Relation d'Hannon, II). Tout au long de ce périple, ce même texte mentionne régulièrement la fondation de villes où furent fixés ces colons (Relation d'Hannon, II ; III ; V ; VIII), villes dont l’existence a cependant été contestée par Pline (Histoire naturelle, V, 8). L'expédition menée par Himilcon s'est-elle déroulée dans les mêmes conditions ? Les sources n’en disent rien, cependant plusieurs indiquent que les Carthaginois auraient fondé des colonies sur les rivages occidentaux de l’Europe. Ainsi, Aviénus (Rivages maritimes, v.370-375) évoque des "bourgs et des villes" occupés anciennement par les Carthaginois au-delà des colonnes d'Hercule, en Europe. Ce propos est corroboré un passage du Périple du Pseudo-Scylax (milieu du IVe s. av. J.-C.) qui indique que les Carthaginois y possédaient "beaucoup de ports, de comptoirs, d'arsenaux", ou encore Diodore de Sicile (Bibliothèque historique, V, 20), qui fait état que s’y trouvaient "de nombreuses colonies". Si on se fie à ces témoignages, plus que de simples échanges commerciaux, la volonté des Carthaginois était donc de créer des comptoirs, sinon des colonies de peuplement, tel que cela fut fait sur le continent africain. L’archéologie vient cependant nuancer ces affirmations, puisque aucune trace d’occupation punique n’a été relevée sur la façade atlantique de l’Europe, au-delà du Guadalquivir.

Anonyme, Relation d'Hannon, I - Traduction de S. Gsell (1920) : "Relation d'Hannon, roi des Carthaginois, sur les contrées libyques au-delà des Colonnes d'Héraclès, qu'il a dédiée dans le temple de Cronos et dont voici le texte."

Anonyme, Relation d'Hannon, II - Traduction de S. Gsell (1920) : "Il a paru bon aux Carthaginois qu'Hannon naviguât en dehors des colonnes d'Héraclès et fondât des villes de Libyphéniciens. Il navigua donc, emmenant 60 vaisseaux à 50 rames, une multitude d'hommes et de femmes au nombre d'environ 30.000, des vivres et d'autres objets nécessaires."

Aviénus, Rivages maritimes, v.370-375 : "Au-delà de ces colonnes, du côté de l'Europe, les Carthaginois occupèrent autrefois des bourgs et des villes ; mais là ils avaient coutume de construire des vaisseaux à fond plat pour que l'esquif, offrant une carène plus large, pût glisser sur la mer la moins profonde."

Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 20 : "Jadis cette île était inconnue à cause de son grand éloignement du continent, et voici comment elle fut découverte: les Phéniciens exerçaient de toute antiquité un commerce maritime fort étendu ; ils établirent un grand nombre de colonies dans la Libye et dans les pays occidentaux de l'Europe. Leurs entreprises leur réussissaient à souhait, et, ayant acquis de grandes richesses, ils tentèrent de naviguer au delà des colonnes d'Hercule, sur la mer qu'on appelle Océan. Ils fondèrent d'abord sur le continent, près des colonnes d'Hercule, dans une presqu'île de l'Europe, une ville qu'ils nommèrent Gadira."

Pline, Histoire naturelle, II, 169 : "Hannon, pendant que la puissance de Carthage florissait, navigua depuis Gadès jusqu'aux limites de l'Arabie, et mit par écrit l'histoire de sa navigation. Dans le même temps, Himilcon fut envoyé pour explorer les parties extérieures de l'Europe."

Pline, Histoire naturelle, V, 8 : "Il a existé des mémoires de Hannon, chef carthaginois, qui, à l'époque ou Carthage était la plus florissante, reçut l'ordre d'explorer les côtes d'Afrique. La plupart des auteurs grecs et latins l'ont suivi, rapportant, entre autres fables, qu'il y fonda beaucoup de villes, dont il ne reste ni souvenir ni vestiges."

Pseudo-Scylax, Périple : "En décrivant l'Europe, je commencerai par celles des colonnes d'Hercule qui sont dans cette partie du monde ; et je décrirai l'espace qui les sépare de celles qui sont en Libye jusqu'aux grands Ethiopiens. Ces colonnes sont éloignées les unes des autres d'un jour de navigation. Au delà de celles des colonnes d'Hercule qui sont en Europe, les Carthaginois possèdent beaucoup de ports, de comptoirs, d'arsenaux et de mers."

II. - L'expédition de tous les dangers

Les algues, l'absence de vent, les hauts fonds et autres monstres marins ont ponctué le voyage d'Himilcon. Ces anecdotes livrées par Aviénus (Rivages maritimes, v.113-128 ; 370-384 ; 401-406) semblent souligner le fait que les bateaux de l'expédition étaient totalement inadaptés à ce périple. Ces esquifs, dépourvues de quille, sommairement grées et incapables de naviguer de nuit rendaient l'expédition périlleuse. Il est néanmoins étonnant de lire que nul souffle, ne vient pousser le vaisseau, car ceci parait paradoxal lorsqu'il est question de l'océan Atlantique. Le fait qu'il insiste les difficultés rencontrées pour mener ce périple à bien est peut-être fait pour décourager les concurrents des Carthaginois de se lancer dans une telle expédition.

On ne s'aventurait en mer, en direction de rivages inconnus que pour des raisons impérieuses. Hérodote (Histoires, IV, 43) à propos du voyage de l'Achéménide Sataspe au début du Ve s. av. J.-C., nous apprend que cet homme avait été condamné par Xerxès (519-465 av. J.-C.) au supplice du pal (ou de la crucifixion) pour avoir violenté une jeune fille. Sa peine fut finalement commuée en un supplice bien pire encore ; partir faire le tour de l'Afrique. Déprimé, terrorisé et exténué par ce périple, en cours de route, Sataspe fit demi-tour et revint en Perse pour s'y faire empaler (ou crucifier). Hannon et Himilcon ne semblent pas avoir entrepris leurs expéditions dans des conditions bien différentes. Le laconisme de leurs écrits (laconisme supposé pour Himilcon) et la constante appréhension qui filtre de ces récits pourraient aussi traduire le peu de motivation qui était la leur, sinon le caractère non-volontaire de leur embarquement. De façon plus anecdotique, souvenons-nous également de l'Odyssée involontaire d'Ulysse, orchestrée par les dieux en punition des crimes commis lors de la guerre de Troie, puis au cours de l'Odyssée elle-même.

Aviénus, Rivages maritimes, v.113-128 : "Le carthaginois Himilcon, qui rapporte avoir fait lui-même l'expérience de cette navigation, affirme qu'on peut à peine les parcourir en quatre mois : ainsi nul souffle, ne vient pousser le vaisseau, ainsi les eaux de cette mer paresseuse demeurent immobiles. Il ajoute que des algues nombreuses s'élèvent du fond des abîmes et souvent retiennent le vaisseau comme ferait une haie : toutefois, dit-il, la mer n'est qu'une surface sans profondeur ; à peine si une légère couche d'eaux recouvre le sol. Çà et là rôdent toujours des animaux marins ; des monstres nagent au milieu des vaisseaux qui se traînent lentement et péniblement."

Aviénus, Rivages maritimes, v.370-384 : "Au-delà de ces colonnes, du côté de l'Europe, [...] ils (les Carthaginois) avaient coutume de construire des vaisseaux à fond plat pour que l'esquif, offrant une carène plus large, pût glisser sur la mer la moins profonde. De ces colonnes en allant vers l'occident on trouve un abîme sans fin, la mer s'étend au loin, les flots se prolongent, ainsi le rapporte Himilcon. Nul n'a conduit ses vaisseaux vers cette mer ; car on y manque de vents qui poussent le navire, aucun souffle du ciel ne vient en seconder le mouvement ; de plus l'air est couvert comme d'un manteau de brouillards, une brume éternelle enveloppe la mer, le jour est continuellement obscurci par des nuages. »

Aviénus, Rivages maritimes, v.401-406 : "Au-dessus des ondes flottent des algues nombreuses, et là le bouillonnement des flots est arrêté par la vase. Une foule de monstres nagent dans toute l'étendue de la mer ; le grand effroi qu'ils inspirent remplit ces parages."

III. - Les régions découvertes par Himilcon

Les quelques fragments de ce périple qui nous sont parvenus sont relativement avares en détails permettant de localiser avec précision les régions visitées par Himilcon. L'expédition débuta certainement à Gadès (Cadix) à proximité immédiate des colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar) et longea les côtes de la péninsule ibérique jusqu'au promontoire où se situent les montagnes Oestrymnis (Aviénus, Rivages maritimes, v.89-90). C'est à partir de ce promontoire que s'ouvre le golfe Oestrymnicus (Aviénus, Rivages maritimes, v.94) au niveau duquel se trouvent les îles Oestrymnides (Aviénus, Rivages maritimes, v.95). Nous apprenons aussi à la lecture des Rivages maritimes que deux jours de navigation étaient nécessaires pour, depuis ces îles, atteindre la Sacra insula (Aviénus, Rivages maritimes, v.107) - l'actuelle Irlande. Longeant les côtés de la péninsule ibérique en direction du nord, le principale promontoire montagneux rencontré correspond à l'actuelle Galice. Au-delà, le vaste golfe Oestrymnicus pourrait correspondre au golfe de Gascogne, peut-être étendu à une partie de la Manche et de la mer d'Irlande. Les îles Oestrymnides pourraient alors correspondre aux îles voisines de l'Armorique, ou aux îles de la Manche. Elles sont très régulièrement identifiées comme correspondant aux Cassiterides des marins grecs puis romains, qui selon les descriptions, partagent avec elles, les mêmes caractéristiques. Ces îles possèdent pour certaines des gisements de plomb et d'étain, néanmoins admettons qu'il est délicat d'y reconnaître les vastes plaines décrites. Il est ainsi fort probable qu'Himilcon ait atteint l'Armorique, sinon l’ait dépassé pour rejoindre les îles britanniques elles-mêmes. La durée totale de son périple pour atteindre les îles britanniques depuis Gadès (Cadix) a été de quatre mois selon ses propres dires, ce qu'il a été expliqué par l'absence de vent (Aviénus, Rivages maritimes, v.116).


Le texte d'Aviénus (Rivages maritimes, v.82-135) présenté sous la forme d'un itinéraire


Localisation des villes, peuplades et domaines géographiques mentionnés par Aviénus (Rivages maritimes, v.82-135) - en vert, itinéraire supposé d'Himilcon et des Tartessiens.

IV. - Apports du récit de ce périple pour la connaissance du monde celtique

1. - Les Celtes occidentaux commerçaient avec les Tartessiens et les Carthaginois

L'un des principaux apports du récit du périple d'Himilcon est de nous apprendre qu'à une époque reculée, comprise entre le IXe et le IIIe s. av. J.-C., les Tartessiens, puis les Carthaginois commerçaient, au-delà de la péninsule ibérique, avec les populations de ce qui deviendra la Gaule, de la Grande-Bretagne et de l'Irlande (Aviénus, Rivages maritimes, v.112-118).

Quelle était la nature des produits échangés ? A l'instar de ce qui a motivé des expéditions grecques, puis romaines quelques siècles plus tard, Tartessiens et Carthaginois sont venus chercher ici du plomb et de l'étain (Aviénus, Rivages maritimes, v.88-97) au niveau des gisements des îles britanniques, de Bretagne et du Finistère ibérique. Aucun auteur ne mentionne ce que les commerçant méditerranéens fournissaient en échange. Chose est certaine, l'archéologie n'a pas livré de nombreux vestiges de productions manufacturées provenant du sud de la péninsule ibérique ou d'Afrique du Nord. Peut-être faut-il imaginer qu'il s'agissait de matières premières (corail, métaux précieux...) réutilisés dans les productions locales, ou bien de textiles, de vin, d'épices et autres produits périssables n'ayant laissés que peu de traces.

Aviénus, Rivages maritimes, v.88-97 : "Là se dresse le sommet de cette haute montagne que l'antiquité a nommée Oestrymnis : la masse élevée de la pointe rocheuse incline surtout vers le tiède Notus. Au pied de ce promontoire, les habitants voient s'ouvrir le golfe Oestrymnicus : les îles Oestrymnides y apparaissent, avec leurs vastes plaines, avec leurs riches mines d'étain et de plomb."

Aviénus, Rivages maritimes, v.112-118 : "C'était la coutume des Tartessiens de faire du commerce sur les limites des Oestrymnides : de même les colons de Carthage et la multitude répandue autour des colonnes d'Hercule visitaient ces mers. Le carthaginois Himilcon, qui rapporte avoir fait lui-même l'expérience de cette navigation, affirme qu'on peut à peine les parcourir en quatre mois : ainsi nul souffle, ne vient pousser le vaisseau, ainsi les eaux de cette mer paresseuse demeurent immobiles."


2. - Modalités supposées des échanges

Ni Aviénus, ni Pline n'ont fourni de détails sur les conditions exactes dans lesquelles se faisaient les échanges. Il est néanmoins possible de se faire une idée de ces modalités à la lecture d'un témoignage peut-être contemporain d'Himilcon - puisque datant du début du Ve s. av. J.-C. - relatif aux échanges effectués sur les côtes africaines. En effet, Hérodote (Histoires, IV, 196), s'étant entretenu avec des Carthaginois sur les conditions dans lesquelles se faisaient ces échanges, il en a fait le récit : les Carthaginois tiraient leurs marchandises de leurs vaisseaux et les disposaient sur la plage. Ils faisaient de la fumée pour attirer sur la plage les habitants de ces contrées et remontaient sur leurs bateaux. Les habitants arrivaient, déposaient une quantité d’or correspondant au prix des marchandises. Lorsque Carthaginois et autochtones étaient satisfaits par l’échange effectué, chacun repart de son côté avec les marchandises achetées pour les uns, l’or pour les autres.

L'absence de comptoirs puniques installés au-delà de la péninsule ibérique laisse supposer que les échanges de marchandises se faisaient ainsi. On notera néanmoins que ce type de transaction traduit peut-être une confiance modérée entre les protagonistes, mais nécessite de connaître son interlocuteur - pour définir les modalités de l'échange - et un respect mutuel.

Hérodote, Histoires, IV, 196 : "Les Carthaginois disent qu'au delà des colonnes d'Hercule il y a un pays habité où ils vont faire le commerce. Quand ils y sont arrivés, ils tirent leurs marchandises de leurs vaisseaux, et les rangent le long du rivage : ils remontent ensuite sur leurs bâtiments, où ils font beaucoup de fumée. Les naturels du pays, apercevant cette fumée, viennent sur le bord de la mer, et, après y avoir mis de l'or pour le prix des marchandises, ils s'éloignent. Les Carthaginois sortent alors de leurs vaisseaux, examinent la quantité d'or qu'on a apportée, et, si elle leur paraît répondre au prix de leurs marchandises, ils l'emportent et s'en vont. Mais, s'il n'y en pas pour leur valeur, ils s'en retournent sur leurs vaisseaux, où ils restent tranquilles. Les autres reviennent ensuite, et ajoutent quelque chose, jusqu'à ce que les Carthaginois soient contents. Ils ne se font jamais tort les uns aux autres. Les Carthaginois ne touchent point à l'or, à moins qu'il n'y en ait pour la valeur de leurs marchandises ; et ceux du pays n'emportent point les marchandises avant que les Carthaginois n'aient enlevé l'or."


3. - Brève description des Oestrymniens

Les Oestrymiens sont décrits comme un peuple fier, habile et bon commerçant. Leurs embarcations jugées rudimentaires par les Carthaginois leur permettait d'affronter des périls de l'océan. Aucune mention n'est faite du caractère éventuellement belliqueux de ces populations, permettant d'avancer l'idée que les Carthaginois et autres commerçants y étaient bien accueillis. Les quelques phrases transcrites par Aviénus, provenant probablement du récit du périple d'Himilcon doivent être considérées comme l'une des plus anciennes (sinon la plus ancienne) description des Celtes occidentaux.

Les embarcations décrites dans le cadre de ce périple ne sont en aucun cas inconnues. En effet, les coracles (curragh en irlandais, cwrwgl en gallois ) étaient des bateaux légers, de forme ovale, constitué de cuir tendu sur un cadre en vannerie. Ce type d'embarcation était répandu autour des îles britanniques et servaient pour le commerce de l'étain comme l'évoquait également Timée de Tauroménion entre le milieu du IVe s. et le milieu du IIIe s. av. J.-C.

Aviénus, Rivages maritimes, v.93-108 : "Au pied de ce promontoire, les habitants voient s'ouvrir le golfe Oestrymnicus : les îles Oestrymnides y apparaissent, avec leurs vastes plaines, avec leurs riches mines d'étain et de plomb. Elles sont très peuplées, leurs habitants ont le cœur fier, l'habileté qui amène le succès, la passion innée du commerce. Leurs barques connues de la mer la troublent au loin. Ils sillonnent l'abîme de l'océan fécond en monstres. Ils ne savent point construire des vaisseaux avec le pin et l'érable ; ils ne font point, suivant l'usage, des barques avec le sapin recourbé ; mais, chose singulière ! ils façonnent toujours leurs esquifs avec des peaux cousues ensemble, et c'est sur du cuir qu'ils parcourent souvent le vaste Océanide là à l'île Sacrée (c'est ainsi que les anciens l'ont appelée), il y a pour un vaisseau une navigation de deux jours."

Conclusion

On peut regretter le peu d'informations que l'on peut tirer des passages retranscrits par Aviénus (les Rivages maritimes sont elles-même, fortement lacunaires), néanmoins il est fort probable que le récit primitif de ce périple n'en comportait guère plus. Le récit probablement contemporain d'Hannon, écrit par l'explorateur lui-même, puis traduit en grec au IVe s. av. J.-C., relatant son périple jusqu'au golfe de Guinée, est extrêmement bref et caractérisé par un profond laconisme. L'auteur présentait son récit sous la forme d'un « journal de bord » dans lequel il insistait sur l'appréhension devant l'inconnu et la peur des forces naturelles. Les lambeaux du périple d'Himilcon insistent en partie sur ces mêmes difficultés, absence de vent, algues ou encore les monstres marins (cétacés ?), permettant de supposer que le style littéraire devait être voisin, sinon le même. Les défauts de ce style de rédaction traduisent peut-être une certaine réalité des conditions ayant conduit à ce voyage exploratoire. Aussi courte soit-elle, cette description de l'Europe occidentale et de ses habitants a néanmoins pour principal mérite de s'éloigner des écrits merveilleux et romantiques caractéristiques de la Géographie grecque naissante.

Le lancement d'une telle expédition vers l'Occident implique que les Carthaginois estimaient pouvoir en rapporter des richesses. L'archéologie nous a appris depuis longtemps que la Cornouaille, le Finistère armoricain et la Galicie étaient des régions caractérisées par la présence de nombreuses mines où étaient exploités le plomb et l'étain principalement. Sans même connaître les habitants de ces contrées, les méditerranéens, grands acheteurs de métaux désiraient à tout prix localiser l'origine de ces matériaux. L'entreprise de Himilcon vise à court-circuiter la position privilégiée des Phocéens à l'embouchure du Rhône en ouvrant une nouvelle route commerciale. Chose est certaine, les Carthaginois réussirent à ouvrir cette route commerciale, grâce à laquelle, la ville punique de Gadès (Cadix) se développa et devint prospère. Plus d'un siècle plus tard, après de nouveaux revers carthaginois, Pythéas effectuera un même périple, certainement motivé par les mêmes impératifs économiques. Nous savions déjà que les carthaginois entretenaient des relations avec les populations du sud de la Gaule au début du Ve s. av. J.-C. (Cf. fiche consacrée à la bataille d'Himère (480 av. J.-C.)). L'existence d'un tel périple implique que des relations peut-être similaires les unissaient avec les Celtes de l'ouest de la Gaule et des îles britanniques.


Sources:
  • Julien Quiret pour l'Arbre Celtique

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