Il n'y a qu'une version de ce texte, contenue dans plusieurs manuscrits. Il a été publié par Kuno Meyer dans The Voyage of Bran, son of Febal (Londres, 1895-97). Je poste ci-dessous l'intégralité de la traduction française de Georges Dottin, dans L'Epopée irlandaise (Paris, sans date). Ch.-J. Guyonvarc'h a publié une autre traduction dans Ogam n° 52, 1957, les différences sont mineures.
Cinquante quatrains chanta la femme des pays inconnus, au milieu de la maison, à Bran fils de Fébal, quand le palais était plein de rois qui ne savaient d'où était venue la femme, puisque l'enceinte était fermée.
Voici le commencement de l'histoire. Un jour, dans le voisinage de la forteresse, Bran se promenait seul quand il entendit de la musique derrière lui. Quand il regardait derrière lui, c'était derrière lui encore qu'était la musique. Il tomba endormi, tant la musique était douce. Quand il s'éveilla de son sommeil, il vit près de lui une branche d'argent avec des fleurs blanches qu'il n'était pas aisé de distinguer de cette branche. Alors Bran emporta la branche dans sa main jusqu'au palais. Quand l'assemblée fut nombreuse dans le palais, on vit une femme en vêtements étrangers au milieu de la demeure. Alors elle chanta les cinquante quatrains à Bran, tandis que l'armée l'écoutait et que tous la voyaient:
Voici une branche du pommier d'Emain
que je t'apporte, pareille aux autres;
des rameaux d'argent blanc sont sur elle,
des sourcils de cristal avec des fleurs.
Il y a une île lointaine;
alentour les chevaux de la mer brillent,
belle course contre les vagues écumantes;
quatre pieds la supportent.
Charme des yeux, glorieuse étendue
est la plaine sur laquelle les armées jouent;
la barque lutte contre le char,
dans la plaine méridionale de l'Argent Blanc.
Des pieds de bronze blanc la supportent,
brillant à travers les siècles de beauté;
jolie terre à travers les siècles du monde,
où se répandent maintes fleurs.
Un vieil arbre est là avec les fleurs,
sur lequel les oiseaux appellent aux heures;
en harmonie ils ont l'habitude
d'appeler ensemble à chaque heure.
Des splendeurs de toute couleur brillent
à travers les plaines aux jolies voix;
la joie est habituelle; on se range autour de la musique,
dans la plaine méridionale de la Nuée d'argent.
Inconnue la plainte ou la traîtrise
dans la terre cultivée bien connue;
il n'y a rien de grossier ni de rude,
mais une douce musique qui frappe l'oreille.
Ni chagrin, ni deuil, ni mort,
ni maladie, ni faiblesse
voilà le signe d'Emain;
rare est une pareille merveille.
Beauté d'une terre merveilleuse,
dont les aspects sont aimables,
dont la vue est une belle contrée,
incomparable en est la brume.
Si l'on voit la Terre de Bonté,
sur laquelle les pierres de dragons et les cristaux pleuvent;
la mer jette la vague contre la terre,
poils de cristal de sa crinière.
Des richesses, des trésors de toute couleur
sont dans la Terre calme, fraîche beauté,
qui écoute la douce musique
en buvant le meilleur vin.
Des chariots d'or dans la Plaine de la Mer,
s'élevant avec le flot vers le soleil,
des chariots d'argent dans la Plaine des Jeux
et des chariots de bronze sans défaut.
Des coursiers d'or jaune sont là sur la rive:
d'autres coursiers, de couleur pourpre;
d'autres, avec de la laine sur leur dos,
de la couleur du ciel tout bleu.
Au lever du soleil viendra
un bel homme illuminant les plaines;
il chevauche l'étendue battue des flots;
il remue la mer jusqu'à ce qu'elle soit du sang.
Une armée viendra à travers la mer claire;
vers la terre ils naviguent;
puis ils rament jusqu'à la pierre en vue,
d'où s'élèvent cent refrains.
On chante un refrain à l'armée
(à travers les longs siècles), qui n'est pas misérable;
sa musique s'enfle des choeurs de centaines,
qui n'attendent ni déclin ni mort.
Emain multiforme en face de la mer,
qu'elle soit proche, qu'elle soit loin,
où sont des milliers de femmes bigarrées.
que la mer claire encercle.
Quand il a entendu le son de la musique,
le choeur des petits oiseaux de la Très calme Terre,
un groupe de femmes, vient de la colline
à la Plaine des Jeux où il est.
Là vient le bonheur avec la santé
à la terre où résonnent les rires,
dans la Très calme Terre, en toute saison
viendra la joie qui dure toujours.
C'est un jour d'éternel beau temps,
qui verse de l'argent sur les terres;
une falaise blanche bordant la mer,
qui reçoit du soleil sa chaleur.
Course de l'armée le long de la Plaine des jeux;
jeu charmant, sans faiblesse;
dans la terre variée, après tant de beautés,
ils n'attendent ni déclin ni mort.
Écouter la musique la nuit
et venir à la terre aux nombreuses couleurs
pays varié, splendeur sur un diadème de beauté,
d'où brille la nuée blanche.
Il y a trois fois cinquante îles lointaines,
dans l'Océan à l'ouest de nous;
plus grande qu'Erin deux fois
est chacune d'elles, ou trois fois.
Une grande naissance arrivera après des siècles,
qui ne sera pas dans les grandeurs:
le fils d'une femme dont le mari ne sera pas connu;
Là-dessus, la femme s'éloigna d'eux et ils ne surent pas où elle était allée. Et avec elle elle avait emporté sa branche. La branche avait sauté des mains de Bran dans les mains de la femme et la main de Bran n'avait pas eu la force de retenir la branche.
Le lendemain, Bran partit sur la mer. Sa compagnie était de trois neuvaines d'hommes. Un de ses frères nourriciers ou de ses compagnons d'âge était à la tête de chaque neuvaine. Quand il eut été deux jours et deux nuits sur mer, il vit venir un homme dans un char sur la mer. cet homme lui chanta trente autres quatrains et se fit connaître comme étant Manannân fils de Lêr; il dit qu'il avait l'intention d'aller en Irlande après de longues années et qu'un fils lui naîtrait qui s'appellerait Mongan, fils de Fiachna (Fiachna mac Baetain). Puis il chanta ses trente quatrains:
Bran trouve que c'est une belle merveille
de traverser en barque la mer claire,
tandis que pour moi, autour de mon char, de loin
c'est une plaine fleurie sur laquelle il chevauche.
Là-dessus, Bran s'éloigna jusqu'à ce qu'il fût en vue de l'île. Il fit le tour en ramant; là, une troupe s'esclaffait de rire. Tous regardaient Bran et ses gens, mais ne s'arrêtaient pas pour causer avec eux, et ils continuaient à éclater de rire à leur nez. Bran envoya un de ses gens sur l'île. Il se mit avec eux et éclata de rire comme les autres gens de l'île. Quand il passa devant Bran, ses camarades l'appelèrent. Mais il ne leur parla pas et se contenta de les regarder et de rire d'eux. Le nom de cette île est "Ile de la Joie". Là-dessus, ils la quittèrent.
Ils ne furent pas longtemps après à atteindre l'Ile des Femmes. Ils virent une rangée de femmes sur le port. La reine des femmes dit: " Viens dans mon pays, Bran fils de Fébal; ton arrivée est la bienvenue! " Bran n'osa pas aller à terre. La femme jette une pelote de fil à Bran droit dans la figure. Bran met la main sur la pelote. La pelote s'attache à sa paume. Le bout du fil de la pelote était dans la main de la femme, qui tira la barque au port. Là-dessus, ils entrèrent dans une grande demeure, qui contenait un lit pour chaque couple, c'est-à-dire trois fois neuf lits. La nourriture que l'on mettait sur chaque plat ne disparaissait pas; il leur semblait qu'ils n'étaient là que depuis un an, et il y avait plusieurs années; aucune saveur ne leur manquait.
Mais le mal du pays s'empara de l'un d'eux, Nechtân fils de Collbran. Ses parents prièrent Bran de retourner en Irlande avec lui. La femme leur dit qu'ils se repentiraient de partir. Cependant ils s'en allèrent et la femme les avertit qu'aucun d'eux ne touchât terre et qu'ils visitassent et prissent avec eux celui qu'ils avaient laissé dans l'île de la Joie.
Alors ils allèrent jusqu'à ce qu'ils arrivassent à l'assemblée du Ruisseau de Bran. Les gens leur demandèrent qui était venu sur mer. Il répondit: " C'est moi, Bran fils de Fébal. - Nous ne le connaissons pas, dit l'autre; mais nous avons la Navigation de Bran dans nos vieilles histoires. " Nechtân saute de sa barque. Aussitôt qu'il eut touché la terre d'Irlande, il tomba aussitôt en cendres, comme s'il avait été dans la terre pendant des centaines d'années.
Ensuite Bran raconta à l'assemblée ses aventures depuis le commencement jusqu'à ce moment-là et il écrivit ces quatrains en ogham. Il leur dit adieu, et on ne sait où il est allé à partir de cette heure.
Sources
• Fergus Bodu pour l'Arbre Celtique
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