Le geis dérive du terme celtique *gutu-, qui fait référence à la voix, à une invocation ou à une formule magique. Il est donc étymologiquement lié à la parole et à l'ordre donné. Par extension, cela a pris la forme d'une injonction ou d'un interdit ayant force de loi ou de destinée pour le personnage concerné. Ce n'est donc pas seulement un simple tabou (traduction rejetée à juste titre par F. Le Roux, 1986), mais bien une obligation ou une contrainte imposée par un pouvoir supérieur (souvent un druide, un dieu ou un être mystique), souvent en lien avec des rites, des prophéties ou des règnes divins.
Le geis concerne principalement des figures héroïques comme des guerriers ou des rois dans les récits mythologiques celtiques. Le geis a une portée spécifique dans la culture celtique, et son rôle est directement lié aux actions, aux destinées et aux exploits des personnages mythologiques de premier plan.
Le geis impose donc des interdictions sacrées, souvent perçues comme des lois divines ou des règles de conduite imposées à un héros par une force supérieure. Cette interdiction peut être une sorte de condition nécessaire pour accomplir des actions héroïques ou des tâches divines, et en ce sens elle est liée à l'idée de destin.
Parallèlement, le geis peut aussi être vu comme une obligation morale ou un devoir qu'un héros doit respecter pour accomplir un exploit ou honorer une promesse. Cette obligation peut être vue positivement, comme une tâche héroïque, qui est essentielle pour l'accomplissement du destin du héros. C'est dans cette dimension qu'il peut y avoir un aspect positif du geis, où la respecter conduit à des actions glorieuses. Cúchulainn suit un geis pour ne pas fuir ou pour accomplir certains actes héroïques, ce qui lui permet d'acquérir son statut de héros mythologique.
Cúchulainn a plusieurs geasa (pluriel de geis), certains étant des interdictions strictes, et d'autres des obligations héroïques. Par exemple, il a l'obligation de ne jamais fuir au combat (obligation morale), mais il a aussi des interdictions comme ne pas consommer de la viande de chien. Ces interdictions sont liées à la prophétie de son destin et à la célébration de son héroïsme dans le cadre des récits mythologiques. La violence de la transgression de ces geasa apparaît dans le récit de sa fin tragique.
Fergus mac Róich est lié par un double geis qui lui interdit de refuser une invitation à un festin. Il ne peut pas non plus quitter la table avant la fin du festin. Cela peut sembler une contrainte, mais c'est aussi une obligation de respect et de loyauté envers son hôte, un principe très important dans la culture celtique, surtout dans les relations de pouvoir et de guerre. Ce geis fait partie de l'honneur et de la définition sociale des personnages.
Blai Briuga est aussi lié par un geis qui l'oblige à coucher avec toute femme non accompagnée de son mari entrant dans sa demeure. Cela arriva avec Findmor, l'épouse de Celtchar. Cependant, Blai Briuga fut ensuite tué par le mari cocu. Le respect de son geis lui fut donc fatal. Mais la règle n'a pas été respectée, et Celtchar sera mis à l'amende pour ce meurtre.
Sources: • Ph. Jouët,(2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• F. Le Roux - Ch.-J. Guyonvarc'h, (1986) - Les Druides, Ouest-France, 448p.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique
LIENS ANALOGIQUES
• Borrach [personnages de la mythologie irlandaise (de Baath à Buinne)]
• exil des fils d'Uisliu (L') [textes mythologiques irlandais (Les)]
• Fergus mac Róich [personnages de la mythologie irlandaise (de Fachtna à Furbaide)]
• gutu- : (invocation) [mots et étymons de la langue gauloise : religion / magie]